‹ Réflexions d'un solitaire (volume 3)Chapitre 83 sur 89 · PENSÉES DÉTACHÉES O · texte numérisé non relu

PENSÉES DÉTACHÉES O

Peut-on rêver ce qu'on n'a jamais vu ni éprouvé? Certainement qu'on le peut. Quand les fibres de notre cerveau agissent d'elles-mêmes et sans notre participation, elles créent des monstres, tout est mêlé.

On proposoit à d'Alembert, atteint d'une rétention, de résoudre un problème qui, disoit-on, lui feroit beaucoup d'honneur dans l'Europe savante. Mais, ayant éprouvé combien l'application lui étoit contraire, il répondit : « J'aime mieux pisser que penser. »

Oh ! que nous sommes savants ! Nous ne savons pas encore pertinemment si c'est nous ou le soleil qui tourne.

On l'a dit, l'amour-propre est, hélas! le plus fort des amours.

Le génie crée, l'esprit perfectionne, le talent dispose et le goût apprécie. Rarement un seul homme réunit toutes ces qualités; souvent, il en faut quatre.

(i) Ce fragment se trouve à la Bibliothèque Royale de Belgique, manuscrit II 534 : >' porte l'indication : «Je déclare que la présente est écrite entièrement de la main d; mon oncle, l'illustre Grétry. » (*) Flamand Grétry. — Le papier est de même format que celui des Réflexions d'un solitaire. Il est probable que c'est la seconde partie du chap. XXX du 8e volume, mutilé et déchiqueté par l'héritier de Grétry. (Voir la note des Pensées précédentes.)

On ne se dégoûte jamais de soi, quelque vilain, quelque sale qu'on soit. Cependant on se dégoûte de sa vie... Oui, parce qu'elle n'est pas à nous, et que nous n'en sommes que les usufruitiers.

On oublie toute espèce de talent factice et artificiel, quelqu'adroit qu'ait été l'artiste pour se faire valoir, et, pour me servir d'une expression de La Bruyère, bientôt on ne parle pas plus de lui que des mouches de l'année passée.

Le besoin de parler semble être une conséquence de la difficulté de penser : témoin les femmes malades, les convalescens et les vieillards.

Il est beaucoup d'ouvrages dont on aime mieux la préface que l'ouvrage même, ce qui prouve qu'il est plus aisé de promettre que de tenir.

Je ne connois rien de si bête qu'une bête qui se moque d'un homme d'esprit.

Comment le musicien sans esprit placeroit-il la bonne note sous la bonne syllabe, quand il ne connoit ni l'une ni l'autre?

Quand nous avons été en Egypte, les naturels de cette région nous demandoient ceci : « Y a-t-il du pain dans votre pays? — Excellent. — Y a-t-il de l'eau? — Parfaite. — Y a-t-il des femmes? — Charmantes! — Que venez-vous donc chercher ici?... » — Réponse s. v. p.

Les idées, longues ou courtes, marquent les différences entre les hommes.

Cet homme n'est pas un beau parleur, mais un grand parleur.

Une des plus fortes contrariétés qu'on puisse éprouver, c'est d'être forcé de mépriser l'artiste dont on admire le talent.

Il semble qu'il est toujours en nous un peu de manie. Par exemple, Voltaire est souvent athée en prose et très bon catholique pour faire quelques vers ronflans.

Ne nous chagrinons pas trop tôt; tel vous écrit des sottises qui, bientôt mieux instruit et désabusé, vient vous demander pardon, avant que vous ayez reçu sa lettre.

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