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CHAPITRE VII

Il était toujours comme nous l'avons vu autrefois, Alan, alors que pour rester près de toi , plutôt que pour suivre mon propre penchant, je fréquentais les salles du palais. La seule addition qu'en qualité de voyageur il eût faite à son costume, était une paire de bottes qui semblait avoir pu voir le champ de bataille de SheriQ-Moor : bottes si larges et si pesantes, que, liées comme elles l'étaient aux fuseaux du pauvre diable par d'épaisses touffes de cordons tricotés de diverses couleurs , on eut dit qu'il les traînait après lui ou par suite d'une gageure ou en guise de pénitence.

Sans faire attention à l'air étonné de ceux au milieu desquels il s'introduisait ainsi, Peter s'avança dans l'appartemeiît . la tète tendue comme celle d'un bélier prêt à fondre sur un rival. — Bonjour, bonjour à Vos Honneurs , dit-il; — est-ce ici qu'on vend les fugic ivarrants ■ ?

Je remarquai qu'à son entrée, mon ami — ou mon ennemi — se rôtira en arrière, et se plaça comme s'il eût voulu éviter d'attirer l'attention du iiouveau venu. Je fis de même, autant qu'il me fut possible-, car je regardai comme probable que M. Peebles pourrait me reconnaître , attendu qu'il ne m'arrivait que trop souvent de me trouver parmi les groupes de jeunes étudiants en droit qui avaient l'iiabitude de proposer des cas à la solution de Peter, et de lui jouer de pires tours. Néanmoins, j'étais incertain s'il ne valait pas mieux profiter de notre connaissance pour avoir l'avantage , quel qu'il pût être , de son témoignage devant le magistrat , ou pour le rendre, s'il était possible , porteur d'une lettre qui pût me procurer une assistance plus etticace. Je résolus donc de me laisser guider par les circonstances, et de veiller attentivement à ce que rien ne m'échappât. Je me tins à l'écart autant que je pus , et je poussai même une reconnaissance du côté de la porte et du corridor, pour voir s'il n'y avait pas moyen de tenter une évasion. ]\îais Cristal Nixon s'y promenait de long en large ; et ses petits yeux noirs, perçants comme ceux d'un basilic , semblèrent pénétrer mon projet dès qu'ils rencontrèrent les miens.

Je m'assis donc, me tenant hors des regards autant que possible, et je prêtai l'oreille au dialogue qui suivit, — dialogue bien plus intéressant pour moi que je n'aurais jamais cru qu'il pût l'être , Peter Peebles étant un des interlocuteurs.

— Est-ce ici que vous vendez les warrants ? répéta Peter ; — les fugies , vous savez ?

— Eh ? — quoi ? fit le juge de paix Foxley ; que diable veut dire cet homme? — Pourquoi voudriez-vous un warrant?

— C'est pour appréhender un jeune avocat qui est in meditatione fiigœ; car il a pris mon mémoire et plaidé ma cause , et de bons hono-

■ Mandais conlre les fugilifs.

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raires que je lui ai donnés, et autant d'eau-de-vic q\ïi\ en a pu boire ce jour-là chez son père. — Il aime un peu trop l'eau-de-vie pour son âge.

— Et que vous a fait cet ivrogne d'avocat , (jue vous veniez me trouver— lie — ha ? Vous a-t-il volé? c'est assez probable, si c'est un homme de loi. —Eh! —Nick — ha?

— Il m'a volé sa propre personne, monsieur, répondit Peter; son secours, ses soins, son aide et assistance, auxquels il est tenu envers moi ratione officii , comme tout avocat vis-à-vis de son client. — Voilà ce que c'est , voyez-vous: il a empoché mes honoraires, il m'a bu un mulchkin d'eau-de-vie , et maintenant il a passé la frontière, et laissé ma cause moitié gagnée moitié perdue , — comme un poisson hors de l'eau. Or, quelques garçons d'esprit qui ont l'habitude de causer jurisprudence avec moi au palais m'ont dit que ce que je pouvais faire de mieux était de m'armer de courage et de courir après lui ; si bien que j'ai pris la poste de mes jambes, sauf une charrette sur laquelle je montais de temps en temps. J'ai eu vent de lui à Dumfries, j'ai suivi .sa pisle de ce côté-ci de la frontière , et je demande un fugie warrant contre lui.

Comme le cœur me battait à cette nouvelle , mon cher Alan I Tu es près de moi , et je sais bien dans quelle intention • tu as tout abandonné pour voler à mon secours. Est-il étonnant que connaissant ta fidèle aPiiitié , ta sagacité et ta persévérance , je me sente maintenant le cœur plus léger? que la gaieté revienne presque involontairement sous ma plume , et que j'éprouve la même émotion qu'un général au bruit des tambours d'un allié qui s'approche . et sans le secours duquel il eût perdu la bataille?

.Te ne me laissai pas étourdir par la joie ; je continuai de prêter une oreille attentive à ce qui se passait dans cette singulière compagnie. Ce pauvre Peter Peebles disait as.sez lui-même qu'il avait été lancé dans cette chasse à l'oie sauvage par quelques uns de ses espiègles persécuteurs de Parliament-IIouse; mais il parlait avec a.«surance , et le juge de paix , qui semblait avoir quelque secrète appréhension de se compromettre dans cette a iïaire, et, comme il arrive parfois sur la frontière anglaise, d'en laisser imposer à sa simplicité par la finesse supérieure de ses voisins du nord, se tourna vers son grelïïer d'un air d'embarras.

— Eh — oh — IVick — que diable ! — ne trouves-tu rien à dire ? Il .s'agit encore des lois d'Ecosse et des Écossais , à ce que je vois. (Ici il jeta un regard de côté vers le maître de la maison, en clignant de l'œil à son grelïier.) .Te voudrais que le Sohvay fût aussi profond que large ^ nous aurions quehiue chance d'être gardés d'eux.

Nicolas échangea quelques mots à part avec Peebles, et dit ensuite à son patron :

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