‹ Réflexions suggérées par la lecture de l'ouvrage de M.A. Vinet sur la séparation de l'église etChapitre 2 sur 4 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LÀ SÉFAMTION DK L'ÉGUSI ET Dl L'ÉTAT.

Dans le courant de l'été, un ouvrage a paru, ayant pour titre : Essai sur la manifestation des convictions reti" gieuses et sur la séparation de V Eglise et de VElat^ envisagée comme conséqttence nécessaire et comme garantie du principe.

Son auteur est M. A. Vinet. Le mémoire qui a servi de base à ce travail fut couronné par la Société de la Morale chrétienne^ dans sa séance annuelle du 22 avril 1839. Mais il parait que l'auteur, sévère envers lui-même, ne jugea pas à propos de livrer son œuvre à l'impression, avant de lui avoir fait subir une refonte générale. Quoique les éloges sans réserve que

lui avaient décernés ses juges , ^ fiissent de nature à calmer ses scrupules à l'égard des imperfections de son livre, il a voulu employer trois années entières à refaire ce qui dès le principe avait été parfait, au jugement des auteurs du concours. Il faut ajouter , pour achever l'histoire abrégée de l'origine de cet ouvrage, que le concours sur la question de la manifestation des convictions religieuses, ouvert déjà en 1833, fut depuis lors prorogé d'année en année , jusqu'en 1839.

Or, voici maintenant que les partisans delà doctrine soutenue par l'auteur de l'Essai, plus impatients sans doute que l'auteur lui-même, expriment leur étonnement de ce que, dans l'espace de trois ou quatre mois, il n'ait encore paru aucune réftitation de l'ouvrage qu'ils proclament, en ce moment, comme le symbole de la doctrine et, en quelque sorte, comme te manifeste de l'école' nouvelle. Après avoir patiemment attendu depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre, ils viennent de publier qu'ils sont las de ce long silence. Prenant un air de triomphe, ils se hâtent de conclure de ce que personne n'a pris la plume pour réclamer, à ce que personne n'a rien à dire, et jetant défi sur défi, provocation sur provocation à leurs adversaires, ils leur déclarent formellement que, s'ils ne répondent vite et bien, ils les tien-

^ Rapport sur le concours relatif à la manifestatioD de la conviction religieuse (Semeur ^ T. VHl, n? 17).

drimt pour vaincus. ^ Viie^ c'est beaucoup exiger, etil nous semble que, <]uand on a si bien pris son temps pour écrire, Ton devrait au moins accorder le teitopis nécessaire pour lire : ce ne serait que justice. Bim^ c'est autre chose. Tout le monde n'a pas le talent de M. Vinet, et il y a peu de modestie, à notre avis, à tirer vanité de la réputation d'un homme, que l'on a le bonheur très^xtraordinaire, selon nous, de voir combattre sous l'étendard où l'on combat soi-même. Talent, d'ailleurs, n'a jamais été, que nous sachions, synonyme devérité. Ignore-lron, en effet, que les causes les moins bonnes ont eu quelquefois pour défenseurs les plus grands génies, comme aussi que de faibles talents ont concouru plus souvent encore à Êdre triompher des causes justes. Dans des questions de cette nature le bon sens pèse plus que la logique, rd[>servation calme est meilleure conseillère que l'amour des théories, et la conscience réfléchie de ce que l'on croit et de ce que l'on écrit donne une force et une assurance singulière, même en présence d'un talent éminent dont le nom seul serait propre à intimider de plus capables que nous.

Au reste, si l'auteur des quatre articles qui ont paru dans le Semmr, depuis le 28 septembre jusqu'au 19 octobre, désire savoir pourquoi, outre la raison essentielle qui vient d'être indiquée, ceux qui pen*sent autrement que lui sur le sujet en question ne

^ Semeur du 28septcmbre 18i2. Voyez aussi celui du 9 novembre.

se sont pas hâtés de prendre la plume pour combatlre les doctrines de M. Yinet, nous lui dirons naïvement notre pensée à cet égard; et il est probable que le sentiment qui noua a empêché de parler jusqu'à ce moment en a retenu d'autres. Il n'y avait pas, selon nous, péril en la demeure. L'écrit de M. Vinet est de nature à ne jamais devenir populaire. Le public qui pourrait le comprendre ne le lira pas; et le public qui aurait pu le lire ne le comprendra pas. Expliquonsnous : M. Vinet a eu évidenunenl en vue les penseurs, hommes d'état et hommes de lettres. Or, cette classe de personnes, en tout pays et en France surtout, a bien autre chose à faire que de s'occuper de résoudre la question ardue des rapports de F Eglise avec l'Etat. Quant au public religieux, il n'est pas en général à la hauteur de cette métaphysique, et pourtant c'est lui qu'avant tous les autres il aurait fallu chercher à convaincre et à gagner. Pour notre part, nous ne ferons pas difficulté d'avouer que nous n'avons pas compris pourquoi une question essentiellement simple de sa nature, et qui, si elle est vraie, doit être d'un intérêt général , avait eu besoin d'être traitée d'une manière si abstraite, si peu propre à la rendre accessible à la masse des intelligences. Là gît, sans aucun doute, l'une des causes principales du peu de sensation produit par l'apparition de V Essai sur la manifestation des convictions religieuses. Après l'avoir lu, on s'est regardé avec une sorte d'é-

tonnement, j'allais presque dire de stupeur. L'on s'est demandé : Mais, si ce principe est si lucide, si éclatant d'évidence et de vérité, pourquoi remonter si haut pour le prouver, pourquoi recourir à ce luxe de démonstrations et de syllogismes? Et puis on s'est ravisé et l'on s'est dit : Attendons; s'il devenait un jour nécessaire de répondre , on répondrait. Pour le moment, ce que nous avons à faire, c'est d'observer ce qui se passe, de prêter l'oreille à ce qui se dit, de nous rendre compte des destinées de l'ouvrage. Telle était la disposition d'esprit où nous étions nous-même; et nous tenons à déclarer ici qu'avant la provocation récemment faite par le journal cité plus haut, nous n'avions pas eu un seul instant la pensée de mettre la main à la plume pour prendre part à cette controverse. Mais, puisque l'on conclut, de notre silence, notre défaite, il n'est plus permis de rester muet; il faut parler; il faut si non faire un livre, du moins protester, en rompant un silence que l'amitié, le respect, la tristesse, sans parler du sentiment de notre insuffisance, nous faisaient presque un devoir de garder.

Commençons par user d'une entière franchise.

Disons que , dans notre conviction , la publication de l'ouvrage sur la nécessité de la séparation de l'Eglise et de l'Etat est un fait affligeant , nous dirions presque un malheur. Cette publication est fâcheuse d'abord, à cause du nom même de son auteur. M. Vi-

het a su s'aèquérîr, par '«on talent et par son caractère, une haute et vaste influence. Oh le cônsi- 'dére *à juste titre , noh-seulement conime un auteur trës-dîstingué, mais ehcbre comme un homme grave, modère, consciencieux, éloigné de tout esprit de sèéte, incapable de devenir homme 'de parti. En attachant son nom à la cause qu'il a embrassée , il *y' ralliera naturellement un nombre peut-être considérable de personnes pieuses qui , au lieu de penser elles-mêmes , trouveront plus commode qu'un autre pense à leur place, et aux yeiix de qui le sys- 'tème de V Essai sera regardé comme suffisamment prouvé, par cela seul qu'il porte la récommandadbh de àbn auteur. Comment admettue, dircmf- elles, qu'un 'homme de ce mérite ait erré sur uh sujet doht il fait, depuis de nombreuses années, l'ëb jet de àes méditations habituelles ? Comment croii^e iqu'il ait pu se laisser abuser, lui qui pèse avec tant de Soin toutes ses démarches? Le livre de Ta Manifestatalion des conniciions religieuses tire donc, nous ne saurions le nier, une forte présomption en sa faveur, de Fauteur même qui y a inscrit son nom ; et c'est ce que nous ne saurions trop déplorer. Justju'à Tap- 'pdrîtion sur la scène de ce nouvel avocat ou de ce nouvel athlète , la doctrine de la àéparation de l'Eglise et de l'Etat avait-elle grande chance de se faire jour dans hotre piiblic ét'd'bbtéiiir quelque attention de sa part? Quelques lignes écrites de temps en

temps sur ce sujet à Paris et en Suisse étaient-elles de nature à faire autorité et à commander la réflexion ? Aujourd'hui , si la cause n'est pas gagnée, elle est du moins mise à l'ordre du jour. Triomphezdonc, partisans de la séparation ! A défaut de raison et de popularité , votre système peut s'abriter sous le prestige d'un nom justement respecté dans les églises protestantes. C'est dans les circonstances actuelles le plus grand bonheur qui put vous arriver : vous vous en réjouissez ; nous nous eu affligeons sincèrement.

Ce qui nous fait regarder ensuite la publication de l'Essai comme une chose regrettable, c'est le manque d'opportunité de la question qu'il soulève. Avionsnous besoin, j'ose le demander, qu'au milieu d'un mouvement religieux qui à peine commençait à s'étendre. Ton vînt jeter, connue une pomme de discorde, une question irritante, propre uniquement à diviser les esprits ? Dans les tendances de l'époque, dans la marche, des esprits, dans les besoins des âmes, dans l'état de la société, dans les faits, dans l'ordre providentiel, y avait-il rien, absolument rien, qui en réclamât la solution ? A l'exception de la loi ecclésiastique du canton de Vaud * et de la révolu-

^ En lisant attentivement YEssai, Ton ne peut s'empêcher de reconnaître que, tandis qu'il tenait la plume, Tauteur assistait au spectacle d'une triste lutte entre le pouvoir civil et l'Eglise, lutte qui l'a profondément impressionné et vivement peiné. On se de-

— u — tion de Genève, événements postérieurs Tun et l'autre à Touverture du concours de la Société de la Morale chrétienne, peut-on citer un fait, un seul fait, soit en France, soit en Allemagne, qui put donner à penser à qui que ce soit qu'il y eût devoir impérieux pour lui de hâter Tépoque de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ? * N'avions-nous pas assez affaire de prêcher l'Evangile, de travailler à la conversion des âmes, de soutenir nos institutions chrétiennes naissantes, d'affermir sur leurs bases nos sociétés religieuses à

mande si, dans d'autres circonstances et dans un autre pays> M. Vinet aurait écrit un livre pareil ou même semblable. Il est permis d'en douter.

1 n y a peu de temps qu'un fait grave s'est accompli, celui de la séparation de l'Eglise d*Ecosse. Cet événement a fait pousser un cri de jubilation sur le continent, au sein de la dissidence; rien de plus naturel. Les amis de la séparation y ont vu la réalisation de leurs prévisions et le signal de la ruine future de toutes les églises nationales. Mais ce que l'on n'a peut-être pas suffisamment expliqué au public, et ce qui, pourtant, est d'une haute importance, c'est que les hommes qui se sont placés à la tête de ce mouvement ecclésiastique, le docteur Ghalmen entre autres, sont de fervents et décidés champions du principe de l'union de l'Eglise et de TEtat, et qu'en se séparant ils ont déclaré ne céder qu'à la nécessité des circonstances, sans abandonner, même pour un instant, un principe qui leur est cher. Une autre chose ensuite qu'il aurait fallu remarquer, est que c'est sous le régime et l'influence de l'union que l'Eglise d'Ecosse a acquis la piété , la vie et le dévouement qu'on lui reconnaît , et dont on la loue aujourd'hui. On a vu comme elle a prospéré sous lempire de cette union, que l'on regarde comme destructive de toute vie spirituelle. La séparation a encore ses preuves à fournir sous ce rapport, et il est permis de douter que TEglisé d'Ecosse ait quelque chose à gagner à la position nouvelle qu'elle a prise. — Octobre 1843.

peine assises, d'étendre et de consolider le réveil de la piété, sans que Ton vint nous sommei" de prendre parti sur une question pour laquelle nous ne sommes mûrs, à l'heure qu'il est, ni chrétiennement, ni ecclésiastiquement, ni socialement ? Si les appels pressants de M. Vinet sont entendus, quel sera le résultat de ses efforts ? Que des chrétiens faibles, que des gens du monde peut-être , vont se passionner pour une belle théorie, et que nous aurons des hommes de parti, qui croiront de tout leur cœur au prétendu dogme de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, avant d'avoir la plus légère connaissance expérimentale et salutaire de la religion de Jésus-Christ. Ceci n'est point une vaine supposition. C'est une hypothèse qui est dans l'ordre des choses possibles. Qu'y aurait-il d'étonnant, en effet, qu'un de nos hommes d'Etat influent, capable, esprit logique, vigoureux, inflexible, se mît à prendre au sérieux la thèse soutenue par M. Vinet? Frappé de certaines déductions très-bien amenées , ravi par l'enchaînement assez serré des propositions d'un syllogisme, il trouve que rien n'est plus simple ni plus naturel, que de trancher deux pouvoirs incompatibles, le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. La séparation de l'Eglise et de l'Etat serait d'ailleurs une si belle économie à faire au budget des cultes. Quarante millions de francs de moins dépensés tous les ans pour des églises qui peuvent parfaitement bien vivre et se soutenir sans

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cette aUocadon... Il ne vaut certes pas la p^uaçde se priver du plaisir d'en faire la proposition à la chambre. Sans plus tarder, il se met à l'œuvre ; il parle, il agit, il intrigue, il pérore, il entraine ses amis, il subjugue ses collègues, et la séparation de l'Eglise et de l'Etat est décidée. A dater du 1®' Janvier 1844 ou 1845, il est arrêté que l'Etat ne salariera plus les cultes. Vous représentez-vous la situation de la France sous un pareil régime ? Les temples qui se ferment, les troupeaux qui se dispersent, les pasteurs qui rentrent dans la vie civile, le culte qui s'abtme et qui disparait. cEt quel mal, après tout voyez-vous à cela, nous

> direz vous peut-être ? Au lieu d'un grand nombre 1» de pasteurs mercenaires, nous aurcms un petit

> noD[ibre de pasteurs fidèles ; au lieu de beaucoup * d'églises formalistes, hypocrites, nous aurons » quelques congrégations vivantes., qui, seront une ]» réalité. On ne jouera plus la comédie, et tout ren- » trera dans le vrai. » Bon Dieu ! qu'avez-vous dit? Ne s'agit-il ici que de murs et de fonctionnaires publics ? Est-ce ici seulement une question de chiffres et de finances ? Une position et des salaires sont-ils uniquement ici en cause? Ah! si toute la question se réduirait à conserver à quelques pasteurs des émoluments, qui leur aidassent à subsister eux et leurs familles, nous ne songerions pas un instant à élever la voix en leur faveur. Il s'agit de bien autre chose ; il s'agit du salut de milliers d'âmes, quQ pour

l'amour d'une utopie, vous allez risquer de priver de ces temples où elles pouvaient entendre la Parole de vie, de ces pasteurs qui les auraient guidées dans la voie du ciel, de ce culte religieux qui, alors même qu'il n'est pas toujours tout ce qu'il pourrait être, tout ce qu'il devrait être, demeure pourtant encore une école de piété et de moralité. Détruisez tout cela et nous ne tarderons pas à rentrer dans le paganisme, qui se hâtera de renaître et de se reformer sur les ruines que vous aurez faites. O logique impitoyable, à quelles tristes conséquences ne conduis-tu pas ! ^ Il y a toujours un grand danger à précipiter la marche des événements. En Angleterre, la dissidence est née de la force des choses. Quand l'Eglise dominante y est devenue persécutrice, et a attenté à la liberté de conscience, les fidèles se sentant blessés dans leurs droits se sont levés et ont secoué le joug qui les opprimait. Là, comme en Amérique, les événements ont précédé la théorie; la théorie n'est ve«nue qu'après les événements. Dieu avait fait son œuvre ; les hommes pouvaient peut-être se croire autorisés à faire la leur. La vie était là ; il ne s'agissait plus que de la recueillir, ou plutôt que de lui

^ Nous ne nous étions pas tout à fait trompé. Au mois de juin dernier, à propos du budget des cultes, M« Isambert a proposé trèS' sérieusement à la chambre des députés de séparer l'Ëglise de l'Etat. ( Semeur, N^du 21 juin 1843. ) M. de Lamartine parait vouloir s'avancer dans cette voie plus loin que M" Isambert. Attendons» nous verrons ce qui en adviendra. ( Novembre 1843. )

laisser se creuser à elle-même son lit ou se choisir sa forme. Les éléments de la séparation étaient nombreux, puissants ; ils n'ont pas eu de peine à se constituer et à ^'organiser. * En est-il de même chez nous ? Qui oserait le prétendre ? Ah ! l'on assume une terrible responsabilité, quand, impatient du gouvernement divin, Ton s'érige soi-même en Providence, et quand au moyen de systèmes, qui peuvent paraître conséquents, mais qui n'ont pas reçu encore le contrôle de l'expérience, l'on n'aspire, dirait-on, qu'à tout ébranler, sans s'être assuré que l'on possède les matériaux nécessaires pour relever l'édifice, que l'on a renversé sur le sol .

Nous parlons de ruines ; en effet, c'est à des ruines qu'aboutit tout le système : nouvelle raison à nos yeux pour protester de toutes nos forces contre un ouvrage qui renferme des principes que nous n'hésitons pas d'appeler absolus, radicaux. Si l'auteur s'était borné à énumérer les avantages de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et à établir une comparaison entre l'ordre de choses actuel et une situation différente que le temps et les événements pourraient peut-être amener, qui aurait songé à s'en étonner et à l'en blâmer ? Personne , à notre connaissance, même parmi les plus chauds amis de l'union de l'Eglise et de l'Etat , ne prétend que cette union soit sans inconvénients et sans dangers ; per-

1 Cesi le cas aujourd'hui en Ecosse.

sonne , non plus , parmi les adversaires les plus décidés de rindépendance totale des Eglises, n'est assez injuste pour ne pas reconnaître les avantages réels d'une séparation qui, suivant les temps et suivant les lieux, peut devenir un bien plutôt qu'un miàl.* Mais ce n'est point sur le terrain du doute philosophique , de l'observation calme et impartiale ' qiie s'est placé l'auteur de l'ouvrage que nous combat*^ tons. Selon lui, la séparation complète de l'Etat est pour les Eglises la seule condition rationnelle , vraie, normale, chrétienne; l'union est un mensonge en soi , une hérésie en doctrine , un adultère en morale , un sacrilège de la part de l'Etat , une monstruosité sans nom, pour tout dire, en un mot. Nous n'exagérons rien ; toutes ces expressions , ou à peu près, se lisent dans Y Essai. Si nous en croyons M. Vinet, le système absurde et corrupteur de l'union de l'Eglise et de l'Etat a assez longtemps pesé comme un fléau sur la chrétienté ; il est temps d'y mettre un terme. Le devoir de tout véritable ami dtt christianisme est d'entreprendre la sape et de travailler au renversement d'un édifice vermoulu et ruineux^ ' d'une institution viciée et démoralisante. A Pœtivre" donc, chrétiens fidèles, vous ne sauriez mieux mériter'

1 Nous ayons fait nous-méme ces concessions : Adresse fralerneile aux chrétiens dissidents, etc. , p . 1 et 39. Peuir être aujourd'hui les ferions-nous moins grandes. L'expérience et Tobservation ap* prennent beaucoup de choses.

de la société et de VEglise qu'en les scindant en deux parts. C'est ici affaire de foi, œuvre morale. Point d'accommodation ; point de transaction ni de transition; séparation absolue; séparation immédiate : telles sont les conclusions de Fauteur ; et comme il y a quelques années les dissidents érigeaient en dogme la nécessité de sortir des Eglises établies et faisaient peser sur les consciences un crime nouveau, celui de demeurer dans les Eglises nationales, de même aujourd'hui M. Vinet a transformé son système en article de foi , et au nom de ce système, qui est à ses yeux la vérité absolue , il somme les consciences de se décider pour la séparation. Qui le croirait? Cet écrivain si doux, si réservé, si respectueux pour la conscience individuelle , qui , dans ses discours , expose plus qu'il ne prêche, explique plus qu'il n'applique la vérité , et qui, alors même qu'il marche appuyé sur les grandes et étemelles vérités du christianisme , ose à peine, dirait-on, faire appel aux consciences et inviter les pécheurs à se convertir, est devenu tout-à-coup ardent, pressant, incisif, véhément. « Hommes pieux, s'écriet-il , hommes fidèles I secouez ce système qui vous berce dans des rêves funestes , ouvrez enfin les yeux ; ne soyez pas du parti de votre ennemi ; reconnaissez que votre adhésion à ce système corrupteur est une suggestion de la chair; préférez un état précaire, préférez tous les périls à cette sécurité

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