FRAGMENT
pas qu'on puisse dire, tel avocat m'a fait gagner mon procès,
que tout autre que lui m'auroit fait perdre. Je n'ai jamais eu qu'un petit bout de procès avec une coquine marchande de musique qui m'avoit volé, et je fus condamné par défaut. J'ai été volé deux fois depuis, je me suis tenu pour battu ! Les pièces, et rien de plus. Foin de l'éloquence qui change le mal en bien et le bien en mal ! Je plains l'avocat qui est forcé de plaider d'office la cause qu'il croit mauvaise, je le plains de parler contre sa conscience. Si j'eusse été avocat et chargé de telles besognes, je crois que j'aurois si mal plaidé que le tribunal n'auroit pas été tenté de me faire plaider d'office une seconde fois.
Je ne dirai pas grand chose des juges : on dit qu'ils sont tellement habitués aux
(1) Ce feuillet se trouve parmi les autographes de la collection Requien, avec deux pages de musique, nos 4-436, 4-487, à la Bibliothèque d'Avignon. Ilest très probable que c'est un fragment des Réflexions.
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