CLXXXVIII
La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; et quoique l'on paroisse éloigné des passions, on n'est pas moins en danger de s'y laisser emporter, que de tomber malade quand on se porte bien.
GLXXXIX.
Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme, dès sa naissance, des bornes pour les vertus et pour les vices.
1 . Var. Nous avouons nos défauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous réparions le tort qu'ils nous ont fait dans l'esprit des autres (1665 — n° 193). — Nous n'avouons jamais nos défauts que par ▼aaité (1665— n° 200). . ,
2. Var. On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mépriser les vicieux; mais on a toujours du mépris pour ceux qui manquent de vert"» (1665 — n°l»b).
CXG.
Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.
* GXCI.
On peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie, comme des hôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute que l'expérience nous les fît éviter, s'il nous étoit permis de faire deux fois k chemin.
Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la créance que c'est nous qui les quittons.
CXGIII.
Il y a des rechutes dans les maladies de l'âme comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour noire guérison n'est le plus souvent qu'un relâche ou un changement de mal.
CXGIV.
Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps; quelque soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paroît toujours, et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.
CXGV.
fie qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice, esl que nous en avons plusieurs.
CXCYI.
Nous oublions aisément nos fautes, lorsqu'elles ne sont sues que de nous \
Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans l'avoir vu; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.
CXGVIII.
Nous élevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres : et quelquefois on loueroit moins monsieur le Prince et monsieur de Turenne, si on ne les vouloit point blâmer tous deux2.
Le désir de paroître habile empêche souvent de le devenir.