‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 10 sur 84 · OBSTINATION · texte numérisé non relu

OBSTINATION

L'obstination vient de la mauvaise éducation, ou de la solidité des principes. Un homme bête est aussi obstiné que l'homme d'esprit est décidé, avec cette différence que l'un tire à gauche, l'autre à droite. Rien de plus difficile à vaincre dans la brute que l'instinct. L'empreinte des premières impressions est presque aussi tenace dans l'homme. L'instinct est l'effet immédiat de l'organisation des substances et de l'habitude continue de génération en génération. La raison lui résiste par vertu sociale. L'harmonie de l'instinct n'est que force contre force ; celle sociale est convention morale ; c'est renoncer aux trois quarts à l'instinct que de se ranger sous les loix générales : c'est une force factice qu'on oppose à une force réelle, mais la première n'en doit pas être moins respectée, quoique purement conventionnelle. C'est par esprit de domination que les hommes se soumettent et consentent à vivre entre eux. Les bêtes ne vivent isolées que parce qu'elles sont sans amour-propre. Quel courage prodigieux, ou plutôt, quel prodigieux amour-propre on peut supposer à l'homme pour qu'il sacrifie sa liberté native à la vaine gloire de dominer son semblable pendant quelques années, quelques jours, quelques instans !

Est-il permis de tromper les obsfinés quand c'est pour leur

bien? Oui, car vaincre l'obstination par force ouverte seroit tyrannie. Où le raisonnement ne peut rien, la force détournée semble permise. La nature ainsi donne un hiver rigoureux pour préparer la terre printanière.

Un médecin, voyant l'obstination d'une fille charmante qui périssoit dune maladie de poitrine et qui refusoit absolument les secours d'un cautère qui eût fait dévier l'humeur usa d'un singulier moyen pour sauver sa belle malade. Invité à prendre le thé, il feint de vouloir se rendre utile, il sort la bomlloire du feu. En passant, il fait un faux pas et la répand sur les jambes de la demoiselle. Grand bruit, grand tapage dans la maison. Il se confond en excuses, fait appeler un chirurgien lui dit deux mots à l'oreille. Les plaies ne guérissent point et suppurent beaucoup. Au bout de quelque temps, la poitrine se dégage, la toux cesse, la belle obstinée revient à la vie et reprend toutes ses beautés. Alors le médecin avoue son artifice; on l'appelle méchant, cruel, mais on l'embrasse.

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