GLI
Nous devons peut-être aux passions les plus grands avantages de l'esprit.
Si les hommes n'avaient pas aimé la gloire, ils n'avaient ni assez d'esprit ni assez de vertu pour la mériter.
Aurions-nous cultivé les arts sans les passions? et la réflexion toute seule nous aurait-elle fait connaître nos ressources, nos besoins et notre industrie?
Les passions ont appris aux hommes la raison^
1. Cette maiiine, un peu obscure, a besoin d'être éclaircie par celle qui suit. L'auteur a voulu dire, ce semble, que ce sont les passions qui, en portant l'esprit de l'homme sur un plus grand nombre d'objets, et en augmentant la somme de
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Dans l'enfance de tous les peuples, comme dans celle des particuliers^ le sentiment a toujours précédé la réflexion et en a été le premier maître.
Qui considérera la vie d'un seul homme y trouvera toute l'histoire du genre humain, que la science et l'expérience n'ont pu rendre bon.
S'il est vrai qu'on ne peut anéantir le vice, la science de ceux qui gouvernent est de le faire concourir au bien public.
Les jeunes gens souffrent moins de leurs fautes que de la prudence des vieillards.
Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil l'hiver.
Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu'ils veulent leur bien.
ses idées, lui fournissent les matériaux de la réflexion, qui est le chemin de la raison. Cela se rapporte à ce qu'il dit ailleurs, 511.? les passions fertilisent l'esprit.
1. Dans l'enfance de tous les périples, comme dans celle des particuliers, etc. Il semble qu'on peut mettre individus. En est employé ici pour de la réflexion, et c'est une néglisence à mon sens. M.
Il est juste d'exiger des hommes qu'ils fassent, par déférence pour nos conseils, ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes.
GLXII
Il faut permettre aux hommes de faire de grandes fautes contre eux-mêmes pour éviter un plus grand mal, la servitude.
Quiconque est plus sévère que les lois est un tyran.
Ce qui n'offense pas la société n'est pas du ressort de la justice^.
C'est entreprendre sur la clémence de Dieu, de punir sans nécessité.
La morale austère anéantit la \agueur de l'esprit, comme les enfants d'Esculape détruisent le corps pour détruire un \'ice du sang souvent imaginaire.
La clémence vaut mieux que la justice.
1. Ct qui n'offense pas la société n'est pas du ressort de la justice. Je crois qne parla justice, Vauvenargues entend ici les tribunaux. S.
Nous blâmons beaucoup les malheureux des moindres fautes et les plaignons peu des plus grands malheurs.
GLXIX
Nous réservons notre indulgence pour les parfaits.
On ne plaint pas un homme d'être un sot, et peutêtre qu'on a raison ; mais il est fort plaisant d'imaginer que c'est sa faute.
GLXXI
Nul homme n'est faible par choix.
Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.
La générosité souffre des maux d'autrui, comme si elle en était responsable.
L'ingratitude la plus odieuse, mais la plus commune et la plus ancienne, est celle des enfants envers leurs pères.
Nous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités s'ils osent seulement s'apercevoir de nos défauts.
On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnaît de grands défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que la perfection a seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres autant que pourrait faire la vertu.
Les princes font beaucoup d'ingrats parce qu'ils ne donnent pas tout ce qu'ils peuvent.