‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 86 sur 135 · Amour-propre encore employé ici pour amour de soi. S · texte numérisé non relu

Amour-propre encore employé ici pour amour de soi. S

La méchanceté suppose un goût à faire du mal; la malignité, une méchanceté cachée; la noirceur, une méchanceté profonde.

L'insensibilité à la vue des misères peut s'appeler dureté; s'il y entre du plaisir, c'est cruauté. La sincérité me paraît l'expression de la vérité; la franchise, une sincérité sans voiles^; la candeur, une sincérité douce; l'ingénuité, une sincérité innocente; l'innocence, une pureté sans tache.

L'imposture est le masque de la vérité; la fausseté, une imposture naturelle; la dissimulation, une imposture réfléchie; la fourberie, une imposture qui veut nuire; la duplicité, une imposture qui a deux faces.

La libéralité est une branche de la générosité; la bonté, un goût à faire du bien et à pardonner le mal; la clémence, une bonté envers nos ennemis.

La simphcité nous présente l'image de la vérité et de la hberté.

L'affectation est le dehors de la contrainte et du mensonge : la fidéhté n'est qu'un respect pour nos engagements; l'infidélité, une dérogeance; la perfidie, une infidélité couverte et criminelle,

La bonne foi est une fidélité sans défiance et sans artifice.

La force d'esprit est le triomphe de la réflexion, c'est un instinct supérieur aux passions, qui les calme ou qui les possède^; on ne peut pas savoir d'un homme qui n'a pas les passions ardentes, s'il a de la force d'esprit; il n'a jamais été dans des épreuves assez difficiles.

1. C'est-à-dire qui ne réserve rien. La sincérité ne dit que ce qu'on lui demande; la franchise dit souvent ce qu'on ne lui demande pas. S.

2. Posséder n'est pas le mot propre. On ne dit pas posséder les passions. On dirait mieux ou qui les domine. B.

La modération est l'état d'une âme qui se possède; elle naît d'une espèce de médiocrité dans les désirs et de satisfaction dans les pensées, qui dispose aux vertus civiles.

L'immo dération, au contraire, est une ardeur inaltérable^ et sans délicatesse, qui mène quelquefois à de grands vices.

La tempérance n'est qu'une modération dans les plaisirs et l'intempérance au contraire.

L'humeur est une inégalité qui dispose à l'impatience. La complaisance est une volonté flexible; la douceur, un fonds de complaisance et de bonté.

La brutalité, une disposition à la colère et à la grossièreté; l'irrésolution, une timidité à entreprendre; l'incertitude, une irrésolution à croire; la perplexité, une irrésolution inquiète.

La prudence, une prévoyance raisonnable ; l'imprudence, tout au contraire^.

L'activité naît d'une force inquiète; la paresse, d'une impuissance paisible.

La mollesse est une paresse voluptueuse.

L'austérité est une haine des plaisirs, et la sévérité, des vices.

La solidité est une consistance et une égaUté d'esprit; la légèreté, un défaut d'assiette et d'uniformité de passions ou d'idées.

La constance est une fermeté raisonnable dans nos sentiments; l'opiniâtreté, une fermeté déraisonnable; la pudeur, un sentiment de la difformité du vice et du mépris qui le suit 3.

1. Inaltérable n'est pas le mot propre; ce serait plutôt insatiable. M.

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