‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 89 sur 135 · Il faut confiance aux ressources · texte numérisé non relu

Il faut confiance aux ressources

2. Vauvenargues ne veut point dire ici qu't'I n'est point d'amis qu'on puisse espérer de conserver dans le malheur, mais simplement que ce n'est point sur tes

Mettez toute votre confiance dans votre courage et dans les ressources de votre esprit. Faites-vous, s'il se peut, une destinée qui ne dépende pas de la bonté trop inconstante et trop peu commune des hommes. Si vous méritez des honneurs, si vous forcez le monde à vous estimer, si la gloire suit votre vie, vous ne manquerez ni d'amis fidèles, ni de protecteurs, ni d'admirateurs.

Soyez donc d'abord par vous-même, si vous voulez vous acquérir les étrangers. Ce n'est point à une âme courageuse à attendre son sort de la seule faveur et du seul caprice d'autrui. C'est à son travail à lui faire une destinée digne d'elle.

Sur l'empressement des hommes à se rechercher et leur facilité à se dégoûter.

Il faut que je vous avertisse d'une chose, mon très cher ami : les hommes se recherchent quelquefois avec empressement, mais ils se dégoûtent aisément les uns les autres; cependant, la paresse les retient longtemps ensemble après que leur goût est usé. Le plaisir, l'amitié, l'estime, liens fragiles, ne les attachent plus; l'habitude les asservit. Fuyez ces commerces stériles, d'où l'instruction et la confiance sont bannies : le cœur s'y dessèche et s'y gâte; l'imagination y périt, etc.

Conservez toujours néanmoins avec tout le monde

omit gu'il faut se reposer dans le malheur, et qu'on doit tirer ses ressources de soimême. S.

la douceur de vos sentiments. Faites-vous une étude de la patience et sachez céder par raison, comme on cède aux enfants qui n'en sont pas capables^ et ne peuvent vous offenser. Abandonnez surtout aux hommes vains cet empire extérieur et ridicule qu'ils affectent : il n'y a de supériorité réelle que celle de la vertu et du génie.

Voyez des mêmes yeux, s'il est possible, l'injustice de vos amis; soit qu'ils se familiarisent par une longue habitude avec vos avantages, soit que par une secrète jalousie ils cessent de les reconnaître, ils ne peuvent vous les faire perdre. Soyez donc froid làdessus : un favori admis à la familiarité de son maître, un domestique, aiment mieux dans la suite se faire chasser que de vivre dans la modestie de leur condition. C'est ainsi que sont faits les hommes; vos amis croiront s'être acquis par la connaissance de vos défauts une sorte de supériorité sur vous ; les hommes se croient supérieurs aux défauts qu'ils peuvent sentir : c'est ce qui fait qu'on juge dans le monde si sévèrement des actions, des discours et des écrits d'autrui. Mais pardonnez-leur jusqu'à cette connaissance de vos défauts et les avantages frivoles qu'ils essaieront d'en tirer; ne leur demandez pas la même perfection qu'ils semblent exiger de vous. Il y a des hommes qui ont de l'esprit et un bon cœur, mais remplis de délicatesses fatigantes : ils sont pointilleux, difficiles, attentifs, défiants, jaloux; ils se fâchent de peu de chose et auraient honte de revenir les premiers : tout ce qu'ils mettent dans la société, ils craignent qu'on ne pense qu'ils le doivent. N'ayez pas la faiblesse de renoncer à leur amitié par vanité ou par

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