‹ Réduction des Luxations à l’Anesthésie Locale: (Solution de Cocaïne à 1/300 Adrénalinée)Chapitre 6 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Avantages de l’Anesthésie

dans la réduction des Luxations

Depuis les temps fort reculés de la médecine, Les hommes de l’art avaient compris toute l’importance de la réduction dans le traitement des fractures et des luxations. Hippocrate, lui-même, s'était ingénié à remédier aux inconvénients résultant du raccourcissement des membres consécutif aux luxations non réduites et aux fractures, et il disait, à juste raison, que le praticien « doit faire disparaître une conséquence cause de beaucoup de honte et de dommage pour le chirurgien ». Mais avant d’opérer ses patients il essayait de calmer leurs douleurs et de relâcher leurs chairs par des affusions très abondantes et dont le degré le chaleur était réglé par le praticien « en versant sur sa main un peu du liquide préparé ». L'idée de rendre une réduction indolore est donc bien vieille.

Dès qu’un traumatisme se produit, provoquant soit une solution de continuité osseuse, soit une luxation, toute vel- | léité de mobiliser l’os atteint ou l’articulation est douloureuse et devient intolérable aux moindres mouvements. Aussi, dès l’accident les muscles du patient se mettent-ils d'eux-mêmes en état de défense et la contracture permanente

qui réalise une immobilité quasi-parfaite du muscle malade intervient et s’installe spontanément et pour ainsi dire automatiquement. Cette contracture réflexe est toujours aidée par la volonté de l’accidenté désireux de ne point souffrir et aidant son membre endolori à prendre une attitude la plupart du temps vicieuse, attitude qui lui donnera un minimum de sensations douloureuses. C’est cette. contracture que le praticien devra vaincre pour opérer la réduction de la luxation.

Evidemment, tout médecin un peu habile réduit sans peine les luxations récentes sans avoir besoin de recourir à une anesthésie quelconque et, il y a fort longtemps qu’A. Paré a dit que « pour réduire aisément une fracture 01 une luxation il faut faire tout chaudement et, du premier jour s’il est possible, parce qu’alors le malade est moins molesté de douleur et inflammations et que les muscles ne sont encore refroidis ».

Trop heureux le médecin qui verra, dans les 24 heures

suivantes arriver à son cabinet de consultation le patient ou

qui sera mandé en toute hâte à son domicile. Hélas ! quelquefois le malade traitera par le mépris sa luxation et, vous ne le verrez qu’une ou même deux semaines après l’accident. Mais à la campagne, très souvent, en ville quelquefois, le malade sera dirigé immédiatement par sa famille ou des voisins complaisants au village proche, chez le rebouteux, maçon ou boucher de profession, en ville chez un masseur plus ou moins diplômé et dont l’officine pleine à craquer montre bien toute la renommée populaire. Alors commencera pour notre malade un long calvaire qu’il supportera stoïquement, bien mieux que dans votre cabinet et que ne manqueront de lui procurer tiraillements intempestifs, boules de fil ou pelotons de laine placés sous le bras, au creux de l’aisselle et pressant, oh ! combien sur la tête rebelle, ne voulant pas regagner son logis.

La séance durera ainsi de quelques minutes à quelques heures même, avec de temps à autre quelques arrêts, car v 4 3

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opérateur et opéré sont hors d’haleine, si vigoureux sont les tractions et les efforts de réduction, Maïs tout a une fin et, fatigué, le rebouteux renverra son client, lui certifiant sur tous les tons persuasifs que l'opération est terminée et que son bras est remis en place. Il terminera, au besoin son ordonnance en prescrivant de l’eau miraculeuse qui, dans nos régions pyrénéennes, est de la vulgairé eau de source dans laquelle aura séjourné, plus ou moins longtemps, une corne de cerf ou une bague légaée par des ancêtres et à la vertu calmante et sédative. Rentré chez lui, le malade d’abord ravi de sa promenade, peut-être aussi rassuré, ne tardera pas, malgré les ablutions d’eau miraculeuse, à sentir renaître ses douleurs; son bras est toujours inerte, et il confiera bien doucement à ses proches (car il ne faut point ternir la réputation du rebouteux) qu’il serait peut-être prudent d’aller voir le médecin à la ville voisine.

Et, voici notre patient débarquant un beau matin par le premier train dans votre cabinet où, nouvellement installé, vous attendez vos futurs clients. Le malade, la plupart du temps, ne vous raconte rien et vous ignorez rebouteux et manœuvres, très souvent le jour exact de la luxation car, c’est évidemment toujours « la veille » que l'accident s’est produit.

Au premier contact le patient gémit. Voulez-vous diagnostiquer exactement votre luxation et votre palper est-il tant soit peu vigoureux, le malade hurle, car ici nulle gêne et, après quelques efforts pour vaincre la contracture, vous abandonnez en proposant à la famille l’envoi d’urgence au chirurgien de la grande ville. Le conseil est excellent sans aucun doute, la promenade tentante pour le malade, mais, la famille s’inquiétant des frais, quittera votre cabinet sans prendre une décision et s’en ira par le plus court chemin, tout droit chez le confrère d’en face. |

Ce dernier, un vieux qui en a vu bien d’autres, ou plus avisé, téléphonera à son ami qui viendra donner le chloroforme et, « les chairs étant relâchées », la réduction s’opè-

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