‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 3 sur 135 · l'ille de M. de Loiigaoviile, d'un premier lit · texte numérisé non relu

l'ille de M. de Loiigaoviile, d'un premier lit

brillantes, dit-il, à cause d'une tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que, bien loin de donner la loi à ceux qui avoient une particulière adoration pour elle, elle se transformoit si fort dans leurs sentiments qu'elle ne reconnoissoit plus les siens propres. » En tout temps, que ce fût M. de La Rochefoucauld, ou M. de Nemours, ou à Port-Royal, M. Singlin, qui la gouvernât, M™^ de Longueville se servit moins de son esprit que de celui des autres.

M. de La Rochefoucauld, pour la guider dans la politique, n'y était pas assez ferme lui-même : « Il y eut toujours du je ne sais quoi, dit Retz, en tout M. de La Rochefoucauld ». Et dans une page merveilleuse où l'ancien ennemi s'efface et ne semble plus qu'un malin ami^ il développe ce je ne sais quoi par l'idée de quelque chose d'irrésolu, d'insuffisant, d'incomplet dans l'action au milieu de tant de grandes qualités : « Il n'a jamais été guerrier, quoiqu'il fût très soldat. Il n'a jamais été par lui-même bon courtisan, quoiqu'il eût toujours bonne intention de l'être. Il n'a jamais été homme de parti, quoique toute sa vie il y ait été engagé ». Et il le renvoie à être le plus honnête homme dans la vie privée. Sur un seul point j'oserai contredire Retz : il refuse l'imagination à La Rochefoucauld, qui me semble l'avoir eue grande^. Encore une fois, il commença par pratiquer le roman, du temps de M™e de Chevreuse; sous la Fronde, il essaya l'histoire, la politique, et la manqua. La vengeance et le dépit l'y poussaient plus qu'une ambition sérieuse : de beaux restes de roman venaient à la traverse ; la vie privée et sa douce paresse, par où il devait finir, l'appelaient déjà. A peine embarqué dans une affaire, il se montrait impatient d'en sor-

1. La Rochefoucauld a laissé un portrait de lui par lui-même; il y tourne ses défauts même à louange. Retz, dans celui qu'il trace, détourne l'éloge même en malice.

2. Même conmie écrivain, quand il dit : o Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ».

tir : sa pensée essentielle n'était pas là^ Or, avec la disposition entraînée de M™^ de Longueville, qu'on songe à ce qu'elle dut devenir en conduite dés l'instant que ce je ne sais quoi de M. de La Rochefoucauld fut son étoile : et autour de cette étoile, comme autant de lunes, ses propres caprices.

Ce serait trop entreprendre que de les suivre; et, à l'égard de M. de La Rochefoucauld, ce serait souvent trop pénible et trop humiliant-, pour ceux qui l'admirent, que de l'accompagner. Le résultat chez lui vaut mieux que le chemin. Qu'il suffise d'indiquer que, durant la première Fronde et le siège de Paris (1649), son ascendant fut entier sur M^^^ de Longueville. Lorsque, après l'arrestation des princes, elle h'enfuii en Normandie, puis de là par mer en Hollande, d'où elle gagna Stenay, elle se déshabitua un peu de lui^. A son retour en France et à la reprise d'armes, on la retrouve gouvernée encore quelque temps par les avis de M. de La Rochefoucauld, qui cette fois les donne meilleurs, à mesure qu'il va être plus désintéressé. Elle lui échappe enfin tout à fait (1652), et prête l'oreille à l'aimable duc de Nemours.

M. de Nem.ours plaisait surtout à M^^ de Longueville en ce qu'il lui sacrifiait M™^ de Châtillon.

« On a bien de la peine à rompre, quand on ne s'aime plus. » On en était à ce point de difficulté : M. de Nemours le trancha, et M. de La Rochefoucauld saisit avec joie une occasion d'être libre en faisant l' offensé : « Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien

1 . Matha disait de M. de La Hochefoucanld « qu'il falsoit tous les matins une brouillcrie, et que tous les soirs il travailloit à un rhabillement (c'étoit son mot) i>.

2. Ce mot d'humiliant ne semblera pas trop fort à ceux qui ont lu sur son compte les Mémoires de la duchesse de Nemours, le récit surtout de cette triste scène au Parlement, où il tint Ketz entre deux portes, et les propos qu'il y lâcha et qu'il essuya. Oh I que de sensibles déchirures au noble et galant pourpoint 1

3. « L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes comme le vent éteint les bougies et allume le feu » {Maximes).

aises qu'on nous devienne infidèle pour nous dégager de notre fidélité ».

Il fut donc bien aise, mais non pas sans mélange ni sans des retours amers : « La jalousie, il l'a dit, naît avec l'amour; mais elle ne meurt pas toujours avec lui ». Le châtiment de ces sortes de liaisons, c'est qu'on souffre également de les porter et de les rompre. Il voulut se venger et manœuvra si bien que M^^ de Châtillon reconquit M. de Nemours sur M'"^ de Longueville, et qu'en veine de triomphe, elle fit encore perdre à celle-ci le cœur et la confiance du prince de Condé qu'elle s'attacha également. Entre M^^^ de Châtillon, M. le Prince et M. de Nemours, La Rochefoucauld, qui était l'âme de cette intrigue, s'applaudissait cruellement. Vue et blessure trois fois aigrissantes pour M™e de Longueville.

A peu de temps de là, M. de Nemours fut tué en duel par M. de Beaufort, et (bizarrerie du cœur I) M™^ de Longueville le pleura comme si elle l'eût encore possédé. Ses idées de pénitence suivirent de près.

M. de La Rochefoucauld fut puni tout le premier de sa vilaine action; il reçut, au combat du faubourg Saint-Antoine, cette mousquetade qui lui perça le visage et lui fit perdre les yeux pendant quelque temps. On a cité maintes fois, et avec toutes sortes de variantes, les vers tragiques qu'il tourna et parodia à ce sujet. Ils ne furent sérieux à aucun moment, puisqu'à cette époque il était déjà brouillé avec M"*^ de Longueville :

Pour ce cœur inconstant qu'enfin je connois mieux. J'ai fait la guerre aux Rois : j'en ai perdu les yeux !

Chacun est ainsi. Du jour où on ne répond au jeu du sort que par une moquerie de cette devise héroïque de la jeunesse :

J'ai fait la guerre aux Rois, je l'aurois faite aux Dieux ;

de ce jour-là, plus de tragédie, ni d'acte sérieux; on est entré dans l'ironie profonde.

Ce fut, à lui, le terme de ses actives erreurs. Il a près de quarante ans : la goutte le tient déjà, et le voilà presque aveugle. Il retombe dans la vie privée et s'enfonce dans le fauteuil pour n'en plus sortir. Les amis empressés l'entourent, et M™« de Sablé est aux petits soins. L'honnête homme accompli commence, et le moraliste se déclare.

M. de La Rochefoucauld va nous paraître tout sage, du moment qu'il est tout désintéressé. Ainsi des hommes : sagesse d'un côté, et action de l'autre. Le bon sens est au comble quand on n'a plus qu'à juger ceux qui n'en ont pas.

Le je ne sais quoi dont Retz cherchait l'explication en M. de La Rochefoucauld se réduit à ceci, autant que j'ose le préciser : c'est que sa vocation propre consistait à être observateur et écrivain. Ce fut la fin à quoi lui servit tout le reste. Avec ses diverses qualités essayées de guerrier, de politique, de courtisan, il n'était dans aucune tout entier; il y avait toujours un coin essentiel de sa nature qui se dérobait et qui déplaçait l'équilibre. Sa nature, sans qu'alors il s'en doutât, avait son arrière-pensée dans toutes les entreprises : cette arrièrepensée était d'y réfléchir quand ce serait passé. Toutes les aventures devaient finir chez lui, non comme la Fronde par des chansons, mais par des maximes ; une moquerie aussi, couverte et grave. Ce qui semblait un débris ramassé par l'expérience après le naufrage composa le vrai centre, enfin trouvé, de sa vie^.

1. C'est en pleine Fronde qu'il lui échappa un mot souvent cité, et qui révélait en lui la futur auteur des Maximes. Pendant les conférences de Bordeaux (octobre 1650), comme il se trouvait avec M. de Bouillon et le conseiller d'État Lenet dans le carrosse du cardinal Mazarin, celui-ci se mit à rire en disant : « Qui < auroit pu croire, il y a seulement huit jours, que nous serions tous quatre aujour- « d'hui dans un même carrosse ?» — t Tout arrive en France », repartit le frondeur moraliste; et pourtant, remarque M. Bazin il était loin encore d'avoir vu tout ce qui pouvait y arriver.

Un léger signe, très singulier, me paraît encore indiquer en M. de La Rochefoucauld cette destination expresse de la nature. Pour un homme de tant de monde, il avait (Retz nous le dit) un air de honte et de timidité dans la vie civile. Huet (dans ses Mémoires) nous le montre comme tellement embarrassé en public, que, s'il avait eu à parler d'office devant un cercle de six ou sept personnes, le cœur lui aurait failli. L'effroi de la solennelle harangue l'empêcha toujours d'être de l'Académie française. Nicole était ainsi, et n'aurait pu prêcher ni soutenir une thèse. Un des traits du moraliste est dans cette observation à la dérobée, dans cette causerie à mi-voix. Montesquieu dit quelque part que s'il avait été forcé de \i\Te en professant, il n'aurait pu. Combien l'on conçoit cela de moralistes surtout, comme La Rochefoucauld, comme Nicole ou La Bruyère ! Les Maximes sont de ces choses qui ne s'enseignent pas : les réciter devant six personnes, c'est déjà trop. On n'accorde à l'auteur qu'il a raison, que dans le tête-àtête. A l'homme en masse, il faut plutôt du Jean- Jacques ou du La Mennais^.

Les Réflexions ou Sentences et Maximes morales paru-

1. if. de La Kochefoncauld n'était pas sans se rendre très bien compte, sons d'autres noms, de ces différences. Segrais (en ses Mémoires- Anecdotes) raconte ceci : • il. de La Kochefoucauld étoit l'homme du monde le plus poli, qui savoib garder toutes les bienséances et surtout qui ne se louoit jamais. M. de Koqnelanre et M. de Mioœens avoient beaucoup d'esprit, mais ils se louoient incessamment : ils avoient un grand parti. M. de La Kochefoucauld disoit en parlant d'eus, bien loin pourtant de sa pensée : a Je me repens de la loi que je me suis imposée t de ne me pas louer; j'aurois beaucoup plus de sectateurs si je le faisois. Voyez € M. de Eoquelaure et M. de iliossens qui parlent deux heures de suite devant

• une vingtaine de personnes en se vantant toujours; il n'y en a que deux ou trois . « qui ne peuvent les soofErir, et les dix-sept autres les applaudissent et les regar-

• dent comme des gens qui n'ont point leurs semblables d. Si Koquelaure et ilios . sens avaient mêlé à leur propre éloge celui de leurs auditeurs, ils se seraient encore mieux fait écouter. Dans un gouvernement constitutionnel, où il faut tout hau» se louer quelque peu soi-même (on en a des exemples) et louer à la fois la majorité des assistants, on voit que M. de La Rochefoucauld n'aurait pu être autrechose que ce qu'il fut de son temps, un moraliste toujours.

rent en 1665. Douze ans s'étaient écoulés depuis la vie aventureuse de M. de La Rochefoucauld et ce coup de feu, sa dernière disgrâce. Dans Tintervalle, il avait écrit ses Mémoires qu'une indiscrétion avait divulgués (1662), et auxquels il dut opposer un de ces désaveux qui ne prouvent rien^. Une copie des Maximes courut également, et s'imprimait en Hollande. Il y para en les faisant publier chez Barbin. Cette première édition, sans nom d'auteur, mais où il est assez désigné, renferme un Avis au Lecteur très digne du livre, un Discours qui l'est beaucoup moins, qu'on a attribué à Segrais, qui me semble encore trop fort pour lui, et où l'on répond aux objections déjà courantes avec force citations d'anciens philosophes et de Pères de l'Église. Le petit Avis au Lecteur y répond bien mieux d'un seul mot : « Il faut prendre garde..., il n'y a rien de plus propre à établir la vérité de ces Réflexions que la chaleur et la subtilité que l'on témoignera pour les combattre- ».

Voltaire, qui a jugé les Maximes en quelques lignes légères et charmantes, y dit qu'aucun livre ne contribua davantage à former le goût de la nation : « On lut rapidement ce petit recueil; il accoutuma à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis et

1. n fallait aller au-devant du mécontentement de M. le Prince pour certains passages où il était touché. II y avait d'autres mécontentements plus violents de personnages secondaires, qui pourtant n'auraient pas laissé d'embarrasser : on en peut prendre idée par la furieuse colère du duc de Saint-Simon, racontée dans les Mémoires de son fils, 1. 1. p. 91.

2. Et encore : « Le meilleur parti que le lecteiur ait à prendre est de se mettre d'abord dans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces maximes qui le regarde en particulier et qu'il en est seul excepté, bien qu'elles paroissent générales. Après cela, je lui réponds qu'il sera le premier à y souscrire...» Pourquoi ce malin petit Avis ne se trouve-t-il reproduit dans aucune des éditions ordinaires de La Kochefoucauldî En général, les premières éditions ont une physionomie qui n'est qu'à elles et apprennent je ne sais quoi sur le dessein de l'auteur, que les autres, augmentées et complétées, ne disent plus. Cela est vrai, surtout des premières éditions de La Rochefoucauld et de La Bruyère.

délicat; c'était un mérite que personne n'avait eu avant lui, en Europe, depuis la renaissance des lettres ». Trois cent seize pensées formant cent cinquante pages eurent ce résultat glorieux. En 1665, il y avait neuf ans que les Provinciales avaient paru; les Pensées ne devaient être publiées que cinq ans plus tard, et le livre des Caractères qu'après vingt-deux ans. Les grands monuments de prose, les éloquents ouvrages oratoires qui consacrent le règne de Louis XIV, ne sortirent que depuis 1669, à commencer par l'Oraison funèbre de la reine d'Angleterre. On était donc, en 1665, au vrai seuil du beau siècle, au premier plan du portique, à l'avantveille d'Andromaque; l'escalier de Versailles s'inaugurait dans les fêtes : Boileau, accostant Racine, montait les degrés; La Fontaine en vue s'oubliait encore; Molière dominait déjà, et le Tartufe, achevé dans sa première forme, s'essayait sous le manteau. A ce moment décisif et d'entrain universel, M. de La Rochefoucauld, qui aimait peu les hauts discours, et qui ne croyait que causer, dit son mot : un grand silence s'était fait; il se trouva avoir parlé pour tout le monde, et chaque parole demeura.

C'était un misanthrope poli, insinuant, souriant, qui précédait de bien peu et préparait avec charme l'autre Misanthrope.

Dans l'histoire de la langue et de la littérature française, La Rochefoucauld vient en date au premier rang après Pascal, et comme en plein Pascal^, qu'il devance même en tant que pur moraliste. Il a cette netteté et cette concision de tour que Pascal seul, dans ce siècle, a eues avant lui, que La Bruyère ressaisira, que Nicole ii'avaitpas su garder, et qui serale cachet propre du xviii^ siècle, le triomphe perpétuellement aisé de Voltaire.

1. Celui-ci était mort dès 1662; mais la mise ea ordre et la publication de ses Pensées furent retardées par suite des querelles jansénistes jusqu'à l'époque dite de la paix de l'Église (1669). H résulte de ce retard que La Kochefoucauld ne put rien lui emprunter : tous deux restent parfaitement originaux et collatéraux.

Si les Maximes peuvent sembler, à leur naissance, n'avoir été qu'un délassement, un jeu de société, une sorte de gageure de gens d'esprit qui jouaient aux proverbes, combien elles s'en détachent par le résultat et prennent un caractère au-dessus de la circonstance I Saint-Évremond, Bussy, qu'on a comparés à La Rochefoucauld pour l'esprit, la bravoure et les disgrâces, sont aussi des écrivains de qualité et de société; ils ont de l'agrément parfois, mais je ne sais quoi de corrompu ; ils sentent leur Régence. Le moraliste, chez La Rochefoucauld, est sévère, grand, simple, concis ; il atteint au beau; il appartient au pur Louis XFV.

On ne peut assez louer La Rochefoucauld d'une chose, c'est qu'en disant beaucoup il n'exprime pas trop. Sa manière, sa forme est toujours honorable pour l'homme, quand le fond l'est si peu.

En correction, il est de l'école de Boileau, et bien avant VAri poétique. Quelques-unes de ses maximes ont été refaites plus de trente fois, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à l'expression nécessaire. Avec cela, il n'y paraît aucun tourment. Ce petit volume original, dans sa primitive ordonnance qui s'est plus tard rompue, offrant ses trois cent quinze pensées si brèves, encadrées entre les considérations générales sur V amour-propre au début et les réflexions sur le mépris de la mort à la fin,, me figure encore mieux que les éditions suivantes un tout harmonieux, où chaque détail espacé arrête le regard. Le parfait modèle du genre est là : c'est l'aphorisme aiguisé et poli. Si Racine se peut admirer après Sophocle, on peut lire La Rochefoucauld après Job, Salomon, Hippocrate et Marc-Aurèle.

Tant d'esprits profonds, solides ou délicats, en ont parlé tour à tour, que c'est presque une témérité d'y vouloir ajouter. J'indiquerai parmi ceux dont j'ai sous la main les notices particulières, Suard, Petitot, M. Vinet, tout récemment, M. Gérusez. A peine s'il y a à glaner encore.

Nul n'a mieux traité de la philosophie des Maximes, que M. Vinet^ Il est assez de l'avis de Vauvenargues, qui dit : « La Bruyère étoit un grand peintre, et n'étoit pas peut-être un grand philosophe. Le duc de La Rochefoucauld étoit philosophe et n'étoit pas peintre ». Quelqu'un a dit en ce même sens : « Chez La Bruyère, la pensée ressemble souvent à une femme plutôt bien mise que belle : elle a moins de corps que de tournure ». Mais, sans prétendre diminuer du tout La Bruyère, on a droit de trouver dans La Rochefoucauld un angle d'observation plus ouvert, un coup d'oeil plus à fond. Je crois même qu'il eut plus de système et d'unité de principe que M, Vinet ne voudrait lui en reconnaître, et que c'est par là qu'il justifie en plein ce nom de philosophe que l'ingénieux critique lui accorde si expressément. Les souvent, quelquefois, presque toujours, d'ordinaire, par lesquels il modère ses conclusions fâcheuses, peuvent être pris pour des précautions polies. Tout en mettant le doigt sur le ressort, il faisait semblant de reculer un peu; il lui suffisait de ne pas lâcher prise. Après tout, la philosophie morale de La Rochefoucauld n'est pas si opposée à celle de son siècle, et il profita de la rencontre pour oser être franc. Pascal, Molière, Nicole, La Bruyère, ne flattent guère l'homme, j'imagine; les uns disent le mal et le remède, les autres ne parlent que du mal : voilà toute la différence. Vauvenargues, qui commença l'un des premiers la réhabilitation, le remarque très bien : « L'homme, dit-il, est maintenant en disgrâce chez tous ceux qui pensent, et c'est à qui le chargera le plus de vices; mais peut-être est-il sur le point de se révéler et de se faire restituer toutes ses vertus... et bien au delà- ». Jean- Jacques s'est chargé de cet au delà; il l'a poussé si loin, qu'on le pourrait croire épuisé. Mais non; on ne s'arrête pas en si beau chemin;

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