MORALES
Nos vertus ne sont ie plus souvent que des vices déguisés'.
Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger, et ce n'est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes 2.
1. Cette pensée, qui peut être considérée comme la base du système de La Rochefoucauld, se trouve dans la première édition sous la forme suivante : « Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fantôme orné par nos passions, à qui on donne un nom honnête pour faire impunément ce qu'on veut ». (1665 — n" 179.) Elle ne se retrouve ni dans la seconde ni dans la troisième édition, et ce n'est que dans les deux dernières (1675, 1678) qu'elle reparut comme épigraphe et sous une autre forme, à la tête des Kéflexions morales.
2. Variante. Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un nombre de vices qui hur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour-propre nous ont déguisés (1665 — n" 181).
De plusieurs actions différentes que la fortune arrange comme il lui plaît il s'en fait plusieurs vertus (1665 — n» 293).
Dana la seconde et la troisième édition (1666,1671) , La Rochefoucauld refondit
L'amour-piopre est le plus grand de tous les flatteurs."