LXVIII
Il est difficile de définir l'amour : ce qu'on en peut dire est que, dans l'àme, c'est une passion de régner; dans les esprits, c'est une sympathie; et, dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime, après beaucoup de mystères.
S'il y a un amour pur et exempt du mélange de nos
L plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant sur une matière aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets : d'eu il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence ne lont que des effets de notre amour-propre, qui s'applaudit en toutes choses et en toutes rencontres. » (1665 — n° 75.) Dès la seconde édition, l'auteur se corrigea ainsi : « Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant, quelque grande qu'elle soit, elle ne sauroit nous assurer du moindre événement, parce qu'elle travaille sur l'homme, qui est le sujet du monde le plus changeant. » (1666— n° 66; 1671, 1675— n° 65.) Enfin, dans sa dernière édition, l'auteur refit cette pensée telle qu'elle est aujourd'hui. C<s différents essais offrent une étude de style bien digne d ou» médité*.
autres passions, c'est celui qui est caché au fond du oœur, et que nous ignorons nous-mêmes1.
Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas.
11 n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'êlre aimés, quand ils ne s'aiment plus.
Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, U ressemble plus à la haine qu'à l'amitié.
On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie; mais il est rare d'en trouver qui n'en aieat jamais eu qu'une2
Il n'y a que aune sorte d'amour, mais il y en a mille différentes copies.
L'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsi ;!er . ans un mouvement continuel; et il cesse de vivre dès m fil cesse d'espérer ou de craindre.
1. Var. Il n'y a point d'amour pur et exempt du mélange des autres pasions, que celui qui est caché au fond du cœur, et que nous ignorons nousnènies (tf.GH — n° 79).
î. Var. Qui n'ont jamais fait de galanterie (1665 — n° 83).
I. est du vé.itâhle amour comme de l'apparition dos esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
L'amour prête son nom à un nombre infini de cornmerces qu'on lui attribue, et où il n'a non plus de pari que le doge à ce qui se fait à Venise.