CRAINT£ D£ DIEU
Les grands ont plus de besoin que les personnes du commun , d'être instruits de la crainte de Dieu. Leur condition les élevant au-dessus des autres hommes , ils croient n'avoir point de maître et être exempts de tous les devoirs de la dépendance. Cela regarde surtout les princes : ils commandent toujours^ et ils ne voient que des gens qui obéissent. C'est donc par rapport k eux surtout que le commencement de la sa-
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gesse doit être la crainte du Seigneur. Il faut leur dire et leur répéter sans cesse qu'ils sont , comme les autres mortels , dans la main de Dieu, qu'ils ont à redouter ses vengeances ; et qu elles seront d'autant plus terribles , à leur égard , qu'ils ont plus de devoirs à remplir ^ et qu'ils ont reçu plus de bienfaits.
La crainte de Dieu ne s'établit point dans un cœur sans une grande connoissance de ia religion. U est fort ordinaire que'^les grands ne la sachjent pas ou r.Qiiblientbientpt. R2^€;mentils s'iiistruisent par la lecture des saints Livres, ou des ouvrages de piété. Dans ce siècle surjtpyt, on leur fait lire quantité de livres frivoles ou pernicieux , et presque jaipais J[e TestamenJ; djc .Jésus-iChrist. Ils savent juger d'une comédie^ d'un opéra, d'un rooian^ d'une poésie liçen<^ cieuse^ et ils ignorent la doctrine du sali;it» Un grand, qu'on exbprtoit à la moi^t, entendit qu'on lui parloit de l'amour de Dieu. « Qu*est-ce que » cela , répondit-il ? c'est , à ce qu'il me paroît, » une assez belle chose ; répétez ce que vous » avez dit ; je n'en avois jamais entendu par: '> 1er. »
La crainte de Pieu qu'il fajut inspirer ^px grands n'est point une terreur ou un trenijbicment inutile. Comme ils s'ainient beaucoup euxmêmes, ils peuvent être ef&ajés des peines dé l'enfer; mais, si l'on y prend garde, cete£^pi n'est pas la craipte de Dieu ; c'est plutôt , si j'o^ le dire , la peur de Dieu^ Us craignent plus le démon que Dieu même , et si op les^supoit que
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dans Tenfer il n'y a ni feux , ni chaînes, ni {^ncemens de dents, ils se moqueroient également de Dieu et du démon. Il faut donc les conduire à la crainte du Seigneur par l'exemple de celle qu'ils ont pour leurs parens , pour ceux dont ils tiennent le jour. Ils craignent de leur déplaire parce qu ils les aiment, parce qu'ils ont été comblés de leurs bienfaits. Mais quel amour ne doivent-ils point à Dieu qui leur a donné tout , et qui ne cesse de répandre ses faveurs sur eux ! Si Ton peut persuader àlix enfans des princes que Dieu est plus leur père , que celui qu'ils voient à la tête de leur famille , ils aimeront Dieu et ils le craindront. Or les réflexions qu'on peut leur insinuer sur cela , sont à leur portée. Gomment sont-ils dans le monde , depuis quand y sont-ils , qui est-ce qui les y conserve , qui estce qui leur donne les richesses dont ils jouissent , pourquoi ne sont-ils pas nés dans la cabane du pauvre , pourquoi n'ont-ils pas eu le malheur d'apporter en naissant des infirmités , des défauts qui les rendroient insupportables aux autres et à eux-mêmes? Tous ces avantages , ils les tiennent de Dieu seul ; il leur parle par ses dons , il se rend sensible par ses libéralités. Inculquez bien et répétez sans cesse que rien ne se fait au hasard , que le hasard n'est qu'un mot vide de sens ; que Dieu nourrit le prince et le vermisseau ; qu'en vain le prince posséderoit des tré&ors, si Dieu ne rendoit la terre féconde pour lui , et si ceux qui la cultivent n'étoient les instrumens dont Dieu se sert
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L ^'^ . ; .ni besoins des gcsadè commt àt»
P^j.^jpes personnes sont trop portées à crain- ^ choses qui m sont pas redoutables eu Hs^oêioeSf et dont la crainte de Dieu est le ' !^ttède ^c^^^* Dans un beau jour d*été il sur-
/ >/i«i ^''38* împréyu , on s'alarine aussitôt ,
' ffOsble sous les lambris les plus dorés ; on
^^ jecroiroit pas en sûreté sous la voûte la plus ^ide* Si Ton craint le Seigneur* en cbrétîen , (^ sait qu'il peut écraser quiconque de sa fouitrCt mais on ne perd point la confiance en sa protection, et l'on dit avec le saint roi David: Seigneur y faites ce que vous jugerez a propos se* Ion votre infinie sagesse. Dans le printemps de l'âge on craint ce mal si commun qui ravage tous les agrémens de la figure : on évite tous ceux qui ont quelques rapports avec les personnes frappées de cette contagion ; on imagine des systè* mes pour s'en préserver , et quand on a eu le malheur d'en être atteint, on tâche de réparer, par les artifices de la parure » quelques-unes des disgrâces que la maladie a laissées. Soins inutiles! quand on craint le Seigneur , on dit avec Job : Le Seigneur m *avoit donné ees avantages extérieurs , il me les a ôtés , que son saint nom soit béni. On est trop imprudent dans les histoires qu'on raconte aux enfans ; on les amuse par des récits de magie , de morts revenus de l'autre monde , d'entreprises de voleurs , d'apparitions d'esprits; que sais-je? les personnes préposées à l'éducation cherchent à se procurer du repoS;^
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àa silence , de Tattentlon , de la docilité de la part de leurs élèves en les captivant par ces sor-^ tes de narrations. Et qu arrive-t-il? Ces jeunes esprits recueillent tout avec une sorte d avidité ; les traces deviennent profondes dans leur mémoire ; et reiCet trop ordinaire est une crainte puérile qu'ils pbrt'ent quelquefois jusqu'au tombeau. On a connu des hommes de trente ans quf avouoient qu'en conséquente de' ces histoires entendues dejeuiiesse, ils n'avoient pu se résoudre à embrasser l'état religieux , .parce qu'il auroit fallu être stiuls le jour et la nuit dans une cellule ou dans une église. Il faut ménager la crainte des enfans pour le seul objet qui mérite d'être craint , pour le Seigneur qui est l'arbitre unique de leurs jours. U faut que cette crainte, mêlée d*amour et de confiance , les rende intrépides à l'égard de tous les autres objets. Le Seigneur est h défenseur de ma vie , disoit David (i) ; qui pourrait mUnspirer de la crainte?
La crainte du Seigneur rend l'homme attentif à la loi. Celui qui craint Dieu ^ compare toutes ses actions avec la loi : il se garde d'enfreindre la loi , parce que cette loi énonce les volontés du Seigneur. Mais il ne faut pas être minutieux dans Tobservatien de la loi , et la crainte ne doit pas dégénérer en scrupule. Les jeunes personnes , dé quelque rang qu ellessoient , donnent quelquefois dans cet écueil ; et leur vie n*en est pas plus sainte. On les aura accoutumées de bonne heure à quelques pratiques de piété / à
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quelques prières vocales : elles s*en font une loi , au point de négliger quelquefois, pour y satisfaire, des obligations plus importantes. Elles seront fort mondaines, et ne laisseront pas de réciter le chapelet ; elles iront à la comédie, et porteront sur elles des reliques ; elles mettront du rouge , et pareront un oratoire domestique. Quelques autres â*entre elles ne pourront jamais achever leur confession ; un jour de grande solennité sera un jour de martyre, parce qu'il faudra se préparer aux sacremens. Après une confession générale, il leur reviendra cent choses; et elles se croiront obligées d'eu faire une seconde, qui ne sera jamais la dernière, parce qu'à leur avis, jamais Taccusation n'aura été parfaite. Tout ceci détruit la paix intérieure , et empêche le progrès dans la vertu. Il faut leur apprendre que ce n'est point là ce qu'on doit entendre par la véritable crainte du Seigneur ; que cette crainte n'exclut point la confiance , mais la donne ; quaprès avoir exposé simplement au tribunal ce qu'on a reconnu de défectueux dans sa conscience , on doit s*en rapporter au jugement du confesseur , et demeurer tranquille ; qu'on perd un temps infini à disputer ainsi avec soi-même , et qu'il entre bien plus d'amour- propre dans cette conduite , que de crainte de Dieu.
^ Il y a , dans les Actes des apôtres , un mot qui présente tous les caractères de la vraie crainte du Seigneur: l'Eglise , dit le texte sacré (i),
(i) Act 9. 3i.
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éloit en paix ; elle croissait en morchaiu dans la erainle de Dieu , et elle était remplie de la consolation du Saint-Esprit. On doit enseigner de honneheureauxhommes que la véritable crainle de Dieu est toujours jointe à I» paix et à la consolation. Un fils qui craint d'ofienser son père n'est point troublé du sentiment d'obéissance qui possède son ame. S'il savoit que son père fût mécontent de lui , il chereheroit à rentrer dans ses bonnes grâces, et après avoir obtenu sa réconcibation il ne s'iiiquieteroit plus. Dieu est plus miséricordieux que le meilleur et le plus tendre des pères. Sï l'on s'écarte en quelque chose de sa loi , il est prêt à pardonner pourvu qu'on s'bumilie et qu'on demande grâce. Les jeunes personnes ne prennent souvent leurs obligations que dans un sens gauche ou imparfait. Leur crainte est basse et servile ; la paix dont elles se flattent est une fausse sécurité. L'adresse de ceux qui les forment , consiste à leur ouvrir les yeux sur le véritable point de vue des devoirs. Il faut hâter le progrès de ces esprits , et les conduire à une sage maturité. Il est à propos de leur parler le langage de la pure raison , surtout quand ils sont d'un rang et d'une naissance où les lumières sont plus précoces que dans les conditions subalterr '^n.
les laisse dans une enfance longue et ble, quand on ne cherche qu'à les amui on ne les occupe que de bagatelles,n'ambitionne que de passer Ip *' cation, afin d'en être plutôt
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pot précieux qui vous est confié , ce sonl des plantes rares et délicates qui sont commises à . vos soins. Outre Tinstructlon la plus suivie , vous leur devez le secours des plus ferventes prières. J * ai planté , disoit TApdtre (i), Apollo a arrosé 9 mais c'est le Seigneur qui a donné Tac^ croissement et les fruits.