CCLXI
L'éducation que Ton donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire.
* CGLXII.
Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime, qu'à perdre le sien.
* GGLXIII.
Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons1.
* CGLXIV.
La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les îmux d' autrui. C'est une habile prévoyance des malh eurs où nous pouvons tomber. Nous donnons du secours aux autres, pour les engager à nous en donner en de semblables occasions ; et ces ser-
t. Var. II n'y a point de libéralité; ce n'est que la vanité de donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons (1665 — n. 286).
vices que nous leur îendons sont, h proprement parler, des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par avance.
La petitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons1.
CGLXVI.
C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en être souvent la maîtresse; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus.
La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné, est un effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.
GGLXVIII.
Nous récusons des juges pour les plus petits intérêts, et nous voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie ou par leur préoccupation, ou par leur peu de lumières ; et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur, que
1 , La seconde partie de cette réflexion se trouve répétée deux fois dans la première édition (nos 257, 288).
nous exposons en tant de manières notre repos et notre vie1.
II n'y a guère d'homme assez habile pour connaître lout le mal qu'il fait.
L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.
* GGLXXI.
La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la raison2.
GGLXXII.
Rien ne devroit plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes louanges, que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses.
GCLXXIII.
Il y a des gens qu'on approuve dans le monde, qui n'ont pour tout mérite que les vices qui servent au commerce de la vie.
i. Var. Nous récusons tous les jours des juges pour les plus petits intérêts et nous faisons dépendre notre gloire et notre réputation, qui sont les plus grands biens du monde, du jugement des hommes qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignité, ou par leur préoccupalion, ou par leur sottise ; et c'est pour obtenir d'eux un arrêt en notre faveur, que nous exposons notre repos et notre vie en cent manières, et que
nous la condamnons à une infinité de soucis, de peines et de travaux(lfi65
, 2. Var. La jeunesse est une ivresse continuelle : c'est la fièvre de h iauté, c'est la folie de la raison (1665 — n° 29b).
La grâce de la nouveauté est à l'amour ce que la fleur est sur les fruits : elle y donne un lustre qui s'efface aisément, et qui ne revient jamais.