‹ RéflexionsChapitre 73 sur 109 · SUR LES MAXIMES · texte numérisé non relu

SUR LES MAXIMES

DE M. DE BERNIEBES (l).

L Je ne puis connoitre mon néant ni nia pauvreté par toutes mes lumières.

11 y a une sorte d'infini dans le néant de la créature , et cet infini est .en quelque manière plus incompi:éhensible que celui de Dieu. J*ai du moins quelque idée d*un être éternel et source de toutes les perfections , au Heu que je ne saisis le néant de la créature par aucun endroit. Elle n'a pu se donner Texistence , elle ne peut se la conserver ; elle opère sans savoir ce qui est nécessaire pour opérer ; elle ne connoît ni Téconomie animale de son corps , ni les qualités de son ame , ni Tunion de cette ameavec son corps ; elle est sujette à avoir des pensées qu'elle ne voudroit pas avoir, et des sentimens qu*^elle réprouve; elle s'attache, à des biens qui ne peuvent la satisfaire , et elle est comme aveugle par rapport au seul bien qui peut la rendre heu*-

(i) C«s maximes sont tirées des Œuvres spirituelles de M. de Berniéres-Louvigny , trésorier de France à Gaen , mort saintement en i65y.

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reuse ; elle a des de'sirs frivoles et des goûts dé> raisonnables : elte pèche , et tombe par là dans un état pire que le néant ; car il vaudroit mieux ne pas être que- &ëUê pelketle^ à'Dieu , et de mériter la damnation étemelle. SI je voulois tenir compte des îneptlies- die Tîenfaiice, èes fougues de la jeunesse , des désirs violens de Tâge mûr , des infirmités de la vieillesse ; si je pensois aux bizarreries des songes , aux douleurs de la maladie , aux syndérèses de la conscience , aux terreurs de la mort , aux besoins continuels d'appui y de consolation^ dLr soulagement ^ aas épreuves de la calomnie f aux fioreurs de- yen* vie j aux vicissitudes de lafortunc, aux remoids du passé , aux ennuis du présent , aux craîiftte& du futur, je ne trouverois partout qu'abîme de néant. Dieu seul peut sonder cettjs profondeur ; encore ne la sonde^t-il pias en eUe-méme , car elle n'est rien ; il ne la connoît que pap oppo^ sition à sa plénitude ed à 8»n infinité. Oh! qu'il y a donc dTabas dans la eréalure qui s'estime i qu'il y a d^aveug^ement daos l'homme qui se ^orifie !

IL nfe éoh honorer hs grandeurs de la dinniié ^par mes petitesses.

Cda Be signifie pas qu« je dois me complaire dan& ma n»échai!H:eté ponr être d'autant plus convaincu de k suprême bonté et perfection de Dieu. Le sens de ces paroles est que le doisrecofiuoître Les graRdeurs de Dieu par l'apposi* tion entière et absolue qa elles ont avec me»

DE M. DE BSfiKIBBSS. 3)3

petitesses. Je pe suis rien , et Dieu est tout. Je dois avouer que je ne s^ls rien , et par là j*lionorerai le tout de Dieu. Quand rhomme croit être quelque chose , il soustrait ce quelque chose à Dieu qui est tout. Je sais bien qu'en croyant être quelque chose , l'homme ne croit pas être l'infini ; mais ce* quelqne chose que l'homme croit être , appartient à l^infini qçi est en Dieu seuK Quand t'homme , par exemple , se glorifie de sa science , il prive Dieu eir quelque sorte du droit è'être seul toiâte science et toute connoissance ; au lieu quer quand l'homme reconnoît qu'il ne sait rien , il laisse à Dieu seul le droit de savoir et deconnoître tout. Je ne puis trop me concentrer dans cette pensée : Je né suis rien ; elle seule peut honorer Dieu comme il mérite de l'être^

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