‹ RéflexionsChapitre 101 sur 109 · EMPLOI DU TEMPS · texte numérisé non relu

EMPLOI DU TEMPS

Rien de plus précieux que le temps, et rien dont on abuse davantage. Le temps est le prix de l'éternité , connne For et l'argent sont le prilc de tout ce qu'on veut acquérir en ce monde ; avec cette différence que ce qu'on acquia*t par Tor et l'argent se consume et périt , au lieu que ce qu'on obtient par le bon emploi du temps est incorruptible et immuable.

L'aveuglement des hommes à l'égard du temps, est inconcevable ; ils attendent à en connoître le prix , jusqu'au moment de la mort , c'est-àdire , lorsqu'il n'y a plus de temps , ni de res-

SUE L'ÉOnCATIOlT. 359

sources pour en bien user. Durant la vie , on dissipe le temps comme un bien méprisable , inutile, odieux même. Combien de personnes surchargées du temps comme d*un poids intolérable ! elles imaginent toutes sortes de moyens pour s'en décharger; c'est pour cela qn on a inventé le jeu , les spectacles , les visites , les sociétés de pur amusement. Encore le temps paroît-il un ennemi de tous les jours ; il échappe , et on le trouve trop lent dans sa courte; il n est déjà plus, et Ton pense aux moyens de le faire disparoître à son retour. Cependant les années s'accumulent ; et quand leur somme est considérable, on murmure den*en avoir plus qu'un petit nombre à espérer. Devientp^on alors plus raisonnable? ménage-t-on mieux le temps?

point du tout : le vieillard dissipe 'ce qu'il lui en reste , et aboutit en soupirant au terme on le temps finit, et où l'éternité commence.

Il importe beaucoup de faire connoître aux jeunes personnes ce que c'est que le : temps , quel est son prix ; et combien il est nécessaire de le bien employer. Elles se flattent d*un avenir presque sans bornes; elles se comparent non aux personnes de leur ilge.que la mort enlève, mais à celles qui prolongent leur vie jusqu'à une extrême caducité ; et l'amour^-propre leur fait croire qu'elles seront de ce nombre , qu'elles auront par conséquent tout le loisir de faire des réflexions , et qu'elles se donneront à Dieu quand le monde aura eu son temps. Illusions pures , et qu'il est facile de réfuter par

"36o AVIS

mille raisons , ]iiais>qu il n'est point trop aisé de dissiper, en sorte que ces esprits volages prennent une juste idée du temps et des motifs de le bien employer.

Les dames du grand monde sont plus exposées que d'autres à faire un mauvais emploi du temps : leur vie est un cercle d'inutilités et de firivoles amusemens ; le soin de se parer est le travail le plus réel de la journée; car ce soin, tout puéril qu'il est , suppose de la coulrainte et engage dans des détails ennuyeux. On pourroit assurer que la femme forte de TEcriture , qui étendoit sa vigilance à tout, s'ennuyoit beaucoup moins qu'une femme du monde, qu*on pare comme une idole. Cette parure de tous les jours est un esclavage ; Picore aboutit-elle quelquefois à obscurcir les grâces naturelles , et à mettre dans la&guredes iridicules qui n y étoient pas ; mais quand il n'en résulteroit que la perte du temps , ce seroit toujours un mal irréparable : ce n'est encore cependant que le prélude de mille autres frivolités qui:dévorent le temps. Visites superflues i entretiens vides de choses , spectacles illusoires , lectures d'histoires romanesques , jeux , festins , promenades , pai^ties en ville et à la campagne ; où est le temps , et qu'en reste-t-il , je ne dis pas seulement pour les devoirs de la religion , mais pour les soins domestiques , pour 1 éducation dasenfans , pour les attentions d'une économie raisonnable? Et qu'elles sont les suites d'une perte de temps si continuelle et si abusive ? tout est comme au

pillage

SUB L'ËSUGATION. 36 X

piildge dans une maison où personne ne veille ; et il faut quelquefois un demi-siècle pour réparer les ravages de quelques années de luxe , d'indolence, de mollesse.

Mon fils ^ dît le Saint-Esprît (i), conservez le tetnps. Ce mot veut-il dire que nous pouvons empêcher le temps de s'échapper ? Non , sans doute, carie temps est une durée dont l'essence consiste dans une succession continuelle , et par conséquent dans la fuite des momens qui la composent ; on ne peut donc conserver le temps que par le bon emploi qu'on en fait. Les saints ont conservé le temps ^ parce que tous leurs jours étoient mis à profit pour le salut; ils ont con-^ servi le temps , en le consignant par leurs bonnes œuvres dans le sein de Dieu. L'être de Dieu est étemel, il nest point sujet aux vicissitudes du temps ; mais son œil est toujours ouvert sur les enfans des hommes ^ que rËcriture appelle les habitons du temps» Il nous donne à tous , sur la terre ^ une mesure de temps pour le connoître , l'aimer et le servir ; cette mesure étant complète , il demande un compte exact de l'emploi qu on en a fait : si le temps a été dissipé, on ne peut attendre que le sort du serviteur inutile^ qui fut jeté dans les ténèbres où il n^y aquelar-* mes et grincemens de dents (2).

• Qu il y a de choses à dire aux enfans et aux jeunes personnes sur l'emploi du temps! Le coup, d'œil du temps qui s'enfuit , et de l'éternité qui n'a point de bornes fait trembler. Ce

(i) Eccl. 4. a3. — (a) Matth. aS. 3o,

OEwr. spir, V. ft

36a ATis

solîiaire qui , pendant un demi -siècle , n avoit pensé qu'au temps et à rétemité, éloit un sage dont la vîe avait été très-CKCcup>ée. Qu'avezvous fait , lui dit un prince à la fia de ce demi* siècle ? et il répondit ce mot du Prophète : J 'ai jfmsé aux jours qui se sont écoulés , et j'ai eu çans mon esprit les années de réUmité (r). II ne dit point qiiji'iji avoU beawoup tf aivalHé pour sa fortune ; q« U $'étoiit donné bîra ^es. soins pour plaire au^ monde ; que ,. dans sa î^eiuiesse i il avolt $[;éqiieBté4es sociétés agréables.; que ^ dans Vâge ipâiT 9 il ayoit assemblé àA (p^andes; richesse» ; qui^ y dans la vieillesse , il av^i^ijl pris des mesn^ res pour conserver sa santé. H ne idit pas. même qu il avoit beaaççup. prié , beaucou^^ pleuré se» péchés , beaucoup mortîBé ses (sens ; sans àof^ qu'il avoit pratiqué toutes ces bonnes œuvres ,: mais il ne tenoit compte que d'uae seule , qui étoit la pensée du temps et de tétemité.

Faut- Il donc n'être occupe qi^e de cette pen^ sée , et le monde peut-il n'être composé que de solitaires occupés du temps et derétemîté?'It f9ut dire a ceux qui font cette quesidon , qoie ki pensée du temps et de l'éternité est compatible avec les diyers emplois qui partagent les occik pations des hommes , et que de cette pensée rA^ sultera le bon usage du temps , et la préparai* tion vraiment chrétienne à Tétecnité. Ce doit être là le moli^ile et l'ame de toutes nos actions , qoeL-> que variété d'ailleurs qui s'y trouve , seloa le& divers, états oii b Providence nous placer (T

(<} Pi. 76. 6,

sua L'Éi>UGATiorï. 363

principe est pour tout le momie , pour les grands comme pour les petits ^ pour la jeunesse comme pour les vieiltards , pour Thomme chargé des affîiires publiques comme pour le prêtre et le religieux*

Mais il Ëiut entrer dans ^elques détails par rapport à Tèmpiot du temps. D'abord il^t n^« cessaîre d'accoutxsmer les jeunes personnes , les eofans mêmes ^ à n'être jamais enlièrement désœuvrés. L' oisiveté en elle-^nénie est contraire aux vues de Dieu , q»t a voukt que le travail remplit nés. jotirs ^ et fât une partie de ht pëni* teoice imposée à rkomme prévaricateur. D'ailleurs toisiveté est la source de tous les désor-^ dres ; f esprit pense toujours , et s'il n'a pas un ol^et légîlime qui occupe sa pensée , il la tour* nera , selon les désirs de ses passions j tantôt à. des plaisirs crimiiiels ^ tantôt à des projets d*amh bition , tantôt aux moyens de satisfaire sa vengeance > tantôt à ce qui peut flatter son orgueil ou sa vanité ; en un mot , un esprit oi$if ouvre la porte à toutes les illusions de l'amour- pro^ pre , et à toutes les tentations du démon.

En second lieu , il seroit à propos d'appliquer de bonae heure les enfans à un travail qui eût quelque difficulté qui subfugue leur esprit QU qui assujettisse leur corps. Lesbagatelles se tournent en jeux ^ et les jeux ne sont points du^ travail. Les conditions inférieures ont, par leur état , une métivode supérieure à celle des per^ sonnes de condilion. Lts enfans du cultivateur et de Tartisan sont tournés dès leurs premières

364 ' ATi«

années à des ^avaux pénibles ; de là les bonnes mœurs el la £orcje du corps : deux qualités plus communes dans ces états que parmi les person* nés d'un plus haut rang. On reprochoit autrefois à une communauté de religieuses nobles qui élevoient des demoiselles , qu on n'apprenoit cbez^Ues qu'à chanter , à dans»*, et à faire quelques petits ouvrages d'amusement; je né sais pas si Je reproche étoit fondé , mais s'il Vétoit , on ^avoit raison de le faire. Il faudrcût que des demoiselles , au sortir de l'éducation , fussent formées à tous les ouvrages propres de leur condition ; quelles sussent entrer dans les détails d'un gouvernement domestique ; qu'elles eussent quelque idée des affaires les plus importantes qui peuvent subvenir dans une nombreuse famille, £n un mot , il seroit de l'intérêt public que le caractère et l'esprit ne fussent pas bornés à de petites vues , et renfermés dans un cercle de minuties. Tout ceci néanmoins doit être réglé sur rétat , les circonstances, les désirs des parens , et les dispositions naturelles des sujets.

£n troisième lieu , le bon emploi du temps exigeroit qu'on réduisît les récréations des enfans à de simples intervalles , et qu'on n'étendît pas trop la sphère de ces amusemens. Quelquefois ies jeux et les parties de plaisir sont la partie principale , et l'application au travail n'est que l^accessoire ; cela opère le mauvais effet d'accoutumer ces jeunes esprits à là dissipation, et de les mettre h(»rs d'état de réfléchir sur

sua l'éducation. 365

eûx-m'émes. Il arrive aussi qu'avant Tâge de dixhuit ans ces jeunes personnes ont parcouru toute retendue de ce qu on appelle leè plaisirs de la jeunesse ; et que , peu sensibles alors à tout ce qu'on pourroit faire pour les amuser , elles cherchent dans leurs passions le germe des ëga-' remens et des excès. Il faut donc tempérer l'ar^^ deup de la jeunesse pout* le plaisir, et conserver long^temps aux innocentes recrutions- propres de cet âge Vagrément de la nouveauté : ce qui ne sera point si Ton n'est extrêmement économe sur cette article. Les anciens avoient la bonne méthode de tenir leurs enfans- , durant bien des années , dans une dépendance exacte , sans les exposer à Tair du monde : l'innocence se conservoit mieux , et le goût du travail se perdoit moins.

Le meilleur emploi du temps est celui où le travail est sanctifié par la présence de Dieu , et c'est là le plus grand principe qu'on puisse établir dans féducation la plus laborieuse. Le Sage' dc^mandoit à Dieu que la sagesse fui avec lui, et qu'elle travaillai avee lui : car, ajoutoit-il (i) , elle sait tout, elle comprend tout; elle me conduis ra dans mes travaux avec prudence; elle me conservera par sa puissance , et toutes mes œuvres^ seront agréables b Dieu. Le monde est rempli d'hommes qui se consument de travaux ; ils ne connoissent ni les plaisirs du siècle^nî les intervalles du repos. Le cultivateur est sans cesse sur ses guérets , le militaire sous les armes , le

(i) Sap. 9. xo, II, 12.

commerçant sur ses comptes, rhomme d* affaires dans ses bureaux, le merceoaîre sous le poids du jour ei de la chaleur. SI ces hommes, qui dévoreat le travail et que le travail dévore , se rappelaient à Dieu , retociraof ent Ters Dieu , ne s'appliquoient qo a vouloir remplir la volonté de Dieu, ce seroient des saints , et la terre qu'ils arrosent de leurs sueurs seroit la terre des saints ; mais parce <fue la plupart d entre eux bornent leurs vues aiux objets seitsibles, ce temps précieux > dont ils croient ne pas perdre la moindre division , est cependant un temps perdu pour eux ; ils sortent comme d'un profond somroeif h la mort , et ils vcnent triop l^urd que toutes kurs années sont stériles.

Tout seroit dit sur l'emploi du temps si l'on pouvoit persuader à la jeunesse qwe toute sa carrière présente et future est 4 Dieu, et qu'elle doit être pour Dieu. Il ne seroit pas à craindre pour lors on qu*elle dissipât le temps en frivor lilés, ou qu elle le profanât par des crimes, ou qu'elle travaillât uniquement piMir la terre. Elle diroit : Dieu me voit dans ce moment , et il me demandera compte de ce mometit qui est a lui ; traçailUms donc ^faisons le èien, eommel'ordonuerApôtre (i) , tandis ^ae rtovs en açons h temps: il est court ; la figure de ce monde passe ; et Jésus-Christ est à la porte pour me juger , selon . l'usage que j*aurai fait du temps. O temps, ô éternité ! que ces deux mots disent de choses à ceux qui méditent I J'ai lu quelque part cette

(0 GaL 6.,io.

SUE L'ÉDUCATIOW. 36^

parole admirable : « Pom* qui est entré dans l'é- » lennitë , h t^mps to'est rien , et )>oiir qm pense » à i'e'ternitë , le temps est peu de cbese. »

SÏMÎLrcrFÉ ET SINCÉRITÉ.

Je joins Ces dèu^ «choses, ffatct que Ttittè dépend de Tailitre. La simplicité produit la sincé* rilé y et la sincérrtë Tait le prix et Foniçment de la simplicité. Si ifes kommes n*avoient qtte de ht droittire dans le cttur , k simplicité seroit toujours une vertu > jaittais' en né seroit obligé dé àe prémunir contre leurs artifices ; on se mon-' treroit tel qu'on est , et la sincérité par consé^ quent pouiToit être sans borlies ; jamais elle ne seroit réprimée par ce qu'on appelle politique, réserve , dissimiïlation. La méchanceté des hom* mes fait qû'olà nie dit pas tout ce qu'on pense , quoiqu'on soit obtigé de ne dire jamais le contraire de ce qu'on a pensé.

Les enfans , quii n'ont point été gâtés par l'aii^ ^u monde, sont' ordinairement plus simples et plus sincères que ceux qui ont déjà eu quelque teinture de ce qM le monde fait , de ce qu'il dit , de ce qu'il promet. On vil , il y a quelques an-«nées , dans la cour d un grand roi , une fi^le de dix-huit ou vingt ans, transportée du pays des Calmouks dans nos climats : elle étoit d'une simplicité et d'une vérité charmantes ; elle ne se persuadoit pas qu'on voulût la trompa: , et elle disoit namment tout ce qu'elle pensoit. Les courtisans rendirent , en cette occasion , hom-

vùà^e à la beauté de ce caractère ; tout arl\&cieux qu ils sont , ils sentirent que cette personne étoit un modèle ^ «t que la. société seroit pleine d'agrément si tous ceux qui la composent traitoient ensemble avec autant de sincérité. Mais le mal est fait , et la société étant ce qu*elle est, pleine d'artifices et de tromperies, ou n'y verra jamais la vérité triompher du mensonge^

Il importe néanmoins de former \ts jeimes personnes à la simplicité et à la sincérité. Tant pis, après tout , pour ceux qui les tromperont quelquefois , il vaut encore mieux être crédule que menteur, et la fourberie sera toujours plus odieuse que la simplicité portée à quelques excès.. Il semble que les enfans des grands- d^ vroient être moins menteurs que ceux d'une extraction commune ; on impute moins de torts aux premiers , parce qu'on les traite avec plus d'égards, et ils ont par conséquent moins d'occasions de s'excuser en mentant. S'il arrive cependant qu'on fasse des reproches à cette jeunesse du premier rang. ( et il est impossible qu'où l'élève sans cela )> elle ment avec bien plus d'audace que les enfans du vulgaire : elle croit que les avantagées de la naissance l'exemptent de faire des fautes , et la mettent au-dessus des réprimandes : U se mêle de l'orgueil et de l'opiniâtreté dans le mensonge , et à moins qu'on ne tienne ferme pour, le parti de la vérité , les reproches ne serviront qu'à rendre le caractère plus indocile.

La simplicité et la sincérité doivent être sans bornes à l'égard de Dieu , c'est-à^-dire , q;a'il

sua L'ÉB13[GATI05. Sôgr

faut apprendre aux énfans à s^éloigner également de l'hypocrisie et du respect humain. Parhypo^ crisie , ils affectent souvent de la piété , et par respect humain , ils s^abstiennent , contre leur conscience , de faire le bien , pour plaire à ceux qui font le mal. Dieu , qui voitle fond des cœurs, réprouve également Thypocrite et le lâche. Tous deux sont menteurs à son égard , Fun en se parant d*une piété qu'il n a pas , et Tautre en n osant manifest-er les* bons sentimeris qu'il a. Dans la première jifeunesse, et sous l'oeil des maîtres , l^ypocrisie est plus commune que le respect humain , et dès qu*ûn entre i\bas le monde, le respect humain' devient plufi^ ordinaire que rhypocrisie.

Il V a des caractères naturellemeùt* portés r Tartifice, au^ déguisement, à la dissimulation.- Ils sont féconds en ressources pour échapper aux remontrances , et pour s'attirer des élog«slors même qu'ils mériteroienl^ des reproches. Leur ame ne se développé jamais ; ils témoi* gnent de Tamitié , et ils n'en ont point ; de la recpnnoissance, et ce sont dès ingrats ; du désir' d'obliger 9 et ils serorait prêts à rendre un mauvais service. Ils brouillent leurs pareils:, sans que ceux-ci s'en-^aperçoiveot ; iW'sèment la^izame , sans qu'on puisse ks convaincre ; ils font tout le mal qu'ils peuvent^ sans qu'on puisse dévoiler leur méchanceté. Caractères odieux ! vraie peste de la société ! il faut bien s'attacher à déraciner cette mauvaise plante , quand on^eu' aperçoit les premières naissances dans» la jeu*-.

SjO ATIS

vesse; c'est h cas d humilier. ces sortes d* esprits , par le tableau des ridicules auxquels ilss'exposent , et des chagrins sans nombre qu'ils se préparent. On doit leur remontrer avec force qu'ils n'auront jamais d'amis , et que tous les honnêtes gens les fuiront comm^ des esprits malfaisans , comme des fourbes , et des ennemis de toutes tes vertus sociales. Je charge beau* coup cecaraclèrè; il est assez rare que tous ces traits de mëchancelë lui convieuneat ; mais y n'en eàt41 qu'une partie , il seroil toujours trèsmal accueilli dans le monde. Enfin , il faut extirper de bonne heure toute apparence de déguisement, tout indice de duplicité. La religion et la probité condamnent, sans restriction, tous ceux qui s'oublient au point de vouloir trom^ per les autres.

Les enfans, suspectés de déguisement, sont d'ordinaire flatteurs et délateurs; ils flattent leurs maîtres , et ils accusent leurs pareils^^Quelq^uc intérêt qu*on puisse avoir à gagner Tamitté de cette jeunesse , on ne doit pas kii permettre la flatterie ; et quelque intérêt aussi qu'on ait à ne pas ignorer les petits écarts des autres ei>- £ms, il ne faut point autoriser les délations. Les procédés des flatteurs sont très-rarement sincères , et les rapporteur» sont toujours de mauvais esprits. Les enfansdes grands seront un jour obligés de faire leur cour à de plus grands qu eux ; s*ils ont du penchant à la flatterie , ils» préconiseront les vices mêmes, et ils érigeront en vertus les plus condamnables abus. S'ils ob-

SUE L'ÉDUGÂTlOn. 3^1

servent tes deTaûtà d'aiitra! pour les déférer aux distributeurs des grâces , ils passeront pour de mauvaises langues , et ils s'attireront des déboires de toute espèce. Si ce sont deâ dames du grand monde, elles flattef ont moins que les hom-* mes , parce qu elles seront eHes-mêmes Tobjet de ia flaltefiâ ; mais^ Itut caractère , que je suppose ici porte au dégufsfemenl et à Partifice , les rendra intrigantes , curieuses , inquiètes , capables de brouiller tout dans des sociétés nom^ breuises. On s'adressera à elles pour des recommandations , des protections ; elles prométtt'ont tout, et ne tieiidront point leurs proniessçsr-; elles se feront confidentes dé secrets , et en abu-* seront; elles desserviront ceux quicomptoient sur elles. On ne peut imaginer tout ce qu'en-^ faute de supercheries une tête puissante , arti-^ ficieuse , ambitieuse, et se jouant de tout pour parvenir à ses fins.

Si Ton trouve dans de jeunes personnes de la simplicité et de la sincérité , il faut cultiver ce beau caractère. Si ces personnes ont de Tes^ prit, il ne sera pas beaucoup à craindre que leur candeur leur fasse faire des fautes ; elles découvriront elles-mêmes jusqu'où il est à propos de compter sur les hommes, et quand il est nécessaire de s en défier. 11 est rare que des personnes d'esprit manquent de prudence , quand Fâge et les exemples des autres ont augmenté leurs lumières. En tout cas, il ne seroit question que de les avertir des écueils où le trop sincérité peut conduire» Si ces personnes s

Page 1