‹ Réflexions d'un solitaire (volume 4)Chapitre 45 sur 98 · DE BASSESSES DE PREMIER ORDRE · texte numérisé non relu

DE BASSESSES DE PREMIER ORDRE

On les aime par amour-propre, parce qu'on a le plaisir de les prêcher autant qu'on veut. Elles ont la malice de vous laisser dire ; la réprimande n'est rien pour elles ; elles méditent un nouveau tour pendant que vous les moralisez sur la faute passée ; leur calcul est fait d'avance ; il leur est plus facile de supporter la mercuriale que de renoncer à leurs chères habitudes. Si elles se corrigent, on est fier de son ouvrage, on les aime plus que d'autres enfants réguliers dans leur conduite. Si elles ne s'amendent pas, il n'y a plus de ressources, dit-on, ni d'espoir de changement. Cependant, avec un régime doux, de bons exemples et de la patience, les inclinations changent, parce que les humeurs et le tempérament ont changé. Quelquefois, une fillette dont votre fils, à mauvaise tête, devient amoureux, lui fait changer de mœurs pour lui plaire; cette jeune innocente, qui n'exige rien de lui, fait ce qu'en vain vos efforts avoient sollicité.

On dit que souvent une mauvaise tête est accompagnée d'un bon cœur ; je comprens que cela soit ainsi, quand tout est dans le cœur et rien dans la tête. Le jeune homme agit alors par un

reste d'enfance, distinct de nature, non encore modifiée par les loix de la société. Il ment pour vous amuser, il donne comme il prend et se croit disculpé en vous associant tacitement avec lui. Il se demande comment on pourroit le gronder quand ce qu'il a fait de mal étoit en partie pour vous procurer un bien. Les incartades de la mauvaise tête vous obligent donc à vous occuper de lui sans cesse. Au contraire, le jeune homme sage ne vous occupe guère ; tout est en ordre chez lui ; vous êtes sûr qu'il exécute ce que vous avez désiré ; on bénit son existence sans s'inquiéter de ce qu'il fait. L'autre peut se perdre en un instant, comment se résoudre à l'abandonner ? D'ailleurs, le méchant fait passer le temps à ceux qui n'ont rien à faire, ce qui vaut mieux que de s'ennuyer. Certaines commères ont besoin de jaser, de prêcher, de pleurer ; il fournit, que de reste, à toutes ces foiblesses féminines. En parlant de lui sans cesse, on dit : « Ne me parlez pas de ce monstre, il me fera mourir de chagrin. » — « Mais vous êtes dédommagée par son trère. » — « Oh ! pour celui-là, c'est un ange, il est inutile d'en parler. »

Il en est des hommes comme des histoires, elles n'intéressent que par les événemens qu'elles retracent, et plus ils sont extraordinaires, plus ils nous font impression.

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