‹ Réflexions d'un solitaire (volume 3)Chapitre 82 sur 89 · TT · texte numérisé non relu

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et que notre gamme de deux pièces est très convenable aux imita-

(0 Sujet, thème principal de la fugue, exposé au début ; Réponse, répétition du même thème à la dominante, ou cinquième degré, dans une autre « voix ».

tions. Rien ne ressemble plus à

que */•■ 11 o " ° g; l'on ne composoit les

sujets de fugues véritables que dans le système de ces deux tétracordes, les réponses aux sujets seroient aisées et jamais contestables.

Telle fut à peu près la conversation que j'eus avec Gluck. Son sourire me disoit souvent qu'il étoit de mon avis et qu'il ne discouroit, comme je l'ai dit, que pour me faire parler. Si je n'eusse été pleinement de son avis, il fût revenu au mien. J'ai souvent dit dans mes Essais sur la musique que tout étoit dans le chant, à bien peu de chose près, qu'il étoit le régulateur de l'harmonie qui lui sert de base. Je dis à présent aux compositeurs trop savans, forts d'harmonie et maigres de chant, qu'ils renversent l'ordre naturel des choses, en mettant la statue dans l'orchestre, et le piédestal sur le théâtre.

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Le contradicteur n'est de l'avis de personne, pas même du sien, puisqu'il nie souvent aujourd'hui ce qu'il affirmoit hier par effet de l'habitude de contredire.

Rousseau dit que Montaigne, en révélant ses défauts, a soin de ne s'en donner que d'aimables. Il t'ait mieux, lui : dans ses Confessions, il s'appelle béte, balourd, maladroit, et ne cesse de s'accuser de gaucherie ; on n'a plus rien à reprocher à celui qui se traite ainsi lui-même. Je crois encore plus à la véracité de Montaigne qu'à celle de Jean-Jacques, parce que ce dernier a plus d'imagination et de poétique de style, qui peuvent l'égarer; l'autre est rond comme une boule, on ne lui croit pas de malice.

Une réponse m'a frappé, la voici. Un homme en manteau noir demande l'aumône à quelqu'un qui lui dit : Dieu vous assiste. — Je suis athée, répond le manteau noir.

En parlant d'une partie mystérieuse du beau sexe, partie qu'on ne nomme point quoiqu'on en parle toujours : C'est l'endroit, dit quelqu'un, où il y a le plus de cœur humain.

(i) Ce fragment se trouve à la section des manuscrits de la Bibliothèque Royale de Belgique sous la cote 11646, avec l'indication : « Copie par Flamand Grétry du chapitre XXX. Sme volume. » iLe manuscrit du 8e vol., appartenant au Conservatoire de Liège, ne contient que six chapitres, et la table des matières n'en indique que dix-neuf.)

La musique est bien plus le langage du sentiment que celui des idées, a-t-on dit. Il me semble que c'est le sentiment qui donne les idées.

L'affectation est une espèce d'émétique qui donne la nausée. En lisant les ouvrages de certaines gens, le mot que vous attendez n'est jamais celui qui arrive ; on diroit qu'ils ont parié de faire entrer tels mots dans leurs phrases (1).

(i) A ce feuillet est jointe la lettre suivante, (copie ou brouillon), de Flamand Grétry : « A M. Daniel de St-Aubin (ou Aulens), membre de plusieurs sociétés savantes, place Vendôme n° iô.

« L'Ermitage, 20 octobre i83.i.

« Monsieur et honorable collègue,

« J'espère que vous voudrez bien excuser le retard que j'ai mis à satisfaire à la demande que vous m'avez faite d'un écrit autographe de Grétry, qui me prouve toute la vénération que vous portez à la mémoire de mon illustre parent. Je m'estime heureux de pouvoir y répondre en vous faisant parvenir une feuille (dans la marge de laquelle j'ai arraché sa signature) extraite de l'oeuvre de l'homme célèbre intitulée Réflexions d'un solitaire, S volumes in-quarto. Attendu que cette feuille ne contient que des pensées, j'ai pu l'en détacher (dans la marge, sans nuire à l'ouvrage d'ailleurs). J'en ai gardé la copie ; j'y ai joint une note qui indique qu'elle est en votre possession pour servir en cas de besoin de vérification avec la copie. Je crois vous faire plaisir en joignant à cet envoi le portrait de Grétry gravé d'après Isabey. Je me suis permis d'y joindre encore un prospectus de mon ouvrage. Recevez, Monsieur et honorable collègue, etc.. »

C'est ainsi que la famille de Grétry respectait l'œuvre du grand musicien ! Il ne faul pas s'étonner que. cette œuvre nous suit parvenue si cruellement mutilée.

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