‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld, précédées d'une noticeChapitre 120 sur 144 · CCXC1I · texte numérisé non relu

CCXC1I

Quand il serait vrai que les hommes ue seraient vertueux que par la raison, que s'ensuivrait-il ? Pourquoi, si on nous loue avec justice de nos sentiments, ne nous

i. Pourquoi voulons-nous que V amour-propre, etc. Amour-propru employé encore pour amour de soi. S.

102 VAUVE NARGUE S

io lierai t-on pas encore de notre raison? Est-elle moins notre que la volonté?

CGXGIII.

On suppose que ceux qui servent la vertu par réflexion, la trahiraient pour le vice utile. Oui, si le vice pouvait être tel aux yeux d'un esprit raisonnable.

GGXGIV.

Il y a des semences de bonté et de justice dans le cœur de l'homme, si l'intérêt propre y domine. J'ose dire que cela est non-seulement selon la nature, mais aussi selon la justice, pourvu que personne ne souffre de cet amour-propre, ou que la société y perde moins qu'elle n'y gagne.

GGXGV.

Gelui qui recherche la gloire par la vertu ne demande que ce qu'il mérite.

J'ai toujours trouvé ridicule que les philosophes aient fait une vertu incompatible avec la nature de l'homme; et qu'après l'avoir ainsi feinte, ils aient prononcé froidement qu'il n'y avait aucune vertu. Qu'ils parlent du fantôme de leur imagination; ils peuvent à leur gré l'abandonner ou le détruire, puisqu'ils l'ont créé : mais la véritable vertu, celle qu'ils ne veulent pas nommer de ce nom, parce qu'elle n'est pas conforme à leurs définitions, celle qui est l'ouvrage de la nature, non le leur, et qui consiste principalement dans la bonté et

la vigueur de l'âme, celle-ci n'est point dépendante de leur fantaisie et subsistera à jamais avec des caractères ineffaçables.

CGXGVII.

Le corps a ses grâces, l'esprit ses talents. Le cœur L'aurait-il que des vices? et l'homme, capable de raison, serait-il incapable de vertu?

CGXCVIII.

Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, d'humanité, de compassion et de raison. 0 mes amisf qu'est-ce donc que la vertu?

Si l'illustre auteur des Maximes eût été tel qu'il a tâché de peindre tous les hommes, mériterait-il nos hommages et le culte idolâtre de ses prosélytes?

CCG.

Ce qui fait que la plupart des livres de morale sont si insipides, et que leurs auteurs ne sont pas sincères, c'est que, faibles échos les uns des autres, ils n'oseraient produire leurs propres maximes et leurs secrets sentiments. Ainsi, non-seulement dans la morale, mais en quelque sujet que ce puisse être, presque tous les hommes passent leur vie à dire et à écrire ce qu'ils ne pensent point; et ceux qui conservent encore quelque amour de la vérité, excitent contre eux la colère et les préventions du public.

VAUVE NARGUE S.

ceci

I! n'y a guère d'esprits qui soient capables d'embrasser à la fois toutes les faces de chaque sujet : et c'est là* à ce qu'il me semble, la source la plus ordinaire des erreurs des hommes. Pendant que la plus grande partie d'une nation languit dans la pauvreté, l'opprobre et le travail, l'autre, qui abonde en honneurs, en commodités, en plaisirs, ne se lasse pas d'admirer le pouvoir de la politique, qui fait fleurir les arts et le commerce, et rend les États redoutables.

Les plus grands ouvrages de l'esprit humain sont très-assurément les moins parfaits. Les lois, qui sont la plus belle invention de la raison, n'ont pu assurer le repos des peuples sans diminuer leur liberté.

CCGIII.

Quelle est quelquefois la faiblesse et l'inconséquence des hommes ! Nous nous étonnons de la grossièreté de nos pères, qui règne cependant encore dans le peuple, la plus nombreuse partie de la nation; et nous méprisons en même temps les belles-lettres et la culture de l'esprit, le seul avantage qui nous distingue du peuple et de nos ancêtres.

eccrv.

Le plaisir et l'ostentation remportent dans le cœur des grands sur l'intérêt. Nos passions se règlent ordinairement sur nos besoins.

GCGV.

Le peuple et les grands n'ont ni les mêmes vertus ni les mêmes vices.

CGGVI.

C'est à notre cœur à régler le rang de nos intérêts, et à notre raison de les conduire.

La médiocrité d'esprit et la paresse font plus de philosophes que la réflexion.

GGGVI1L

Nul n'est ambitieux par raison, ni vicieux par défaut d'esprit.

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