DUCLOS
Laissons cela; vouloir que notre Opéra soit parfait est un vœu chimérique; trop de choses concourent à son ensemble. Eh! qu est-il de parfait dans ce monde? Exiger que chacun en aime également toutes les parties est une folie. Laissons à tous la liberté d'aimer à leur manière ; il y en a beaucoup qui l'aiment sans savoir pourquoi, à moins que le vrai poin^quoi ne soit ce que Diderot vient de nous dire. On peut aimer l'Opéra métaphysiquement, puisque lui-même est métaphysique. Il est des gens qui n'en aiment qu'une partie, sans s'embarrasser du reste. Celui-ci y vient pour la danse ou pour sa danseuse, tel pour le genre de poèmes, tel pour le chant, tel pour les décorations, tel pour l'orchestre. Je connois un homme qui vient pour le premier coup d'archet et qui, le plus souvent, après cet effet surprenant (pour lui), s'en va le reste du temps dans les foyers. Tels enfin (et c'est le grand nombre) y aiment l'ensemble de tous les arts réunis dans un seul cadre. Ici, les sens se disputent la prééminence et, s'ils parloient eux-mêmes autant qu'ils font parler, dans leur contestation, ils diroient :
LA VUE
La primauté m'appartient. C'est ici la lanterne magique du cœur, il ne faut que les yeux pour être satisfait.