‹ RéflexionsChapitre 94 sur 109 · ESPRIT DE PIÉTÉ · texte numérisé non relu

ESPRIT DE PIÉTÉ

La piété est utile a tout , dit TÂpotre (2) ; elle renferme les promesses de la vie présente et de la vie future, c'est-à-dire ^ qu'elle nous promet le bonheur pour cette vie passagère et pour l'étemlté. Dès que Thomme commence à se connoître ^ il sent le désir et le besoin d'être heureux. Demandez à des enfans de dix ans, s'ils ne prétendent pas au bonheur , s'ils ne veulent pas être contens pendant le cours de leur vie ; ils paroîtront étonnés de la question , tant fa chose leur paroît certaine et incontestable. Si vous leur demandez ensuite quand , comment et par où ils se proposent d*être heureux , comme ils n'ont pas encore d'expérience des choses de la vie , ils pourront répondre qu'ils seront heureux s'ils font bonne chère , s'ils ont de beaux habits , si on leur donne beaucoup d'argent , s ils ont un grand nombre de domestiques , si on leur dit qu'ils ont bonne grâce , qu'ils sont aimables , et ainsi du reste. Yoilà des enfans qui parlent; mais si l'on pousse plus

(i) I Cor* 3. 6. — (a) i Tim. 4. 8.

SUB L^ÉDUCATIOK . 3 2 1

lôiivles questions, et si Ton ajoute : Seriez-vous heureux , s'il arrivoit que vos parens vous fu&* sent enlevés , que vos biens vinssent à périr , qu une maladie vous rendit difforme, qu'on vous trouvât haïssable à cause de votre mauvais ca* ractère , que vous fissiez un mariage mal assorti , qu*on fût obligé de vous ôter vos beaux habits et votre argeât parce que vous* feriez trop de dépense? ces eufans verroient que c6s* choses sont le contre^pied du bonheur qu'ils ayoiént imaginé. Cependant, reprenâroit-on«, ces^cho^ ses arrivent tous les jours , elles sont arrivées àxles personnes encore plus riches et plus distinguées que vous ne l'êtes. Mais de plus , si , au milieu de tous les plaisirs dont vous vous flattez , la mort venoit vous surprendre , où seroit le bonheur que vous envisagez ? N'avezvous pas vu des tombeaux partout , et dans votre famille n'est-il pas^ mort des personnes- aussi jeunes et peut-être mieiit constituées que vous ? Sur ces observations , vos élèves commenceront à croire que le bonheur ne consiste pas dans des frivolités aussi passagères que celles qui leur étoien t venues h' l'esprit , et vous pourrez entendre de leur bouehe cett^ importante ques» tion : En- quoi consiste donc le bonheur? Ce sera pour lors le moment de leur dire qu'un dis^ ciple de Jésus-Christ , qu'un apôtre qui n'a pu se tromper, fait consister le bonhenr, pour cette vie et pour Fautre , dans la piété. Si ces jeunes personnes ne savent pas encore ce que c'est que la piété , vous leur direz que c'est l'attention

constante à aimer et à servir Dieu ; que c*esrt la science de la religion, et le soin de la bien pratiquer* Vous kur ferez voir que, par Texercice delà piété , on acquiert le bonheur dans la vie future : ces enfans n'en douteront pas ; ils auront conçu, par Vhonneur qu'on rend aux saints , que ces personnes sont parvenues à ce degré de gloire par leur piété. II ne s*agfira donc que de kur faire entendre qu'en cette vie même dont ils jouissent et qu'ils aiment ^ la piété est la cause et l'ame du bonheur : cette discussion peut être mise à leur portée , si on leur dit que k piété fait qu'on est content de tout ce qui arrive; qu'on a presque toujours tout ce qu'on désire> parce qu'on désire peu; qu'on vit en paix avec tout k monde , et qu'on jouit de l'anaâtié des plus hpnnêtes gens. On peut raconter Thistoire du saint homme Tobie , qui , dans une fortune médiocre , passoit des jours tranquilks ; celle de tant de saintes» qui , dès leur Jeune âge, firent Tadmiration de leurs parens et des étrangers. Dans l'instruction des- enfans, il fskut toujours rappeler quelques. traits d'histoire , mais bien certains et. bien édifians , afia de ne pas remplir leur mémoire d'anecdojtes fausses, triviales ,. ou trop. extraordinaires.

Quand on instruit des personnes du premier rang , il faut insister fortement sur Tôbligation particulière qu'elles ont d'honorer la religion et de pratiquer la piété , parce qu'on, a les yeux sur elles, parce que leur exemple ioflue extrêmement sur k conduite des subalternes. Il &ut

SUE L'ÉOUCATIOS. 323

peindre vivement rhorreur da scandale doiuic par des princes ou par des princesses. On ne les contredit pas, on les flatte même pendant icar vie ; mais la postérité les traite à la rignenr , d Dieu le souverain jnge déploie contre eox , 2m moment de la mort , tontes ses vengeances. Gon^ ment Jézabel et Atlialie scMit-elles traitées dans rEeriture ? An contraire , la sainte reine Esthcr sauva son peuple , et sera en bénédiclioa dans tous les siècles.

* La piété s'exerce principalement par la prièrCf et Ton ne doit rien- épargner ponr apprendre aux enfans à prier et à bien prier. On knr impose communément l'obligation de prier le matin et le soir , d'assister au saint sacrifice , de se> trouver aux cérémonies de piété, d'approcher du tribunal de la. pénitence aux grandes solennités. On leur suggère des pratiques pour ho* norer Dieu et se recommander aux saints ; mais on ne leur enseigne point assez^qnelles doivent être les conditions de la prière ; on ne les. fait point ressouvenir de la misère et de la foiblesse humaine , du besoin de se soutenir par un retours continuel à Dieu ; on ne leur parle point de l'esprit de foi , de Thumilité , de la ferveur , de la constance qui doivent accompagner la prière. Us récitent machinalement des formules qu ilis n'entendent pas ; ils s'occupent , dans le temple de Dieu , de la splendeur des omemens on des cérémonies ; ils sont bien aises d'y paroître aussi avec éclat. Une princesse , qui vl dans la maison de Dieu ^ est une sorte d'idole

que des courtisans environnent , et à qm Us rendent plus de respects qu'à la majesté suprême de Dieu. ElUe-même y est jalouse des distinctions, il faut un endroit distingué , un carreau , un fauteuil , de la musique pour chardcner ses oreilles , tandis que son cœur et tous ses sens ne devroient se porter qu'à Dieu. Mon cœur et man corps ^ disoit le saint Roi (i) , 5 ^élèvent vers le Dieu vivant, Moa orne est altérée de vous , 6 mon Dieu t je désire urdquemeni d'Iiabiter dans votre maison ^ Seigneur j et devons immoler un sacrifiée de louanges. Rappelez sou-veut à ces jeunes personnes les sentimens dont furent remplis les saints durant la prière. Ils ëtoient animés d'une foi vive ; ils se tenoient comme auéaiitis en la présence du Dieu de majesté ; ils se regardoient comme des pauvres qui attendent humblement qu'une main charitable daigne les secourir. Ils ne se lassoient point de

!)rier , persuadés que Dieu se laisse toucher par a persévérance > et que sa bonté accorde à des vœux constans ce que sa justice refuseroit à notre indignité.

Les enfans ne sont pas** capables de ce qu'on' appelle Toraîson mentale , faite de suite et avec méthode ; mais ils peuvent faire quelques réflexions détachées, prendre des sentimens d'humilité, dire à Dieu qu'ils l'aiment,, et qu'ils ne veulent point l'offenser. Ils peuvent penser que le prier exige un très-grand respect , puisqu'on parle à Dieu. Quand ils sont d'un rang élevée

(r)Ps, 83. 3; Sa. a; 2^, 4.

SUB L'ÉDUGATIOII. 3a5

ils ont vu de quelle manière on se présente deyant leurs parens , et devant eux-mêmes , avec quels égards on les aborde , comment on dé* pose tout air de hauteur et de vanité en leur demandant des gvâces. L'application deces exemples domestiques est aisée à faire , et les pins petits enfans sont en état de 1» sentir.

Il est surtout nécessaire de leur apprendre qu'on n obtiens rien que par Jésns-JChrisf. On kur fera remarquer qut rEgKse termine tontes les prières en interposant la médiation de Jésus- Christ ; que « dans toutes les églises , il n*y a tant de croix , que ponr rappeler aux fidèles le sacrifice de Jésiis-Ghrist ; que les fêtes les pins solennelles de Tannée sont destinées à honorer les mystères de la vie de Jésns-Christ ; que le livre des saints Ëvangiks est infiniment respectable , parée qu'il contient Thistoire des actions et les instructions de Jésns^Ghrist ; que le saint Sacrement mérite tontes nos adorations , parce qu'il contient réellement ïe corps de Jésus- Christ On les arertira des rapports qu'ils ont à Jésus-Christ par le baptême ; qu'en vertu de cette régénération , ils sont devenus les^ frères de Jésus-Christ , et les héritiers deson rojanme. On leur dira que saint Louis , roi de France , s'àppeloit avec complaisance Louis de Poissjr p parce que c*étoit à Poissy qu'il avoit reçu lé saint baptême , et qu'il étoit devenu membre de FËglise de Jésus-Christ. Il faut que ces jen^ nés personnes n'ignorent rien de la vie de Jésus- Christ ; avec quelle douceur il recevoit les pan^

3a6 ATis

vres , les enfans-, les affligés \ comment il cKoi-' sit ses disciples V non parmi les riches du siè^ cle , mais dans les conditions les pins obscares; contment il supportoit lears défauts-, et répon* doit à toutes leurs questions ; on fera remarqiaer que son premier sermon commence par déclarer que les pauvres , que les affligés , que les hommes doux et ti*anquilles , que ceux qui ont le cœur pur, ceux qui ont de la compassion pour leurs frères , ceux qui souffrent persécution pour la justice , sont les plus heureux en ce monde et dans l'autre. On ne peut trop^ insister sur l'amour de Jésus-Christ; sur la reeennoissànce que mérite sa charité pour leshommes ; sur là grandeur de ses humiliations' et de ses souffrances ; sur les caractères de vérité, de sainteté , de douceur, de-grandeup d'ame qui britteni dans sa personne. Quand ces enfans auront conçu une grande idée de Jésus- Christ , ils lui adresseront leurs prières avec bien plus de recueillement , d*àttentionyde ferveur et de constance. Ce qui cause la' tiédeur dans les âmes rC* est le peu d'amour qu'elles ont pour Jésus-Christ , et ce défaut d'amour vient du peu de connoissance qu'on a de ce grand objet. La s^ie éternelle j disoit-il lui-même (i)»v consiste à vous connoitre , ô mon Père , et à con-r naître Jésus-Christ votre Fils que vous avez en^ voyi.

Les enfans savent fort bien- prier ceux de qm> ils espèrent quelque chose' ; ils prennent alorS'

t») Joan. 17. 3«

Page 1