Je pi'rfijrorai-i iie soit d'aucaii inérite. S
OU moins différente du vice, qui est la ruine du genre humain? Le bien où je me plais change-t-il de nature? cesse-t-il d'être bien?
Les oracles de la piété, continuent nos adversaires, condamnent cette complaisance. Est-ce à ceux qui nient la vertu à la combattre par la religion, qui l'établit? Qu'ils sachent qu'un Dieu bon et juste ne peut réprouver îe plaisir que lui-même attache à bien faire. Nous prohiberait-il ce charme qui accomgagne l'amour du bien? Lui-même nous ordonne d'aimer la vertu et sait mieux que nous qu'il est contradictoire d'aimer une chose sans s'y plaire. S'il rejette donc nos vertus, c'est quand nous nous approprions les dons que sa main nous dispense, que nous arrêtons nos pensées à la possession de ses grâces, sans aller jusqu'à leur principe; que nous méconnaissons le bras qui répand sur nous ses bienfaits, etc.
Une vérité s'offre à moi. Ceux qui nient la réalité des vertus sont forcés d'admettre des vices. Oseraient-ils dire que l'homme n'est pas insensé et méchant? Toutefois, s'il n'y avait que des malades, saurions-nous ce que c'est que la santé?
De la grandeur d ame.
Après ce que nous avons dit, je crois qu'il n'est pas nécessaire de prouver que la grandeur d'âme est quelque chose d'aussi réel que la santé, etc. Il est difTicile de ne pas sentir dans un homme qui maîtrise la fortune, et qui par des moyens puissants arrive à des
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fins élevées, qui subjugue les autres hommes par son acti\dté, par sa patience ou par de profonds conseils ; je dis qu'il est difficile de ne pas sentir dans un génie de cet ordre une noble réalité. Cependant, il n'y a rien de par et dont nous n'abusions sans peine.
La grandeur d'âme est un instinct élevé qui porte les hommes au grand, de quelque nature qu'il soit, mais qui les tourne au bien ou au mal, selon leurs passions, leurs lumières, leur éducation, leur fortune, etc. Égale à tout ce qu'il y a sur ten'e de plus élevé, tantôt elle cherche à soumettre par toutes sortes d'efforts ou d'artiuces les choses humaines à elle, et tantôt, dédaignant ces choses, elle s'y soumet elle-même sans que sa soumission l'abaisse : pleine de sa propre grandeur, elle s'y repose en secret, contente de se posséder. Qu'elle est belle quand la vertu dirige tous ses mouvements ! mais qu'elle est dangereuse alors qu'elle se soustrait à la règle ! Représentez -vous Catilina^ au-dessus de tous les préjugés de la naissance, méditant de changer la face de la terre et d'anéantir le nom romain : concevez ce génie audacieux, menaçant le monde du sein des plaisirs et formant, d'une troupe de voluptueux et de voleurs, un corps redoutable aux armées et à la sagesse de Rome.
Qu'un homme de ce caractère aurait porté loin la vertu s'il eût été tourné au bien ! mais les circonstances malheureuses le poussent au crime. Catilina était né avec un amour ardent pour les plaisirs, que la sévérité des lois aigrissait et contraignait; sa dissipation et ses débauches l'engagèrent peu à peu à des projets criminels 2 : ruiné, décrié, traversé, il se trouva
1. liOcins Sergius Catilina. Voyez l'tiistoire de sa conjuration par Salluste. F.
2. n serait plus exact de dire, l'engagèrent -peu à feu dans des projets criminels.
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dans un étal où il lui était moins facile do gouverner la république que de la détruire; ne pouvant être le héros de sa patrie, il en méditait la conquête. Ainsi les hommes sont souvent portés au crime par de fatales rencontres ou par leur situation; ainsi leur vertu dépend de leur fortune. Que manquait-il à César, que d'être né souverain? Il était bon, magnanime, généreux, hardi, clément; personne n'était plus capable de gouverner le monde et le rendre heureux : s'il eût eu une fortune égale à son génie, sa vie aurait été sans tache; mais parce qu'il s'était placé lui-même sur le trône par la force, on a cru pouvoir le compter avec justice parmi les tyrans.
Cela fait sentir qu'il y a des vices qui n'excluent pas les grandes qualités et par conséquent de grandes qualités qui s'éloignent de la vertu. Je reconnais cette vérité avec douleur : il esL triste que la bonté n'accompagne pas toujours la force et que l'amour de la justice ne prévale pas nécessairement dans tous les hommes et dans tout le cours de leur vie, sur tout autre amour; mais non seulement les grands hommes se laissent entraîner au vice, les vertueux même se démentent et sont inconstants dans le bien. Cependant, ce qui est sain est sain, ce qui est fort est fort, etc. Les inégalités de la vertu, les faiblesses qui l'accompagnent, les vices qui flétrissent les plus belles vies, ces défauts inséparables de notre nature, mêlée si manifestement de grandeur et de petitesse, n'en détruisent pas les perfections. Ceux qui veulent que les hommes soient tout bons ou tout méchants, absolument grands ou petits, ne connaissent pas la nature. Tout est mélangé dans les hommes; tout y est limité; et le vice même y a ses bornes.
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Du courage.
Le. vrai courage est une des qualités qui supposent le plus de grandeur d'âme. J'en remarque beaucoup de sortes : un courage contre la fortune, qui est philosophie; un courage contre les misères, qui est patience; un courage à la guerre, qui est valeur; un courage dans les entreprises, qui est hardiesse; un courage fier et téméraire, qui est audace; un courage contre l'injustice, qui est fermeté; un courage contre le vice, qui est sévérité; un courage de réflexion, de tempérament, etc.
Il n'est pas ordinaire qu'un même homme assemble tant de qualités. Octave\ dans le plan de sa fortune, élevée sur des précipices, bravait des périls éminents, mais la mort, présente à la guerre, ébranlait son âme. Un nombre innombrable de Romains, qui n'avaient jamais craint la mort dans les batailles, manquaient de cet autre courage qui soumit la terre à Auguste.
On ne trouve pas seulement plusieurs sortes de courages, mais dans le même courage bien des inégahtés. Brutus, qui eut la hardiesse d'attaquer la fortune de César, n'eut pas la force de suivre la sienne : il avait fomié le dessein de détruire la tyrannie avec les ressources de son seul courage, et il eut la failjlesse de l'abandonner avec toutes les forces du peuple romain, faute de cette égalité de force et de
1. Caius Julius Ocowr Uotavianus porta le nom d'Octare dans sa jeunesise et celui d'Aujuste quand les Eomaina furent entièrement assen-is. 1''.
sentiment qui surmonte les obstacles et la lenteur des succès.
Je voudrais pouvoir parcourir ainsi en détail toutes les qualités humaines; un travail si long ne peut maintenant m' arrêter. Je terminerai cet écrit par de courtes définitions.
Observons néanmoins encore que la petitesse est la source d'un nombre incroyable de vices : de l'inconstance, la légèreté, la vanité, l'envie, l'avarice, la bassesse, etc.; elle rétrécit notre esprit autant que la grandeur d'âme l'élargit; mais elle est malheureusement inséparable de l'humanité, et il n'y a point d'âme si forte qui en soit tout à fait exempte. Je suis mon dessein.
La probité est un attachement à toutes les vertus civiles^.
La droiture est une habitude des sentiers de la vertu.
L'équité peut se définir par l'amour de l'égalité"; l'intégrité paraît une équité sans tache et la justice une équité pratique.
La noblesse est la préférence de l'honneur à l'intérêt; la bassesse, la préférence de l'intérêt à l'honneur.
L'intérêt est la fin del'amour-propre^; la générosité en est le sacrifice.
1. Je n'admets poLat cette définition; j'aimerais mieux, un. attachement à tout ce qui est juste. Duclos a dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit; c'est la probité. Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fît; c'est la veitu*. M. de Vauvenargues a voulu dire sans doute un attachement à tous les devoirs sivils, S.
2. Cette définition n'est pas exacte : l'équité est Vunieuique suum, à chacun ce qui lui appartient. M. — Vauvenargues n'entend pas ici l'égalité absolue, mais l'égalité relative. Dans une faillite où tous les créanciers doivent perdre, le juge ne peut faire rendre à chacun d'eus ce qui lui appartient. L'équité est alors d'établir entre eux une égalité relative à leurs droits, c'est-à-dire, de leur faire supporter à chacun une perte calculée sur la proportion de leurs di'oits respectifs. S.