DISCOURS PRÉLIMINAIRE
pouvait m'éclairer cL je connaissais peu de gens qui fussent en état de m'instruire. Alors j'écoutai cet instinct qui excitait ma curiosité et ces inquiétudes, et je dis : Que veux-je savoir? que m'importe-t-il de connaître? les choses qui ont avec moi les rapports les plus nécessaires? sans doute. Et où trouverai-je ces rapports, sinon dans l'étude de moi-même et la connaissance des hommes, qui sont Tunique fin de mes actions et l'objet de toute ma vie? Mes plaisirs, mes chagrins, mes passions, mes affaires, tout roule sur eux. Si j'existais seul sur la terre, sa possession entière serait peu pour moi : je n'aurais plus ni soins, ni plaisirs, ni désirs ; la fortune^ et la gloire même ne seraient pour moi que des noms; car il ne faut pas s'y méprendre : nous ne jouissons que des hommes, le reste n'est rien^. Mais, continuai-je, éclairé par une nouvelle lumière, qu'estce que l'on ne trouve pas dans la connaissance de l'homme? Les devoirs des hommes rassemblés en société, voilà la morale; les intérêts réciproques de ces sociétés, voilà la politique; leurs obligations envers Dieu, voilà la religion.
Occupé de ces grandes vues, je me proposai d'abord de parcourir toutes les qualités de l'esprit, ensuite toutes les passions et enfin toutes les vertus et tous les vices qui, n'étant que des qualités humaines, ne peuvent être connus que dans leur principe. Je méditai donc sur ce plan et je posai les fondements d'un long travail. Les passions inséparables de la jeunesse, des infirmités continuelles, la guerre survenue dans ces circonstances, ont interrompu cette étude. Je me proposais de la reprendre un jour dans le repos, lorsque de nouveaux contre-temps m'ont ôté, en quelque manière.
1. Fortune, pris dans le seiià de richesse, peut procurer à l'homme vivant «Uns la solitude la plus absolue quelques jouissances matérielles; mais, quelle peut être la gloire pour un être isolé I elle n'existe pas hors l'état de société. B.
2. Cela est au moins obscur; nous jouissons aussi des choses. M.
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l'espérance de donner plus de perfection à cet ouvrage. Je me suis attaché, autant que j'ai pu, dans cette seconde édition, à corriger les fautes de langage qu'on m'a fait remarquer dans la première. J'ai retouché le style en beaucoup d'endroits. On trouvera quelques chapitres plus développés et plus étendus qu'ils n'étaient d'abord : tel est celui du Génie. On pourra remarquer aussi les augmentations que j'ai faites dans les Conseils à un jeune homme et dans les Réflexions critiques sur les poètes, auxquels j'ai joint Rousseau et Quinault, auteurs célèbres dont je n'avais pas encore parlé. Enfin on verra que j'ai fait des changemenls encore plus considérables dans les Maximes. J'ai supprimé plus de deux cents pensées, ou trop obscures, ou trop communes, ou inutiles. J'ai changé l'ordre des maximes que j'ai conservées ; j'en ai expliqué quelquesunes et j'en ai ajouté quelques autres, que j'ai répandues indifféremment parmi les anciennes. Si j'avais pu profiter de toutes les observations que mes amis ont daigné faire sur mes fautes, j'aurais rendu peutêtre ce petit ouvrage moins indigne d'eux, mais ma mauvaise santé ne m'a pas permis de leur témoigner par ce travail le désir que j'ai de leur plaire.