CHAPITRE X
qui regardait le sheriff, ajouta-t-il, plus qu'eux autres, pauvres diables du eouseil de ville, qui avaient assez à faire pour maintenir la paix dans Dumfries, parmi une multitude de gens tels que ceux dont les villes sont infestées.
— 3Iais ce n'est pas tout, prévôt Crosbie, dit 31. Alan Fairford^ un jeune homme distingué par son rang et sa fortune a disparu entre leurs mains : — vous le connaissez. Mon père lui avait donné une lettre pour vous: — M. Darsie Latimer.
— Hélas , oui I — hélas, oui I fit le prévôt ; M. Darsie Latimer. — Il a dîné chez moi. — J'espère qu'il se porte bien ?
— Je l'espère aussi, repartit Alan presque avec colère ; mais je désire plus de certitude sur ce point. Vous-môme avez écrit à mon père qu'il avait disparu.
— En vérité oui, cela est vrai. 3Iais est-ce qu'il n'est pas retourné vers ses amis d'Ecosse? Il n'était pas naturel de penser qu'il resterait ici.
— A moins qu'il n'y soit retenu, dit Fairford, surpris de la froideur avec laquelle le prévôt semblait prendre la chose.
— Soyez persuadé, monsieur, que s'il n'est pas retourné vers ses amis d'Ecosse, il faut qu'il soit allé trouver ses amis d'Angleterre.
— Je ne suis nullement persuadé de cela^ s'il y a des lois et une justice en Ecosse , j'éclaircirai la chose à fond.
— Raisonnable, raisonnable au possible, dit le prévôt; mais vous savez que je n'ai aucun pouvoir hors des portes de la ville.
— Pourtant vous êtes aussi de la commission , monsieur Crosbie ; vous êtes juge de paix de comté.
— C'est vrai , c'est très vrai ; — c'est-à-dire, ajouta le prudent magistrat , que je ne dirai pas que mon nom ne puisse pas se trouver sur la liste ; mais je ne sache pas avoir jamais pris qualité '.
— Hé bien , en ce cas , il est des gens mal disposés qui pourraient douter de votre attachement pour la ligne protestante , monsieur Crosbie.
— A Dieu ne plaise, monsieur Fairford I moi qui ai tant fait et tant souffert en quarante-cinq î Je compte que les Hiélandais m'ont bien fait tort de cent livres d'Ecosse, sans compter ce qu'ils ont bu et mangé. — Non, non , monsieur ; je suis au-dessus du soupçon. ÎNIais quant à me tourmenter des affaires du comté , que ceux à qui la jument appartient la ferrent. Les commissaires du supply me verraient courber sous le faix avant de m'aider dans la besogne de la ville; et tout le monde sait (juelle différence de charge il y a entre les affaires publiques de la ville et celles de la campagne. Que me font leurs émeutes? est-ce que nous n'en avons pas assez à nous? — iMais il faut que j'aille m'apprèter, car le conseil .se réunit ce matin. Je suis charmé de voir
■ En prêtant serment au gouvernennenl. (W. S.)
250 REDGANTLET.
le fils (le votre père sur le pavé de notre ancienne ville , monsieur Alan Tairlord. Si vous étiez d'un an plus vieux , nous ferions de vous un bourgeois , mon cher ami. J'espère que vous viendrez dîner avec moi jivant votre départ. Que dites-vous d'aujourd'hui à deux heures? un poulet rôti et des œufs pochés ?
Alan Fairford était décidé à ne pas se laisser arrôter dans son enquôte par cette offre hospitalière, ainsi que ce semblait être l'intention de son ami. — Il faut que je vous retienne un moment , monsieur Crosbie , reprit-il. Ceci est une affaire sérieuse. Un jeune homme do haute espérance, mon meilleur ami, a disparu ; -^ vous ne pouvez pen.ser qu'il soit si aisément permis à un homme de si haute réputation et dont le zèle pour le gouvernement est si connu , de ne pas faire une enquôte active sur cette affaire. IMonsieur Crosl>ie, vous êtes l'ami de mon pure et je vous respecte comme tel; — ' mais aux yeux des autres cela aura mauvaise apparence.
Le prévôt n'était pas sans se sentir blessé par le bat ; il parcourait la chambre en grande tribulation , tout en répétant : Mais que puis-je faire, monsieur Fairford ? Je vous garantis que votre ami se retrouvera ; — il vous reviendra , comme un mauvais shilling: — il n'est pas de ces marchandises qui se perdent. — Un étourneau courant le pays avec un ménétrier aveugle, et jouant du violon au milieu d'une bande de garnements: — qui peut dire où un garçon comme lui est allé?
— J'ai appris du sous-sheriff qu'il y a des personnes arrêtées et déposées dans la prison de la ville. H faut les faire venir devant vous , et vous en({uérir de ce qu'elles savent de ce jeune homme.
— ' Oui — oui ; — le sheriff avait , je crois , fait arrôter quelques pauvres diables, — de' misérables et ignorants pêcheurs, qui avaient eu querelle avec le quaker Geddes et ses filets à pieux , lesquels filets , soit dit avec la permission de votre robe , monsieur Fairford , ne sont pas plus licites qu'il ne faut ; et le clerc de la ville est d'avis qu'on pouvait sans blesser la loi les enlever via facti: — mais cela ne fait rien à l'affaire. Seulement, monsieur, tous ces gens-là ont été renvoyés faute de témoignages 5 le quaker ne voulait pas prêter serment , et que pouvions-nous faire, le sheriff et moi, autre chose que les relâcher? Allous, allons , monsieur Alan , tranquillisez-vous , et allez faire un tour jusqu'à l'hpure du (Jîner; — ' il faut réellement que j'aille au conseil.
— Un moment, prévôt-, je porte plainte devant vous en votre qualité de magistrat, et si vous passez légèrement dessus, vous verrez que ce sera sérieux. Il faut faire de nouveau arrêter ces hommes.
— Oui , oui , — c'est facile à dire -, mais les attrape qui pourra. Ils sont de l'autre côté de la frontière, à l'heure qu'il est, ou ils ont passé la pointe de Cairn. — » Le Seigneur vous soit en aide 1 ce sont des espèces de démons amphibies , des animaux qui ne sont ni de terre ni d'eau. — ni Anglais ni Ecossais, — ni comté ni intendance, comme nous disons h