‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 104 sur 205 · CCLXVIII · texte numérisé non relu

CCLXVIII

On ne doit pas non plus demander aux auteurs une perfection qu'ils ne puissent atteindre. C'est faire trop d'honneur à l'esprit humain de croire que des ouvrages irréguliers n'aient pas le droit de lui plaire, surtout si ces ouvrages peignent les passions. Il n'est pas besoin

1. Var. Il ne faut pas juger d'un homme par ce qu'il ignore, mais par ce qu'il sait. Ce n'est rien d'ignorer beaucoup de choses, lorsqu'on est capable de les concevoir, et qu'il ne manque que de les avoir apprises.

d'un grand art pour faire sortir les meilleurs esprits de leur assiette, et pour leur cacher les défauts d'un tableau hardi et touchant. Cette parfaite régularité qui manque aux auteurs ne se trouve point dans nos propres conceptions. Le caractère naturel de l'homme ne comporte pas tant de règle. Nous ne devons pas supposer dans le sentiment une délicatesse que nous n'avons que par réflexion. Il s'en faut de beaucoup que notre goût soit toujours aussi difficile à contenter que notre esprit1.

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Il nous est plus facile de nous teindre d'une infinité de connaissances , que d'en bien posséder un petit nombre.

Jusqu'à ce qu'on rencontre le secret de rendre les esprits plus justes, tous les pas que l'on pourra faire dans la vérité n'empêcheront pas les hommes de raisonner faux ; et plus on voudra les pousser au delà des notions communes, plus on les mettra en péril de se tromper.

Il n'arrive jamais que la littérature et l'esprit de raisonnement deviennent le partage de toute une nation, qu'on ne voie aussitôt, dans la philosophie et dans les beaux-arts, ce qu'on remarque dans les gouvernements populaires, où il n'y a point de puérilités et de fantai-

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