‹ RéflexionsChapitre 70 sur 109 · PENSÉES DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

PENSÉES DE SAINT AUGUSTIN

Qu'est-ce que les hommes aiment au-dessus d.e tout ? la vie. Qu est-ce qu'ils craignent audessus de tout? la mort. Eh bien 1 qu'ils admirent donc la bonté de Dieu : ils aiment à vivre , et Jésus-Ghristleur apronûs la vie : ils craignent de mourir, et Jésus-Christ leur a promis la vie étemelle ; n'en est-ce pas assez pour nous satisfaire ? ( Sirm. 127 , n."* 2. )

Cette pensée est d'autant plus belle et plus consolante , qu'elle entre dans nos inclinations les plus chères et les plus sensibles. Il ne faut point de raisonnemens pour nous prouver que nous aimons la vie et que nous craignons la mort. L'esprit le plus borné sent cette vérité tout aussi bien que le philosophele plus éclairé. Or , voilà Jésus-Christ qui promet la vie , et une vie qui ne doit point finir. Cela est à toutes les pages de l'Evangile. Que nous faut-il de plus? Qae,.âésirons-nous de plus?

PEI7SËES Bs sAinrr AUGusTur. 209

Toute la vîe présente comprend trois actes, naître <t sohffrirj mourir. Jésus-Christ s*y est soumis ; il a change la scène , et notre sort est présentement de renaître > de ressusciter , et de régner éternellement. ( Serm, i3o, n.* 2. )

Cette pensée est vraie dans toutes ses parties: lïous naissons , nous souffrons , nous mourons. •Voilà toute notre vie naturelle et humaine. Jésus-Christ s'y est soumis , parce qu'il étoit homlifie , et qu^il vouloit nous mériter un meilleur état. C'est en eflet à lui que nous devons de renaître parla grâce , de ressusciter par l'opération de la puissance divine , de régner éiemeUement , par la conformité que nous aurons avec Jésus-Christ glorieux et triomphant dans le Ciel. Si nous ne sommes pas touchés de cela, nous n'avons ni le sentiment de notre misère présente , ni la foi du bonheur futur.

Jésus ! personne ne vous ressemble dans la manière de négocier. Vous nous avez achetés au prix de votre sang , et vous nous rendez après cela ce que vous avez donné pour nous ; nous buvons votre sang qui est le prix de notre rançon. ( Serm. i3o, w/ 2. )

Yoilà.miÉPensée qui prouve tout à la fois

et que Jésus-Christ a satisfait pournous^au prîit de son sang j et quil nous a achetés au prix de ce sang précieux, et que dans Feuchaiistie , qui eat le don qu il nous a fait, est contenu son vé^ litahle sang , et que celte sainte eucharistie est un sacrifice , puisque Jésus-Qirist nous y donne le sang qu'il a offert en sacrifice à son Père. Cette pensée d'ailleurs esl pleine d'esprit el d'onction» Qu il est beau f qu'il est touchant )de pen^r qu'en participant à l'eucharistie noua recevons le prix q«e nous avons coûté ! Que Tî^ dée de ce négoce de Jésus-Christ est propre à noois remplir d'amour pour hi !

L'Apôtre pouToit dïre qu'il se glorifioit dansr fa sagesse» dans ki grandeur i dans la puissance de Jésus- Christ , et il eut dît une vérité ; mais il a dit qu'il ne se glorifioit q>ue dans la eroix de Jésus-Christ r cela esl admirable. Il a mis sa gloire où les philosophes n ont vu que de la honte et de la confusion. ^Senn. 160 y n^ 5.)

Bel éloge de la croix et de saint Paul ! con^ traste nierveilleuX' de U philosophie chrétienne avec la fausse philosophie des prétendus sages du monde! Les philosophes se pîquoient de me-* priser les richesses , d^ s'abstennr des plaisirs , de renoncer aux dignités. L'Apôtre pouvoit leur disputer cette gloire ; mais il se met tout d'un eoup au-dessus d'eux tous , en ne se glorifiant

BB SÂIIVT AUGUSTm. 1| I

que de la croix de Jéâus-Christ y c*est-à-dire , des humiliations et des opprobres de Jésus- Christ. Ici la vanité des philosophes ëtoit aiux abois : car , selon saint Jérôme , « le philoso- » phe du siècle est un vil esclave de la faveur » du public (i). »

Il faut dire au voluptueux ; Pourquoi vem^ méprisez-vous ? Vous êtes membre de Jésus* Christ y vous êtes le temple du Saint-Esprit. Faut-il y par votre Cbertînage , vous dégrader vous-même ? ( Serm^ i6i , n.* 2 )

Rien de plus noble que cette pensée : Celui qui livre son corps aux voluptéis chamelles se déshonore lui-même. Il est membre de Jésus* Christ , il est le temple du Saint*£sprit. Le corp» d*un chrétien est un heu consacré au cuhe du Seigneur ; on ddt le révérer ^ peu près comme on révère tous les vases du sanctuûre et tout les ornemens du sacerdoce. Pourquoi l'Eglise traite-t-elle avec respect les corps des chrétiens morts dans sa communion? pourquoi les encense-t^elle comme les châsses des saints ? c'est qu'Us ont appartenu à Jésua-Cbrist et au Saint* Esprit ; c'est qu'ils ont encore un rapport trèsr réel à la bicnbeurease immortalité. L'impudique traite son corps comme une chose vile et mépi^i sable : il s'oublie et il se déshonore.

(i) Epist. 54 1 ad Pammach.

2f2 PENSÉES

Jésus-Christ a dit que son fardeau est léger. C'est un fardeau, un poids , mais semblable aux plumes dont est revêtu l'oiseau. Ces plumes ont aussi leur poids ; mais si Toiseau le porte , ce poids le porte aussi, car c'est avec ces ailes qu*il s'élève dans l'air. Portons le fardeau de Jésus- Christ , il nous élèvera vers le Ciel. ( Seim* i64 j n.^ 7. )

Chargeotis-nous du fardeau de Jésus-Christ y et nous sentirons la vérité de cette comparaison. Prenons les ailes de l'oraison et de l'amour de Dieu , elles nous porteront jusqu'au trône de Jésus-Christ. La terre ne nous sera plus rien. Pourquoi voulons-nous ramper, et ne pas nous élever? Pourquoi voulons-nous nous décharger du fardeau de Jésus-Christ , pour être écrases du poids de nos passions? Essayons nos ailes; elles ont plus de force et de légèreté que nous ne croyons.

VIÏ.

Si vous voulez n'être qtfun homme, vous ëtttz menteur et toujours menteur , car il est écrit que tout homme est menteur. Soyez revêtu de Jésus^Christ , et vous serez vrai , parce que tout ce que vous direz ne sera plus de vous , mais de la vérité qui sera en vous et qui vous éclairera. ( Serm. 166 , »J* 3.)

DE SAINT AUGUSTIW. ^l3

RÉFLEXIOÎIS.

On est menteur dans ses paroles , dans ses actions , dans ses pensées ^ on trompe les autres et Ton se trompe soi-même. Pourquoi cela? parce qu'on n'est point revêtu de Jésus-Christ , parce qu'on n'agit , qu'on ne parle et qu'on ne pense point selon l'esprit de Jésus-Christ. Seraî-fe toujours menteur ? oui , si j'agis toujours , si je parle toujours, si je pense toujours èïi homme. Je n'ai qu à prendre mon parti sur cela : ou être homme , et menteur ; ou vivre de la vie de Jésus-Christ , et être conduit par la vérité. Point de milieu.

vm.

Ne dites point ; Quand sera le dernier jour du monde? Pour tout le genre humain , il est encore fort éloigné , mais pour chacun de nous il est fort près ; car pour chacun de nous le jour de notre mort est le dernier jour du monde.

(4forfw. 170, n.^ 10.).

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