‹ Réflexions d'un solitaire (volume 3)Chapitre 22 sur 89 · GRÉTRY · texte numérisé non relu

GRÉTRY

Paris, 28 novembre iSoç.

(1) 26 novembre 180g. (G.)

Réponse de Messieurs les artistes du théâtre Feydeau à la lettre précédente (1).

Lettre de M. Camerani, semainier perpétuel du théâtre Feydeau, en ni envoyant celle de Messieurs les artistes sociétaires :

Monsieur et bon ami,

Appelé d'Italie en 1766 sur le théâtre des Italiens de l'hôtel de Bourgogne, rue Monconseil, pour jouer l'emploi des amoureux dans le genre italien, et par suite l'emploi de Scapin, je ne suis plus sorti de Paris, je suis le plus ancien des sociétaires, et le plus heureux, puisque j'ai vu représenter sur notre théâtre votre premier ouvrage, et que j'ai été témoin de vos triomphes pendant 42 ans, et que je le suis aujourd'hui de la gloire dont vous jouissez, et qui vous est due à tant de titres.

Je suis le seul qui ai été honoré, de longue date, de l'amitié d'un grand homme, d'un Grétry, dont j'ai aimé la personne et révéré les talens. Vous avez eu la bonté, en me parlant et en m'écrivant, de m'appeler votre vieil ami, et ce titre (permettez-moi de le dire) m'est bien dû, puisqu'en 42 ans, aucun nuage, aucune brouillerie n'ont obscurci votre amitié pour moi, ni ma vénération pour vous. D'après cet exposé fidèle, qui des artistes existans aujourd'hui à notre théâtre a pu avoir lame plus satisfaite que moi? J'ai eu la consolation de voir ériger, dans notre théâtre, votre statue; en ma qualité de semainier perpétuel, j'ai fait lecture de votre lettre paternelle, adressée à l'assemblée générale; je me suis occupé d'y faire faire la réponse, de voir la satisfaction de tous mes camarades sociétaires en y posant leurs signatures; et j'ai la douce joie de vous l'envoyer de leur part.

Et en quel moment, Monsieur et bon ami! Le dernier jour de l'an i8oq, où je puis vous féliciter, vous sachant en bonne santé, et où mon cœur peut vous exprimer ses fidèles sentimens, en remplissant, à l'occasion de la nouvelle année, les devoirs d'usage. Tous mes camarades, qui par succession ont vu représenter, ou ont représenté vos productions, vous appellent leur père el vous les appelez vos enfans. Et moi qui, étant au théâtre, même avant vos productions, moi qui ai vu paroître la première sur notre scène, qui suis- je?

(1) Quoique celle réponse oit trop flatteuse pour moi, je n'ai pu la retrancher île

ce recueil; cette omission eût été contraire ù l'intenti les artistes sociétaires, qui

désiré que leurs sentimens peur moi fussent aussi publics que me reconnoissance envei eux. (G.)

Par l'âge, c'est moi qui ai l'honneur d'êl | re, el c*e»( moi qui ai

/otre ami. Conservez-le moi, ce titre précieux, je le réclame,

c'est le vœu de mon cœur, et celui que je fais à l'occasion de cette nouvelle année.

Toutes ces réflexions je l'avoue, me font plaisir par la joie secrète que j'éprouve, étant le seul qui peut rappeler des circonstances aussi heureuses.

Le triomphe dû à vos talens, Monsieur et bon ami, est à son comble; vous jouissez d'une honnête fortune; que vous faut-il? De la santé/ Eh bien! voici mon vœu : que Dieu vous la conserve, et pour vous et pour moi. Les phrases de ma lettre, Monsieur et bon ami. sont sans recherche; mais les sentimens qu'elle renferme partent de mon âme, qui vous est dévouée tout entière, et le sera toute ma vie.

Camerani.

Paris, 3i décembre i8oç.

Lettre de MM. les artistes sociétaires du théâtre Feydeau.

THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE Paris, i5 décembre i8oç.

Monsieur,

La Comédie n'a pu lire, sans une vive émotion, la lettre que vous avez bien voulu lui adresser. Elle l'a fait transcrire sur les registres, comme un témoignage honorable des relations qui lient entre eux tous les arts, et qui devroient rapprocher tous ceux qui les cultivent.

Votre statue, placée dans l'enceinte même du théâtre si souvent illustré par vos productions, est à la fois, Monsieur, un hommage rendu à vos talens et un modèle offert à tous ceux qui suivront la carrière que vous avez parcourue si glorieusement. Nous ne devons point craindre que les vicissitudes de la mode écartent jamais vos ouvrages de notre répertoire; vos succès se perpétueront d'âge en âge, parce qu'ils sont fondés sur la nature et la vérité ; et la Comédie ne cherche point à vous flatter en parlant ainsi, elle croit tenir le langage que tiendra la postérité.

Jouissez longtemps, Monsieur, d'une gloire acquise à tant de titres ! C'est le vœu que nous formons tous, et puisque vous-même acceptez le titre de notre père, agréez l'hommage de notre dévouement Filial et d'un profond attachement, dont il ne vous est pas permis de douter.

LE SAGE (i), SOLIÉ (2), GAVAUDAN (3), EIXEVIOU (4), JULIET, BATISTE, DESBROSSES (5), CONTIEZ (6), IMBERT LE SAGE (7). MARTIN (S), SAINT AUBIN (9), GAVEAUX(io), MOREAU,BELMONT(i i),PAULF.MOREAU,F.CRETU (i2)f CAMERANI, CHENARD (i3), F. GAVAUDIN (14), HUET.

(1) Figure, ainsi que les suivants, dans la liste des artistes du Théâtre de l'Opéracomique publiée dans le Mémorial dramatique ou Almanach Théâtral pour l'an 1809.

(2) En réalité Soulier, un des meilleurs artistes de l'Opéra comique, possesseur d'une voix de ténor grave à laquelle il a donné son nom; lui-même compositeur d'opéras-comiques sans grande valeur, dont deux, Anna ou les deux chaumières et Mademoiselle de Guise, furent représentés à l'Opéra comique en cette même année 1809 (1755-1 Si 2).

(3) Artiste du théâtre Feydeau, pendant quelque temps directeur du Théâtre royal de Bruxelles (1772-1840).

(4) Voir t. II, p. 266 et note.

(5) Marie Desbrosses, actrice delà Comédie italienne, puis du théâtre Feydeau; elle occupa la scène durant cinquante-trois ans (1763-1856;.

(6) Rose-Françoise Carpentier, connue sous le nom de M",e Gonthier, née à Metz, débuta à Bruxelles et fit partie de la troupe du prince Charles de Lorraine, puis passa à Paris (1747-1829).

(7) Mme Haubert-Lesage.

(8) Le célèbre baryton dont le nom est resté attaché à son genre de voix. Entré au théâtre Favart en 1794, il y chanta à côté d'Elleviou. A la réunion des théâ'res Feydeau et Favart, il devint sociétaire et membre du comité d'administration de la nouvelle association. Il demeura au théâtre jusqu'en 1823 (1769-1837).

(«)) Outre cet artiste, la troupe de cette année comptait encore sa femme et ses deux filles, Alexandrine et Mme Duret-Saint Aubin.

(10) Acteur et compositeur, attaché au théâtre Feydeau de 1801 à 1812. Gavcaux mit en musique le livret original de Bouilly, Léonore ou l'amour conjugal, repris plus tard par Beethoven (1761-1825).

(11) Mmc Belmimt, dont le portrait en médaillon unie le Mémorial ci-dessus cité, avec une dédicace commençant par ces vers :

En toi la grâce à la beauté s'allie : Par ta voix pure et par ton jeu brillant.

On le croiroil également Fille d'Eutêrpe ei de Thalie !

(12) M'^O-étu.

(i.3) Chenard, artiste de l'Opéra comique, fit apprécier sa belle voix de basse notamment dans la Fausse magie de Grétrj (i758-i83i).

(1 |) Sans doute pour Gavaudanj plusieurs artistes, notamment cinq artistes femmi , apparentés à Jean-Baptiste Gavaudan, se firent entendre a I 1 Ipéi a 1 1 unique.

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