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Dans l'enfance de tous les peuples, comme dans celle des particuliers2, le sentiment a toujours précédé la réflexion et en a été le premier maître.
Qui considérera la vie d'un seul homme y trouvera toute l'histoire du genre humain, que la science et l'expérience n'ont pu veudre bon.
1. Cette maxime, un pou ocsciu-e, a besoin d'être éclaircie par celle qui nuit. L'auteur a voulu dire, ce semble, que ce sont les passions qui, en portant l'esprit de l'homme sur un plus grand nombre d'objets, et en augmentant la somme de ses idées, lui fournissent les matériaux de la réflexion, qui est le chemin de la raison. Cela s« rapporte à ce qu'il dit ailleurs, que les passions fertilisent l'esprit. S.
2. Dans l'enfance de tous les peuples, comme dans celle des parltcwèiers, etc. Il semble qu'où peut mettra individus. En est employé ici pour de la réflexion, et c'est une négligence, à mon sen** **
gSO VAUVENARGUES.
GLVII.
S'il est vrai qu'on ne peut anéantir le vice, la science de ceux qui gouvernent est de le faire concourir au bien public.
GLVI1I.
Les jeunes gens souffrent moins de leurs fautes que de la prudence des vieillards.
GLIX.
Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil de l'hiver.
Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu'ils veulent leur bien.
Il est juste d'exiger des hommes qu'ils fassent, par déférence pour nos conseils, ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes.
GLXn.
Il faut permettre aux hommes de faire de grandes fautes contre eux-mêmes, pour éviter un plus grand aial, la servitude.
GLXIII.
Quiconque est plus sévère que les lois est un tyran.
GLXIV.
Ce qui n'offense pas là société n'est pas du ressort de la justice1.
C'est entreprendre sur la clémence de Dieu, de punir sans nécessité.
La morale austère anéantit la vigueur de l'esprit, comme les enfants d'Esculape détruisent le corps pour détruire un vice du sang souvent imaginaire.
La clémence vaut mieux que la justice.
Nous blâmons beaucoup les malheureux des moindres fautes, et les plaignons peu des plus grands malheurs.
Nous réservons notre indulgence pour les parfaits.
On ne plaint pas un homme d'être un sot, et peutêtre qu'on a raison; mais il est fort plaisant d'imaginer K que c'est sa faute.
1. Ce qui n'offense pas ta société n'est pas du ressort de la justice. J« crois que, par la justice, Vauvenargues entend ici les tribunaux. S.
362 VAUVENARaUES.
Nul homme n'est faible par choix.
GLXXII.
Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.
La générosité souffre des maux d'autrui, comme si elle en était responsable.
L'ingratitude la plus odieuse, mais la plus commune et la plus ancienne, est celle des enfants envers leurs pères.
GLXXV.
Nous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités, s'ils osent seulement s'apercevoir de nos défauts.
On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnaît de grands défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que la perfection a seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres autant que pourrait faire la vertu.
Les princes font beaucoup d'ingrats, parce qu'ils ne donnent pas tout ce qu'ils peuvent.