‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld, précédées d'une noticeChapitre 79 sur 144 · Je dois ajouter, etc. Un peu confus. V · texte numérisé non relu

Je dois ajouter, etc. Un peu confus. V

2, Ces idées sont, etc. C'est-à-dire qu'il y a de la folie dans les sages. T.

Celui qui voit1 avec un microscope aperçoit sans doute dans les choses plus de qualités; mais il ne les aperçoit point dans leur proportion naturelle avec la nature de l'homme, comme celui qui ne se sert que de ses yeux. Image des esprits subtils, il pénètre souvent trop loin : celui qui regarde naturellement les choses a le bon sens.

Le bon sens se forme d'un goût naturel pour la justesse et la médiocrité; c'est une qualité du caractère, plutôt encore que de l'esprit. Pour avoir beaucoup de bon sens, il faut être fait de manière que la raison domine sur le sentiment, l'expérience sur le raisonnement.

Le jugement va plus loin que le bon sens; mais ses principes sont plus variables.

De la profondeur.

La profondeur est le terme de la réflexion 2. Quiconque a l'esprit véritablement profond, doit avoir la force de fixer sa pensée fugitive, de la retenir sous ses yeux pour en considérer le fond, et de ramener à un point une longue chaîne d'idées : c'est à ceux princi palement qui ont cet esprit en partage, que la netteté et la justesse sont plus nécessaires. Quand ces avant

1 Celui qui voit, etc. Fin et vrai. V.

2. La profondeur, etc., c'est-à-dire ce qui suppose le plus de force à la réflexion. S.

tages leur manquent, leurs vues sont menées d'illusions et couvertes d'obscurités. Et néanmoins, comme de tels esprits voient toujours plus loin que les autres dans les choses de leur ressort, ils se croient aussi bien plus proches de la vérité que le reste des hommes; mais ceux-ci ne pouvrnt les suivre dans leurs sentiers ténébreux, ni reniontsr des conséquences jusqu'à la hauteur des principes, ils sont froids et dédaigneux pour cette sorte d'esprit qu'ils ne sauraient mesurer.

Et même entre les gens profonds, comme les uns le sont sur les choses du monde, et les autres dans les sciences, ou dans un art particulier, chacun préférant son objet dont il connaît mieux les usages, c'est aussi de tous les côtés matière de dissension.

Enfin, on remarque une jalousie encore plus particulière entre les esprits vifs et les esprits profonds, qui n'ont l'un qu'au défaut de l'autre; car les uns marchant plus vite, et les autres allant plus loin, ils ont la folie de vouloir entrer en concurrence, et ne trouvant point de mesure pour des choses si différentes, rien n'est capable de les rapprocher.

î)e la délicatesse, de la finesse, et de la force.

La délicatesse vient essentiellement de l'âme 1 : c'est une sensibilité doffc la coutume, plus ou moins hardie,

ii La délicatesse vient essentiellement de l'âme. La délicatesse est, ce me semble, finesse et grâce. V.

détermine aussi le degré 1. Des nations ont mis de la délicatesse où d'autres n'ont trouvé qu'une langueur sans grâce; celles-ci au contraire. Nous avons mis peut-être cette qualité à plus haut prix qu'aucun autre peuple de la terre : nous voulons donner beaucoup de choses à entendre sans les exprimer, et les présenter sous des images douces et voilées; nous avons confondu la délicatesse et la finesse, qui est une sorte de sagacité sur les choses de sentiment2. Cependant la nature sépare souvent des dons qu'elle a faits si divers : grand nombre d'esprits délicats ne sont que délic?is; beaucoup d'autres ne sont que fins ; on en voit même qui s'expriment avec plus de finesse qu'ils n'entendent, parce qu'ils ont plus de facilité à parler qu'à concevoir. Cette dernière singularité est remarquable ; la plupart des hommes sentent au delà de leurs faibles expressions; l'éloquence est peut-être le plus rare comme le plus gracieux de tous les dons.

La force vient aussi d'abord du sentiment, et se caractérise par le tour de l'expression ; mais quand la netteté et la justesse ne lui sont pas jointes, on est dur au lieu d'être fort , obscur au lieu d'être précis, etc.

i. C'est une sensibilité, etc. La coutume, les mœurs du pays qu'on ha bite, déterminent le degré de délicatesse et de sensibilité qu'on porte sur certaines choses, c'est-à-dire qu'elles forment en nous des habitudes qui rendent cette délicatesse plus ou moins sévère, cette sensibilité plus ou moins vive. V

?.. On n'a jamais dit que la finesse fût une sorte de sagacité sur les choses de sentiment. Cela ne pourrait se dire que de la délicatesse de l'âme. S.

De l'étendue de l'esprit

Rien ne sert au jugement et à la pénétration comme l'étendue de l'esprit. On peut la regarder, je crois, comme une disposition admirable des organes, qui nous donne d'embrasser beaucoup d'idées à la fois sans les confondre.

Un esprit étendu considère les êtres dans leurs rapports mutuels : il saisit d'un coup d'œil tous les rameaux des choses; il les réunit à leur source1 et dans un centre commun ; il les met sous un même point de vue. Enfin il répand la lumière sur de grands objets et sur une vaste surface.

On ne saurait avoir un grand génie sans avoir l'esprit étendu ; mais il est possible qu'on ait l'esprit étendu sans avoir du génie; car ce sont deux choses distinctes. Le génie est actif, fécond : l'esprit étendu, fort souvent, se borne à la spéculation ; il est froid, paresseux et timide.

Personne n'ignore que cette qualité dépend aussi beaucoup de l'âme, qui donne ordinairement à l'esprit •>s propres bornes, et le rétrécit ou l'étend, selon l'essor qu'elle-même se donne.

I . Métaphore incohérente : un rameau n'a pas de source, jjj.

Des saillies,

Le mot de saillie vient de sauter : avoir des saillies, c'est passer sans gradation d'une idée à une autre qui peut s'y allier : c'est saisir les rapports des choses les plus éloignées; ce qui demande sans doute de la vivacité et un esprit agile. Ces transitions soudaines et inattendues causent toujours une grande surprise : si elles se portent à quelque chose de plaisant, elles excitent à rire; si à quelque chose de profond, elles étonnent; si à quelque chose de grand, elles élèvent. Mais ceux qui ne sont pas capables de s'élever, ou de pénétrer d'un coup d'œil des rapports trop approfondis, n'admirent que ces rapports bizarres et sensibles que les gens du monde saisissent si bien. Et le philosophe, qui rapproche par de lumineuses sentences les vérités en apparence les plus séparées, réclame inutilement contre cette injustice : les hommes frivoles, qui ont besoin de temps pour suivre ces grandes démarches de la réflexion, sont dans une espèce d'impuissance de les admirer, attendu que l'admiration ne se donne qu'à la surprise, et vient rarement par degrés.

Les saillies tiennent en quelque sorte dans l'esprit le même rang que l'humeur peut avoir dans les passions l. Elles ne supposent pas nécessairement de

1. Les saillies tiennent, etc. Quel rang tient l'humeur entre les passions? est-elle une passion? Cette pensée peut expliquer V humour des Anglais. M. — L'humeur, comme la colère, est une passion momentanée qui ne mène à

grandes lumières, elles peignent le caractère de l'esprit. Ainsi ceux qui approfondissent vivement les choses, ont des saillies de réflexion; les gens d'une imagination heureuse, des saillies d'imagination; d'autres, des saillies de mémoire; les méchants, des méchancetés ; les gens gais, des choses plaisantes, etc.

Les gens du monde, qui font leur étude de ce qui peut plaire, ont porté plus loin que les autres ce genre d'esprit; mais parce qu'il est difficile aux hommes de ne pas outrer ce qui est bien, ils ont fait du plus naturel de tous les dons uu jargon plein d'affectation. L'envie de briller leur a fait abandonner par réflexion le vrai et le solide, pour courir sans cesse après les allusions et les jeux d'imagination les plus frivoles; il semble qu'ils soient convenus de ne plus rien dire de suivi, et de ne saisir dans les choses que ce qu'elles ont de plaisant, et leur surface. Cet esprit, qu'ils croient si aimable, est sans doute bien éloigné de la nature, qui se plaît à se reposer sur les sujets qu'elle embellit, et trouve la variété dans la fécondité de ses lumières, bien plus que dans la diversité de ses objets. Un agrément si faux et si superficiel est un art ennemi du cœur et de l'esprit1, qu'il resserre dans des bornes étroites;

rien, parce qu'elle n'a point de but déterminé. Est-ce en cela que Vauvenarguesla compare aux saillies, qui, le plus souvent, ne prouvent rien? ou bica l'humeur est-elle prise ici pour le caractère? De quelque manière qu'on veuille l'entendre, ce passage est difficile à expliquer. S.

I. Un agrément si faux, etc. L'auteur veut parler sans doute ici de cette habitude et de ce talent qu'ont les gens du monde de glacer tout sentiment par une plaisanterie, et de couper court à toute discussion par une saillie heureuse, fondée sur quelques frivoles rapports de mots. S.

un art qui ôte la vie de tous les discours en bannissant le sentiment qui en est l'âme, et qui rend les conversations du monde aussi ennuyeuses qu'insensées et ridicules.

Du goût.

Le goût est une aptitude à bien juger des objets de sentiment1. Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût; il faut avoir aussi de la pénétration, parce que c'est l'intelligence qui remue le sentiment. Ce que l'esprit ne pénètre qu'avec peine ne va pas souvent jusqu'au cœur, ou n'y fait qu'une impression faible; c'est là ce qui fait que les choses qu'on ne peut saisir d'un coup d'œil ne sont point du ressort du goût.

Le bon goût consiste dans un sentiment de la belle nature; ceux qui n'ont pas un esprit naturel ne peuvent avoir le goût juste.

Toute vérité peut entrer dans un livre de réflexion; mais, dans les ouvrages de goût 2, nous aimons que la vérité soit puisée dans la nature, nous ne voulons pas

1. Le goût, etc. Le goût ne porte-t-il pas aussi sur des objets qui ne soc: pas de sentiment, mais du simple ressort de l'esprit? M.

Par objets de sentiment, l'auteur entend les choses qui se sentent et ne kt raisonnent pas; il le dit lui-même. JB.

2. Mais dans les ouvrages de goût, etc. Qu'est-ce que les ouvrages âb goût? sont-ce les ouvrages dont le goût seul doit juger? Mais il y en a de plusieurs sortes : pourquoi ce qui n'est qu'ingénieux en doit-il être banu? Ce qui n'est qu'ingénieux n'est pas vrai, et ce qui n'est pas vrai n'est bon nulle part; et où est la vérité qui ne soit pas puisée dans la nature ? Toute celle pensée ne paraît pas nette. S.

500 VAU VENARGUES.

d'hypothèses; lout ce qui n'est qu'ingénieux est contre les règles du goût.

Comme il y a des degrés et des parties différentes dans l'esprit, il y en a de même dans le goût. Notre goût peut, je crois, s'étendre autant que notre intelligence; mais il est difficile qu'il passe au delà. Cependant ceux qui ont une sorte de talent se croient presque toujours un goût universel, ce qui les porte quelquefois jusqu'à juger des choses qui leur sont les plus étrangères. Mais cette présomption, qu'on pourrait supporter dans les hommes qui ont des talents, se remarque aussi parmi ceux qui raisonnent des talents, et qui ont une teinture superficielle des règles du goût, dont ils font des applications tout à fait extraordinaires. C'est dans les grandes villes, plus que dans les autres, qu'on peut observer ce que je dis; elles sont peuplées de ces hommes suffisants qui ont assez d'éducation et d'habitude du monde pour parler des choses qu'ils n'entendent point : aussi sont-elles le théâtre des plus impertinentes décisions; et c'est là que l'on verra mettre, à côté des meilleurs ouvrages, une fade compilation des traits les plus brillants de morale et de goût, mêlés à de vieilles chansons et à d'autres extravagance, avec un style si bourgeois et si ridicule, que cela fait mal au cœur.

Je crois que Ton peut dire, sans témérité, que le goût du plus grand nombre n'est pas juste : le cours déshonorant de tant d'ouvrages ridicules en est une preuve sensible. Ces écrits, il est vrai, ne se soutiennent pas; mais ceux qui les remplacent ne sont pas

formés sur un meilleur modèle : l'inconstance apparente du public ne tombe que sur les auteurs. Cela vient de ce que les choses ne font d'impression sur nous que selon la proportion qu'elles ont avec notre esprit; tout ce qui est hors de notre sphère nous échappe, le bas, le naïf, le sublime, etc.

Il est vrai que les habiles réforment nos jugements; mais ils ne peuvent changer notre goût, parce que l'âme a ses inclinations indépendantes de ses opinions; ce que l'on ne sent pas d'abord, on ne le sent que par degrés, comme Ton fait en jugeant l. De là vient qu'oc voit des ouvrages critiqués du peuple, qui ne lui on plaisent pas moins; car il ne les critique que par ré« flexion, et il les goûte par sentiment.

Que les jugements du public, épurés par le temps et par les maîtres, soient donc, si l'on veut, infaillibles; mais distinguons-les de son goût, qui paraît toujours récusable.

Je finis ces observations : on demande depuis longtemps s'il est possible de rendre raison des matières de sentiment; tous avouent que le sentiment ne peut se connaître que par expérience; mais il est donné aux habiles d'expliquer sans peine les causes cachées qui l'excitent. Cependant bien des gens de goût n'ont

I. Ce que Von ne sent pas d'abord, on ne le sent :ue par degrés, conwu l'on fait en jugeant. Il y a, je crois, beaucoup de gens capables de sentir par degrés, ou lorsqu'on les en avertit, des choses qu'ils n'avaient pas senties d'abord. Mais cela est vrai plutôt des beautés que des défauts. On n'est jamais choqué du défaut qui n'a point choqué d'abord; mais on peut, à force de réflexion, se transporter pour des beautés qu'on n'avait pas senties d'abord, parce qu'on n'avait pu en embi asser d'un coup d'œiilout le mérite. S,

pas celte facilité, et nombre de dissertateurs qui raisonnent à l'infini manquent du sentiment, qui est la base des justes notions sur le goût.

Du langage et de l'éloquence.

On peut dire en général de l'expression, qu'elle répond à la nature des idées, et par conséquent aux divers caractères de l'esprit.

Ce serait néanmoins une témérité de juger de tous les hommes par le langage. Il est rare peut-être de trouver une proportion exacte entre le don de penser et celui de s'exprimer. Les termes n'ont pas une liaison nécessaire avec les idées : on veut parler d'un homme qu'on connaît beaucoup, dont le caractère, la figure, le maintien, tout est présent à l'esprit, hors son nom qu'on veut nommer, et qu'on ne peut rappeler; de même de beaucoup de choses dont on a des idées fort nettes, mais que l'expression ne suit pas : de là vient que d'habiles gens manquent quelquefois de cette facilité à rendre leurs idées, que des hommes superficiels possèdent avec avantage.

La précision et la justesse du langage dépendent de la propriété des termes qu'on emploie.

La force ajoute à la justesse et à la brièveté ce qu'elle emprunte du sentiment : elle se caractérise d'ordinaire par le tour de l'expression.

La finesse emploie des termes qui laissent beaucoup à entendre.

La délicatesse cache sous le voile des paroles ce qu'il y a dans les choses de rebutant.

La noblesse a un air aisé, simple, précis, naturel.

Le sublime ajoute à la noblesse une force et une hauteur qui ébranlent l'esprit, qui l'étonnent et le jettent hors de lui-même; c'est l'expression la plus propre d'un sentimeni élevé, ou d'une grande et surprenante idée.

On ne peut sentir le sublime d'une idée dans une faible expression; mais la magnificence des paroles avec de faibles idées est proprement du phébus : le sublime veut des pensées élevées, avec des expressions et des tours qui en soient dignes.

L'éloquence embrasse tous les divers caractères de Télocution : peu d'ouvrages sont éloquents; mais on voit des traits d'éloquence semés dans plusieurs écrits.

Il y a une éloquence qui est dans les paroles, et qui consiste à rendre aisément et convenablement ce que Ton pense, de quelque nature qu'il soit : c'est là l'éloquence du monde. Il y en a une autre dans les idées mêmes et dans les sentiments, jointe à celle de l'exprès sion : c'est la véritable.

On voit aussi des hommes que le monde échauffe, et d'autres qu'il refroidit. Les premiers ont besoin de la présence des objets; les autres, d'être retirés et abandonnés à eux-mêmes : ceux-là sont éloquents dans leur conversation, ceux-ci dans leurs compositions.

Un peu d'imagination et de mémoire, un esprit facile, suffisent pour parler avec élégance; mais que de choses

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entrent dans l'éloquence! le raisonnement et le sentiment, le naïf et le pathétique, l'ordre et le désordre, la brce et la grâce, la douceur et la véhémence, etc.

Tout ce qu'on a jamais dit du prix de l'éloquence n'en est qu'une faible expression. Elle donne la vie à tout : dans les sciences, dans les affaires, dans la conversation, dans la composition, dans la recherche même des plaisirs, rien ne peut réussir sans elle. Elle se joue des passions des hommes, les émeut, les calme, les pousse, et les détermine à son gré : tout cède à sa voix; elle seule enfin est capable de se célébrer dignement.

De l'invention.

Les hommes ne sauraient créer le fond des choses; ils les modifient. Inventer n'est donc pas créer la matière de ses inventions, mais lui donner la forme. Un architecte ne fait pas le marbre qu'il emploie à un édifice, il le dispose; et l'idée de cette disposition, il l'emprunte encore de différents modèles qu'il fond dans son imagination, pour former un nouveau tout. De même un poëte ne crée pas les images de sa poésie; il les prend dans le sein de la nature, et les applique à différentes choses pour les figurer aux sens ; et encore le philosophe : il saisit une vérité souvent ignorée, mais qui existe éternellement, pour joindre à une autre vérité, et pour en former un principe. Ainsi se produisent en différents genres les chefs-d'œuvre de la réflexion et de

l'imagination. Tous ceux qui ont la vue assez bonne pour lire dans le sein de la nature, y découvrent, selon le caractère de leur esprit ou le fond et l'enchaînement des vérités que les hommes effleurent, ou l'heureux rapport des images avec les vérités qu'elles embellissent. Les esprits qui ne peuvent pénétrer jusqu'à cette source féconde, qui n'ont pas assez de force et de justesse pour lier leurs sensations et leurs idées, donnent des fantômes sans vie, et prouvent plus sensiblement que tous les philosophes, notre impuissance à créer.

Je ne blâme pas néanmoins ceux qui se servent de cette expression pour caractériser avec plus de force le don d'inventer. Ce que j'ai dit se borne à faire voir que la nature doit être le modèle de nos inventions, et que ceux qui la quittent ou la méconnaissent ne peuvent rien faire de bien.

Savoir après cela pourquoi les hommes quelquefois médiocres excellent à des inventions où des hommes plus éclairés ne peuvent atteindre, c'est là le secret du génie, que je vais tâcher d'expliquer.

Du génie et de l'esprit.

Je crois qu'il n'y a point de génie sans activité. Je crois que le génS dépend en grande partie de nos passions. Je crois qu'il se forme du concours de beaucoup de différentes qualités, et des convenances secrètes de nos inclinations avec nos lumières. Lorsque quelqu'une des conditions nécessaires manque, le gé-

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