‹ Reflets d'antan [microforme]Chapitre 9 sur 33 · LA PREMIÈRE MESSE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE MESSE

Le jour na!t et s'enfuit, et toujours les navires Ouvrent, sur les flots bleus, leurs voiles aux zéphires Après avoir laissé des rivages divers.

Ils longent dans leur course une lie aux bords déserts Un umnense rocher qui dresse sur les ondes Son dos âpre et sinistre, où des oiseaux immondes Viennent seuls, le printemps, jetant de tristes cris. Bâtir leurs nids obscurs sous des bois rabougris. Pendant deux jours entiers ils suivent ces rivages Où l'onde et les oiseaux mêlent leurs cb ■ ts sauvages Chaque aurore nouvelle, ou chaque noi au soir Dans le cœur de Cartier vient ranimer l'espoir

LA DâcOUVBRTB DU CANADA

Ce n'est plus l'océan que Iri bateaux franchissent; La terre n'est pas loin et les ondes blanchissent. Des rivages en fleurs, qui vont se rapprochant, Resserrent les flots clairs, et semblent, au couchant, Élever sur leur route une immense barrière. Le soleil plus hâtif achève sa carrière. Il argenté le ciel de ses rayons blafards, Comme les cheveux blancs, la tête des vieillards.

La flotte, ô Saguenay ! rase ton embouchure. Rivière au noir courant, quelle sonde mesure De ton lit merveilleux toute la profondeur ? L'œil est pris de vertige, en voyant la hauteur De ta paroi de roc partout infranchissable. Fleuve sans grève, gouffre où pas un grain de sable Ne recevrait le pied du marin ncufragé. Quel arbre t'a jamais dignement ombragé ? Dans tes profondes eaux vainement l'ancre tombe. Le chaos t'a choisi pour sa plus noire tombe. Et tes échos moqueurs, quand passent les marins. Se redisent entre eux leurs plaintes, leurs refrains.

Cependant le vent souffle, et les vagues d'écume Vont caresser des bords que la forêt parfume.

RBFLET8 d'aNTAN

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C'est une fie riante oft te coudre fleurit,

Oùsur le, arbre, verta, maint fruit nouveau mûrit.

m, de ce, bords channants s'arrêtent les naviita

Et le chant des marins alterne avec les rires

Et septembre est venu. Bientôt des souffles froids,

h élevant vers le soir, effeuilleront les bois

Mais l'on entend enoor munnurer les fontaines

Les heures de la nuit «mnent lentes, sereines

Les arbres sont drapés dam leurs épais manteaux.

Et partout des fruits mûrs oouromjent les coteaux.

La nuit qui s'approchait de cette île isolée Déroula lentement son écharpe étoilée, Et tout s'enveloppa d'un calme solennel Mais, au réveil du jour, pour louer l'Étemel Radieux, les oiseaux volant de cime en cime

Remplirent la forêt d'une oraison sublime Et le soleil, sortant de son lit empourpré, ' D'un éclat inoui fit resplendir le pré.

0 le beau jour de fête et de réjouissance- L'Eghse, ce jour-là, célébrait ta naissance Vierge sainte, qui fus la mère de ton Dieu Cartier ne voulut pas s'éloigner de ce lieu

LA DâcOUVBRTE DU CANADA

Sans te rendre, ô Marie! un éclaUnt hommage. On élève un autel. U croix et ton image Se mirent dans le fleuve aux lisières des bois, Et Dieu descendit là pour la première fois.

Pendant que le saint prêtre, à l'ombre d'un érable.

Élevait, en priant, la Victime adorable.

Les oiseaux voltigeaient de rameaux en rameaux,

Modular „ semblait-U, des cantiques nouveaux. '

U soleil émaillait de lueurs chatoyantes

La mousse des vieux troncs, les feuilles ondoyantes.

Sur le sable doré les vagues murmuraient;

Dans leur joie, à genoux, les matelots pleuraient.

Leurs cœurs montaient à Dieu, rempUs de gratitude.

Mille voix s'élevaient de cette solitude.

Et, volant dans les airs, les anges radieux

Unissaient à ces chants leurs chants mélodieux.

Et quand ce fut la fin du divin sacrifice. Que sur l'autel champêtre il remit le raUce, Son front s'illumina d'un éclat merveilleux. Un rayon fuhninant s'échappa de ses yeux. On eut dit qu'un nuage environna sa tête, Un nuage de pourpre où couvait la tempête.

Il leva vers le ciel ses deux bras frémissants; Sa bouche s'entr'ouvrit. et d'étranKes accents, Des mots entrecoupés tombèrent de ses lèvres Obscurs comme les mots que de brûlantes fièvre» Font parler au malade.

— Asser de sang ! Assez !...

Jetez donc le linceul sur ces morts entassés!.. A ces héros chrétiens donnez la sépulture! Jetez aux noirs corbea.-x, jetez doac en pâture Cette horde traîtresse!... Écoutez! les forêts Aux héros de la Foi découvrent leurs secrets!...

J'entends le bruit du fer et les coups de la hache Le vainqueur s'agenouUle et le vaincu se cache. Les oiseaux ont appris de plus douces chansons.. Et des sillons fumants se couvrent de moissons' Pareille au nid de l'aigle, au-dessus d'une grève, Sur un cap de granit, quelle ville s'élève !. . .

Une croix la domine et monte vers les deux

Et ses deux bras tendus couvrent d'immenses lieux.

De formidables murs l'entourent, la défendent.

Dans son port merveilleux miUe vaisseaux se rendent.

Et que vois-je plus loin sortir du fond de l'eau ? Quelle cité rivale élève un front si beau !

LA DâcOUVBIITB DU CANADA

Son ^egar^ (îtincelle. Il captive ou foudroie. Que son ciel est brillant I Ah! comme elle déploie, Pour éblouir le monde, un couraRe étonnant! Les peuples, accourus de tout le continent, L'appelleront, un jour, la cité souveraine... Sois la Ville Marie, et tu deviendras reine!

Salut, noble Prélat ! Fort de la Vérité,

Tu déchires la nue et verses la clarté...

Salut, prêtres pieux, salut! Béni soit votre ouvrage!

Grande est votre douceur, et grand votre courage.

Sous vos soin.s paternels, ô pasteure vénérés!

Les agneaux confiants ne sont point égarés.

Quel est ce bruit loir.tain ? C'est le canon qui tonne... C'est la terre qui tremble, et le ciel qui s'étonne!... Je vois des escadrons, dans un terrible choc. Rouler sur la poussière, à la cime d'un roc!... Le soleil fait briller l'acier des baïonnettes. Le fracas des obus, les éclats des trompettes Se mêlent aux clameurs des mourants, des blessés. Et vainqueurs et vaincus se succèdent, pressés Comme les flots liurlants que poussent sur la dune Les orages d'automne. 0 cruelle fortune!

HrLITS d'antaw

^tZ^ ?"'""'"■ '" '"■ "- "'anche, flo«„ Slr^ """i" '"'^^ ''•' °^""-- vainqueur L^ét^d^dr^ge flotte, aile de, mauvais a„K»' Sur le, mur. où Untôt triomphaient no, pl«Un«,!

rf !^'™' « <* -""ment, reste «lencieux

M-u. d «prend bientôt, d'une voi, p,«, contrainte:

Au^t anc,en. hdla,! ,uccède un droit nouveau Offre au «el mdigné son encens téméraire.

Un malaue meffable, un mugissement sourd Annoxicent la tempête et des jours de détres«>.

nfau une vtctime, et l'échafaud se dresse Dans le sang du martyr, ô prodige inoui,

La hberté renaît... Tout s'est évanoui... Sur le peuple loyal, sur la sanglante rive Il descend du ciel calme une clarté plus vive Lhomme de Dieu se tut. Son œil humide et doux Lentement retomba sur la foule à genoux

LA OicOUVIRTB DU CANADA

STADACONi

Cependant, sur les bords, la chaloupe amarrée

Se cabrait au retour de la haute marée.

La brise fraîchissait. U grand fleuve. Ronflé,

Se berçant comme au vint se berce un champ de blé,

Paraissait de nouveau remonter vers sa source.

Il fallut s'embarquer. Les vaisseaux, dans leur course.

Rasèrent bien longtemps, avec rapidité,

Un rivage dont rien n'égalait la beauté.

Les sauvages debout sur le pont du navire,

Jetaient sur cette terre un regard en délire.

Que de pensers touchants leur rappelaient ces bois'

Ils avaient hbres, gais, passé là maintes fois.

Poursuivant l'orignal sur les profondes neiges.

Ou forçant l'ours grognard à tomber dans leurs pièges.

Et Cartier, l'œil fixé sur l'horizrn lointain.

Espérait, tout ému, voir paraître soudain.

RBrLITS d'aktak

Comme un géant tombé .ur les flots diaphane», Cet énorme rocher recouvert de cabanej Dont les deux Indiens lui parlèrent souvent. Des matelot» chantaient, réuni» à l'avant.

(-es marin», vers le soir, lonreiit encore une tin,

Une Ile riante, une île plus fertile Que ceUes qui d'abord enchantèrent leurs yei- i. C'est un brillant joyau que le fleuve orgueilleux Sertit avec amour dans son onde sereine C'est le plus bel anneau de cette longue chaîne Que forment sur le fleuve, et jusque dans les mers. Cent Ues au front ceint d'épais feuillages verts. De MS sauvages fleurs un doux parfum s'échappe; La vigne la couronne, et sa brillante grappe Semble rire au soleil à travers les rameaux.

Un grand cri tout à coup s'élève des vaisseaux. Monte jusques au ciel, et fait trembler les ondra. Cent clameurs aussitôt, formidables, prof>. les, Du milieu des forêts répondent à ce cri. Devant les bâtiments, formant un vaste abri. S'avançait dans le fleuve un rocher âpre et sombre: Son flanc se hérissait de cabanes sans nombre; Son sommet couronné d'arbres majestueux.

Si^blait, dans son orgueil, aux vents impétueux

tA OÉCOVVHTI DV CANADA

Jeter un fier défi. Cet étonnant vilkife Sur le« rime» perché conune un ùgle sauvage, Ce roc où dè« lontftemp» ta haine avait trôné. C'était le grano fiameau; c'était Statlaconé.

A :'abri des antan», & l'abri des oraifes, Rcposez-vous ici, près de ce» fiers rivaKCs, Iri reposei-vou». ô ulorieux vais-scaux!

Dan» les airs parfumé» déroulez vos drapeaux! N'étes-vou» donc point las de vos étrange» courses ' En vain vous tenteriez de voguer jusqu'aux sources De ce fleuve prof and, dont le merveilleux cours, Comme un autre océan, se déroule toujours '

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