CLXXVIII
, La haine est plus vive que l'amitié, moins que la gloire 1.
Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent, et nous ne pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.
On n'est pas né pour la gloire, lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps.
L'activité fait plus de fortunes que la prudence.
Celui qui serait né pour obéir, obéirait jusque sur le trône.
GLXXXIII.
Il ne paraît pas que la nature ait fait les hommes pour l'indépendance.
Pour se soustraire à la force, on a été obligé de se soumettre à la justice. La justice ou la force, il a fallu
i. La haine est plus vive que l'amitié, moins que la gloire. Il faut, jr eroil, moins que l'amour ou la passion de la gloire. S,
opter entre ces deux maîtres : tant nous étions peu faits pour être libres.
La dépendance est née de la société.
CLXXXYI.
Faut-il s'étonner que les hommes aient cru que les animaux étaient faits pour eux, s'ils pensent même ainsi de leurs semblables, et que la fortune accoutume les puissants à ne compter qu'eux sur la terre?
GLXXXVII.
Entre rois, entre peuples, entre particuliers, le plus fort se donne des droits sur le plus faible, et la même règle est suivie par les animaux et les êtres inanimés : de sorte que tout s'exécute dans l'univers par la violence; et cet ordre, que nous blâmons avec quelque apparence de justice, est la loi la plus générale, la plus immuable et la plus importante de la nature.
GLXXXVIII.
Les faibles veulent dépendre, afin d'être protégés. Ceux qui craignent les hommes aiment les lois.
GLXXXIX.
Qui sait tout souffrir peut tout oser.
GXG.
Il est des injures qu'il faut dissimuler, pour ne pas compromettre son honneur.
GXGI.
Il est bon d'être ferme par tempérament, et flexible par réflexion.
CXGII.
Les faibles veulent quelquefois qu'on les croie méchants; mais les méchants veulent passer pour bons.
CXGIII.
Si l'ordre domine dans le genre humain, c'est une preuve que la raison et la vertu y sont les plus forts.
GXGIV.
La loi des esprits n'est pas différente de celle des corps, qui ne peuvent se maintenir que par une continuelle nourriture.
GXGV.
Lorsque les plaisirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les plaisirs; et nous disons que rien ne peut remplir le cœur de l'homme. ' • '•■
CXGVI.
Nous méprisons beaucoup de choses pour ne pas nous mépriser nous-mêmes.
CXGVII.
Notre dégoût n'est point un défaut et une insuffisance des objets extérieurs, comme nous aimons à le croire, mais un épuisement de nos propres organes et un témoignage de notre faiblesse.
GXGVI1I.
Le feu, l'air, l'esprit, la lumière, tout v it par l'action. De là la communication et l'alliance de tous les êtres; de là l'unité et l'harmonie dans l'univers. Cependant cette loi de la nature si féconde, nous trouvons que c'est un vice dans l'homme; et parce qu'il est obligé d'y obéir, ne pouvant subsister dans le repos, nous concluons qu'il est hors de sa place.
L'homme ne se propose le repos que pour s'affranchir delà sujétion et du travail; mais il ne peut jouir que par l'action, et n'aime qu'elle.