‹ RéflexionsChapitre 71 sur 109 · R£FL£XI01S[S · texte numérisé non relu

R£FL£XI01S[S

Qu'importe à chacun de lious que la fin du monde soit proche ou éloignée ? Ne nous suffitil pas de savoir que le jour de notre mort n'est p^$ loin ? Quand le monde devroit finir avec nous , serions-nous plus obligés de nous préparer à la mort que pous ne le sommes , le monde devant encore subsister après nous? Il n est pas raisonnable de négliger ce qui est près de nous , pour penser à ce qui en est éloigné. Au jour de

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notre mort , plus de monde pour nous ; cela doit suffire pour le règlement de notre vie.

Ne nous écartons jamais de la chaleur de Tes* prit et de la lumière de la vérité. ( Ibid. n.^ 1 1 . )

Le corps a besoin , pour subsister et pour se conduire , de chaleur et de lumière, il en est de même de Tame. Sa chaleur est Tamour produit par le Saint-Esprit ; sa lumière est la vérité ensei^ée par Jéslls*Christ. Au service du monde , il n'y a ni chaleur spirituelle , ni véritable lumière. Les mondains sont des morts qui marchent , comme dit ailleurs saint Augustin , des aveugles qui cherchent le. chemin et qui 8*égarent. Pour entretenir la chaleur de l ^esprit , il faut beaucoup d'oraison , et pour ne pas perdre la lumière de la vérité , il faut beaucoup de réflexion. Sans solitude et sans silence , l'une et l'autre est impossible. Le goût d^amour et le goût dje vérité se perdent dans la dissipation , dans les affaires , dans les longs discours , dans tout ce qui occupe la plupart des hommes.

Grand mystère ! Dieu est au-dessus de tout ; vous vous élevez , et vous ne pouvez y atteindre ; vous vous humiliez , et il s'abaisse jusqu'à vous . ( Enarr. 2 in psal/n. 33 , w.' 23. )

DE SXaUT AUGUSTIN . a 1 5

Ceci est un mystère que la phîlosopliie liu*maîne n a point connu. Elle s'est piquée de counoître tout^ de disputer de tout, même de ce qui concerne Dieu ; elle n'est point panrenue k le connoîlre; il s'est éloigné à mesure quelle vouloit s'approcher. L'orgueil la faisoit mon*ter , et Dieu lui échappoit. Enfin l'homme s^eU humilié. Jésus-Christ lui en a donne' Texeoiple t et dès ce moment Dieu s'est communiqué à l'homine. Ainsi , en descendant^ l'homme s*est élevé à Dieu { en voulant monter , il ^ perdu Dieu. Mystère caché &i DLeu et dans F humilités Mystère révélé aux petits^ et dont les sages du inonde oe soot pas dignes.

Le froid de la charité est k silence du cœur : le feu de la charité est le cri du cœur. {In psalm. 37 , n,^ ï4'

Il y a un silence très-nécessaire à Tame , c'est le silence des passions ; il y a un silence très* préjudiciable à l'ame » iÇ*est le silence de Tamour. Le froid de la charité produit ce dernier silence , et le feu de la charité produit le premier. Le froid de- la charité fait que le cœur ne dit pas à Dieu ce qu il devroit Imi dire ; et le feu de la charité fait que le cœur crie toujours vers Dieu. Admirable concert de silence et de cri I quand

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les passions se taisent , le cœur ne cesse de crier vers son bien-aimé ; et des que ce cri cesse ou ^u il diminue , les passions crient à leur tour , et troublent Tame. Que mon cœur soit donc toujours dgns le silence 9 et qu'il crie toujours! Qu'il soît en silence pour crier vers Dieu , et qu'il crie vers Dieu pour être en silence ! Sainte charité, vous opérez Tun et l'autre.

Nous n'avons point la vie en ce monde , et nous y souffrons ; mais if n'en sera pas ainsi dans la suite , quand Jésus-Christ sera notre vie. Alors nous vivrons sans souffrir. Pour ceux qui veulent avoir la vie/en ce monde , il arrivera un jour qu'ils vivront sans fin , et souffriront toujours. (In psal, 48, Serm. i , w.* 11. )

Il n'y a qu'une vie , celle qui sera en Jésus- ' Christ dans l'éternité. Sur la terre , ce n'est pas une vie , parce qu'on y souffre ; dans l'enfer , c*est une vie plus cruelle que la mort , parce qu*on y souffre toujours. Choisissons entre ses trois états. Voulons-nous vivre un jour avec Jésus-Christ? souffrons ici-bas , et ne vivons pas.* Voulons-nous vivre ici-bas, et ne jamais vivre avec Jésus-Christ? nous souffrirons encore , et nous ne vivrons pas. Voulons-nous vivre éternellement dans l'enfer ? ce sera une mort continuelle , sans que la mort termine nos souffrances*

xui.

DB SAINT AUGUSTUT. 217

Nous avons deux ennemis , Tun que nous voyons y Tautre que nous ne voyons pas. Celui que nous voyons , c'est Thômme ; celui que nous ne voyons pas , c'est le démon. Aimons Thomme , et gardons-nous du démon. Prions pour Thomme y et prions contre le démon. ( In psal. 55 , !».• 4. )

Il est difficile de dire lequel .de ces deux ennemis est le plus dangereux ; et il est également difficile de dire lequel des deux est le plus aisé à combattre. Il faut se défendre contre l'homine , et Taimer en se défendant. Ce n'est pas la même chose à l'égard du démon ; il faut se défendre sans l'aimer : mais on ne sait pas toujours quand et comment il faut se défendre , car on ne sait pas toujours quand et comment il attaque. Il faut prier pour l'homme , et prier contre le démon. La première de ces deux choses est plus difficile que la seconde , mais elle est aussi plus méritoire ; ainsi tout se compense.

Ne demandez h Dieu rien qui soit hors de Dieu. Quelque avare que vous soyez , Dieu vous suffit. L'avarice est une passion qui voudroit posséder toute la terre : quand vous y ajouteriez le ciel , celui qui a fait le ciel et la terre est encore plps que l'un et l'autre. ( Inpsal. 89 , ».• 7. )

(Muvr. spir V. K

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KEFLEXIONS.

Ce raisonnemeitt est fort. On prend Ihomme avec tous sts désirs. Il voudroit posséder jtout ; on lui présente toute la terre : il n'est pas content ; x>n lui offre Le ciel avec tous les globes qu il r^enCerme : îl n est pas encore satisfait. Pourquoi? parce que toutes ce^ choses sont finies , et que ses désirs sont infinis. Enfin ojn le conduit jusqu'à Dieu , qui a fait le ciel et la terre, et qui est infini ; alors îecœtir le plus avare doit se trouver retopli. On lui, donne céltii qui a fait le ciel et la terre , et qui a mis dans le coeur le penchaint Vers l'infini ,;et qui se su0it à liii-tttême , frârce qu'il est IMnfini. H ne teste dottc plus rien à désirer ; il ne reste plus rien à demander . que pieu , et l'amoEr de Dieu , et la pOîssession de Dieu,

Quiconque s*engage au service de Dieu , doit compter qu'il vient se mettre sous le pressoir; Il sera foulé , brisé , écrasé , non pour périr dans ce monde , mais pour couler dans les ré- Siervoîrs de Dieu. ( In psaL 83 , w.* i. )

Cette manière d'exprimer les tribulations de cette vie est énergique , et cependant naturelle. Le pressoir des tribulations est pour tous les hommes , quelques mesures Qu'ils pretinentpour s'y soustraire. Mais les grandes opératipns de

ce pressoir sont pour leis saints. Tout cotitriboe ^ >les fouler, à les briser , et ik travaittent euxiDémes à rendre Ia i^ressiiMfi phis forte. iPour^ quoi^? '{met ^qu'tib «âhrent que le ^ierme de ^Cte tortura 66t4^0iitt«r(âMisles w/ife/*^ de l'Epôux, comme s'esprime Vîépotise 4ts dfftltt^tfes. Il ne sort du pressoir où sont mis les mondains qu'un suc amer que Dieu réprouve. Les saints sont remplis de Tonction du Saint-Esprit : leurs fruits sont mûrs , et au temps de la récolte , le père de famille les recueille avec complaisance.

Qu'est-ce que la plus longue vie de Thomme en comparaison de 1 éternité de Dieu ? Voulezvous être patient? considérez Dieu dans son éternité. Ce qui nous rend impatiens , c'est le peu de durée de nos jours : nous voudrions voir la consommation de tout. Dieu y qui est étemel , fait chaque chose en son temps. Il attend , il ne se presse pas. Imitez sa longanimité. Joignez votre cœur à son éternité , et vous n'aurez d'empresfsement sur rien ; vous serez , eh quelque sorte , étemel comme Dieu. ( In ps.

Je m'afflige des événemens ; je m' alarme des scandales ; je voudrois que tout fut rétabli dans Tordre » et être témoin même de ce rétablissement. Vains désirs , qui marquent deux choses , et la précipitation de mon cœur , et le peu d'idée que i'ai de l'éternité de Dieu. Je dois dire :Qieu

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