‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 83 sur 135 · H faudrait «<? soit préférable. S · texte numérisé non relu

H faudrait «<? soit préférable. S

2. II faut que la puissance n'enferme une idée de grandeur el qu'elle lui soit utile. S.

DE l'esprit humain 235

Qu'ciilend-on par un grand génie? un esprit qui a de grandes vues, puissant, fécond, éloquent, etc. Et par une grande fortune? un état indépendant, commode, élevé, glorieux. Personne ne dispute donc qu'il y ait^ de grands génies et de grandes fortunes. Les caractères de ces avantages sont trop bien marqués. Ceux d'une âme vertueuse sont-ils moins sensibles? Qui peut nous les faire confondre? Sur quel fondement ose-t-on égaler le bien et le mal? Est-ce sur ce que l'on suppose que nos vices et nos vertus sont des elTels nécessaires de notre tempérament? Mais les maladies, la santé, ne sont-elles pas des effets nécessaires de la même cause? Les confond-on cependant, et a-t-on jamais dit que c'étaient des chimères, qu'il n'y avoit ni santé ni maladies - ? Pense-t-on que tout ce qui est nécessaire n'est ^ d'aucun mérite? Mais c'est une nécessité en Dieu d'être tout-puissant, éternel : la puissance et l'éternité seront-elles égales au néant? ne serontelles plus des attributs parfaits? Quoi ! parce que la vie et la mort sont en nous des états de nécessité, n'est-ce plus qu'une même chose, indifférente aux humains? Mais peut-être que les vertus, que j'ai peintes comme un sacrifice de notre intérêt propre à l'intérêt public, ne sont qu'un pur effet de l'amour de nous-mêmes. Peut-être ne faisons-nous le bien que parce que notre plaisir se trouve dans ce sacrifice? Étrange objection ! Parce que je me plais dans l'usage de ma vertu, en estelle moins préférable, moins précieuse à tout l'univers,

Page 1