‹ RéflexionsChapitre 107 sur 109 · P^UN OUTRAGE · texte numérisé non relu

P^UN OUTRAGE

SUR LA RELÏGIQ5,

Un doit d^abord, à ce qu'il me semble, se bien persuader qu'il ne faut point viser à fsdre un ouvrage court , et renfermé dans des J^omes déterminées ; on a échoué jusqu^ici à cet écueil , et Ton n'a rien fait de satisfaisant. On vouloit être lu , et on a cru devoir ménager la patience des lecteurs; abus des plus grands^ Celui qui ne lira pas un ouvrage de mille pages n'en lira pas un de deux cents. Le remède à la longueur seroit d'abréger , dans une instruction assez courte et très - concise , le grand ouvrage qui seroit comme un dépôt de vérités et un monument pour la postérité : or je crois que ce grand ouvrage pourroit monter à quatre in-l^!" , ou à deux de 8po pages chacun. On donna, il y a trente ans, un volume très-gros , sur le. rapport des actions à Dieu , et ce livre fut accueilli parce que la matière y étoit ipuisée. Jamais « encore une fois , la religion ne sera bien défendue par des abrégés : un incrédule met trente objections dans une page ; il faut quelquefois trente pages pour bien répondre à une seule de ces objections.

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Je crois qu^on pourroît se proposer de combattre quatre sortes d*ennemis.

I.® Les ennemis de la religion natm'elle^ athées, sceptiques, déistes, matérialistes, fatalistes, etc. Dans cette partie seroient prouvés Texistence de Dieu , sa providence , 1 accord de sts divins attributs ; la loi naturelle , surtout avec sa sanction, la spiritualité et Timmortalité de Tame ; l'existence d'une vie future : ce dernier article est de la plus grande importance , et tous les incrédules ne visent qu'à éteindre cette croyance dans les esprits.

2.^ Les ennemis de la religion révélée , tant mosaïque que chrétienne : et cette partie comprendroit la doctrine des miracles, article que. je Vai pas encore vu traité nulle part d'une manière satisfaisante ; la divinité des saints Livres ; le dogme du péché originel , matière difficile , et peut - être le plus grand mystère de la religion ; la divinité de Jésus-Christ ; l'éternité des récompenses et des peines. On répondroit dans cette division aux difficultés contre la Trinité et rincarnation , aux objections contre les vérités de r£criture , à Thypothèse tant rebattue par Fréret de la supposition des Evangiles (i)« Cette partie exige les secours de Thébreu , et même d'autres diverses langues sans excepter les modernes ; car il est bon de s'appuyer des versions données par les Anglais , les Allemands

(i) n est aTéré aujourd'hui que Fréret n'est pas l'auteur de b plupart des ouvrages publiés sous son nom.

OEuvr. spir, V. R

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et autres ; il faut ici faire un grand usage de la critique sacrée , mais sans sjrstème ; et ctloi d'Hardouin , qui a tant méprisé l'hébreu et le grec 9 feroit grand tort à l'ouvrage. Je vous dirai pourtant qu'il est possible de donner un grand avantage à notre Yulgate , qui est ( je le crois de bonne foi ) , la meilleure version des saints Livres , je n'en excepte pas même les Psaumes, quoique traduits d'après la versioïi grecque. J'en puis savoir quelque chose , parce que depuis un an je m'applique beaucoup aux psaumes , dont je compare Thébreu avec notre latin. Celte controverse est encore bien imparfaite , et , si j'ose le dire , bien brute chez tous nos savans.

3.* Les ennemis de l'Eglise , lesquels attaquent SO0 établissement, ses caractères, ses monumens , qui sont les Pères ; les faits de de rhistoire ecclésiastique, les usages fondés sur la tradition ; de plus , les cérémonies , les ordres religieux , l'honneur qu'on rend aux saints , etc. Quoique , dans cette controverse , il y ait des articles qui concernent les protes<^ tans, il faut je crois ne répondre qu'aux objections répandues dans les livres de nos incré*' dules modernes ; les protestans se trouveront réfutés tout ensemble , mais sans les attaquer de front : cette partie suppose une grande connoissance des Pères et de l'histpirp ecclésiastique. On peut avoir ici de grands avantages , parce que nos incrédules brouillent tout , altèrent les dates , les narrations, interprètent tout

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en mal , et font procès , comme on dit en style familier , à des papes , à des eVéques ,à des conciles, sur des objets peu considérables ou entièrement dénaturés»

4.^ Les ennemis de toute autorité , tant ecclésiastique que civile : et dans cet article il faudroit établir les vrais principes de l'autorité contre le Contrat social , l'Encyclopédie , Sidney, Montesquieu, Hume et quantité d'autres. Cette partie n'est pas la' plus aisée ; on y ^ a toutefois un grand avantage^ c'est que les . ennemis de Fautorité tendent à renverser Tordre politique^, troubler la paix des Etats , établir une anarchie générale. Les incrédules disent sans cesse que les philosophes sont les meilleurs citoyens ; mais il faut faire voir que, leurs principes une fois adoptés , il ne resteroit aucun frein contre les passions, aucun encouragement pour les vertus : cette partie est fort susceptible de grands traits et même d'éloquence.

Il me vient deux idées dont Notre Saint Père , sera le juge. La première seroit de donner une • vraie et juste idéede la bonne philosophie, afin de détromper le public sur les vanteries perpétuelles des incrédules qui se disent philosophes.. La vraie et saine philosophie a pour objet de rendre l'homme heureux : elle parvient à ce but en éclairant Tesprit, et en établissant la paix dans le cdeur.'Or, ]e demande quelles lumières l'incrédulité donne aux hommes , quelle satisfaction intérieure elle leur pîocure. Ici un dé-

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veloppement des passions , des désirs, des penchans ; tout annonce que l'homme n*est point ici-bas à son terme , et la bonne philosophie le conduit à reconnoître une vie future.

L'autre idée 9 c'est de chercher les sources de Tincrédullté moderne : on a bien dit qu'elles étoient dans le libertinage ducœur , dans Tintérét qu'on a de ne rien croire quand on est vicieux et corrompu ; mais les philosophes d'aujourd'hui se récrieut contre cette imputation , et plusieurs d'entre eux sont en effet assez ré-« glés dans leur conduite. Je crois donc que la source principale de l'irréligion pst dans la curiosité extrême de l'esprit et dans la vanité. L'intempérance de curiosité t si je puis parler ainsi, est venue à l'occasion de la renaissance des lettres ; on voulut examiner tout, et de là naquirent les grandes hérésies du i5® siècle. Gomme ou s'ennuya des mêmes choses , la curiosité fut portée aux questions subtiles, sur Di^u» sur ses attributs , sur l'ame > sur la loi , etc. De Uk on a passé aux preuves de la religion révélée , aux miracles , aux Livres saints , à l'histoire des premiers siècles de l'Eglise , et c'est à qn<À on est aujourd'hui. On a voulu tirer un grand parti des siècles d'ignorance , pour faire entendre que la critique étant déchue dans ces temps obscurs, on a adopté tout sans choix et sans précision ; on a frappé sur la scolastique, sur les minuties traitées dans Técole, sur la barbarie du style ; on a beaucoup fait valoir ia multitude et l'absurdité des fausses légendes ^

sua LA BBLIGI05. SS^Q

la multiplicité des faux miracles , les idées romanesques sur les croisades y etc* Tout en un mot a passé par le creuset d'une critique maligne I artificieuse , enjouée. La vanité a fait que les inventeurs ou les promoteurs de cette critique ont voulu avoir un grand nombre de partisans, ont multiplié les livres, ont formé des sociétés , et sont enfin parvenus à devenir des hommes à la mode. Alors les passions et le li' bertinage ont puissamment secondé les efforts et les travaux de la curiosité ; et de là le déluge universel de l'irréligion. Je crois que pour bien réfuter les prétentions de ces critiques, il faut se placer à la naissance du christianisme , et insister sur les quatre premiers siècles , qu'on ne peut accuser d'ignorance et d*illusion : ce qui fut vrai alors doit l'être encore aujourd'hui , quelle qu'ait été la nuit des temps postérieurs. Remarquez qu'il s'agit ici des fondemens , et que , dans cette controverse , nous avons pour nous les hérétiques mêmes de tous les siècles , lesquels ont tenu la religion révélée , quoiqu'ils en aient altéré quelques points. 11 y a sur cet objet un tableau à faire àe, tous les siècles , et il ne faut pas négliger d*observa* que durant même les plus grandes ténèbres , il s'est élevé des lumières assez brillantes ; que c'est même aces temps qu'on estime barbares^ que sont dues la transcription et la conservation de tous les bons livres ; que du sein de cette ignorance sont sortis tous ces arts si utiles que ne connurent ni Jes Grecs ni les Romains.

9go PLAN d'un ouvbage.

La curiosité dut donc être grande alors ; maïs elle ëtoit tempérée par la raison et par la foi. L'esprit humain est curieux , et c'est une bonne qualité ; mais il doit Tétre avec mesure , avec précaution pour éviter les écueils. Le premier homme fut trop curieux , et se perdit.

Fm DU TOME CmQUlÉDIE £T DERNIBH.

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