‹ RéflexionsChapitre 91 sur 109 · SUR LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA SENSIBILITÉ

Dieu si absola , qu ils sentoient peu les murmures de l'amoTir-propre, les cris de la nature corrompue. Ce qui auroit révolté les âmes ordi* naires , et qui les auroit jetées dans des angoisses mortelles , afiectoit très-peu ces héros du christianisme. Leur mérite nen étoit pas moindre pour cela ; cette sorte d'indifférence étoit le fruit de leurs longs travaux et de leurs victoires multipliées. Ce saint homme de qui l'on raconte que demandant , dans une grande ville , des aumônes pour les pauvre», et ayant reçu un jour un soufflet dans une compagnie de jeunes gens j il dit sans s'émouvoir ; Ceci es^ pour moi, mais donnez présentement pour les pauvres ; cet homme , dis-je , put être très-peu sensible à ce soufflet ; il avoît fait de longues épreuves de patience. Si ce soufflet lui avoit ému la bile , il eût pu mériter encore beaucoup eo se réprimant ; mais son intérieur n'eût pas été celui d un homnie mort aux prétentions de l'honneur , et il n'est pas à présumer que Notre-Seigneur lui eût laissé ce mouvement de bile pour le faire souffrir davantage. Somme toute, la sensibilité décroît- en raison du progrès qu'on fait dans la perfection^ sauf quelques circonstances d'épreuves extraordinaires que Dieu fait naître pour tenir l'homme le plus saint dans la crainte et dans la vigilance sur lui-même.

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