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Toyant Tiasistaiice que l'on met, depuis qadiqpM& mmées, à séparer , autrement que Dieu ne le veui, «'est-à-dire, par la vie, le monde et l'Eglise, la«ociété et la famille de Jésus-Christ, nous nous sommes quelquefois représenté ces manières de grands seigneurs qui , pouvant prendre ou tirer tout à l^ar aise, dans des panes fermés, des oiseaux deac^le race, préfèrent les làdier daas les bois pour se donner le plaisir de leur faire la dhasse, au risque de les voir leur échapper et ne plus revenir.
L'auteur de V Essai sur la séparatîmn ée VEgli$e tt de VEiat a consacré un chapitre à l'exafaai des principes du dhiristiantsme sur la matière. A notre avis, il ne pouvait pas faire moins. L'on s'étonne tnéme qu'au lieu de se trouver presque à la fin de Toutts^, ce chapitre ne soit pas le premier du volume^ Avajut d'exposer une théorie qui, au dire deu(^e auteur, se >Ue si intimement au christiaiMsnpLe , il convenait peatétreide se poser àsoi-mème^diès le début, la que^ion suivante : qu'enseigne sur ce sujet la parole de Dieu ? Car lorsqu'on ne s'enquîert du du*istianisme qu'après que le système est déjà construit, il es* assez à craindre que la révélation n'arrive qu'après coup, seulement pour approuver ou sanctionner des théories regardées déjà comme indubitables. Quoi qu'il en ^oit , le titre seul du chapitre en question fait éprouver un sentiment particulier de bien-être ; avant même d'^n connsutre et d'en soupçoener le
contenu » on languit d'y arrivear» L'^esi^rit, trop constamment tendu par la dialectique de Tauteur, demande quelque repos ou du moins quelque diversion. Il espère trouver là quelque source rafraîchissante et pure propre à le désaltérer de la soif qu'il a contractée en traversant un désert par fois assez sec et aride. Attente vaine! cruel mécompte! Ce chapitre où l'on a besoin , où l'on serait si heureux d'entendre entîn les enseignements de Jésus- Christ , est encore, est toujours de la métaphysique. Voulez-vous que je vous en doime le résumé ? Le voici en deux mots : Le dbuHistianisme proclame le principe de l'individualité ; donc point de religion cqIlective, point de christianisme social, point d'union de l'Eglise et de l'Etat. Véritablement , l'on dirait une pensée fixe, qui n'admet pas même, pour un moment, une idée de rechange. Le christianisme est la religion de l'individu.; soit. Mais n'est-il pas aussi celle deThumanité ? Il consacre le principe de l'individualité ; d'accord. Mais défend-il pour cela l'association? Il veut que l'homme se forme lui-même ses convictions ; rien de plus vrai. Mais interdit-il, sous ce rapport , qu'on lui vienne en aide ? Il exige que l'on respecte le sanctuaire inviolable de la conscience; qui le nie ?.Mais ne prêche-t-il pas en même temps la charité çt n'ordonne-t-^il pas d'être bienveillanst , et d'user de condescendance, de support et de patience enYws4ou6? Ne iious fait41.p9S un dç¥oir^ 'aller, au
devant des pécheurs qui s'égarent , de leur tendre les bras , de les ramener dans les sentiers de la vérité? Nous commande-t-il de repousser, d'exclure ceux qui ont un sentiment contraire ? N'inspire-t-il pas le besoin de l'association , et , par son esprit comme par son but, né tend-il pas à rapprocher les hommes et à les unir, à changer les mœurs et à perfectionner les institutions ? Or tout cela se fera-t-il , pourra-t-il se faire, quand vous aurez trié et parqué, comme en des camps retranchés, entourés de fossés infranchissables , les fidèles et les infidèles , FEglise et le monde ? D'ailleurs toute la question n'est pas là. Non-seulement vous ne l'avez pas embrassée dans toute son étendue, mais vous ne l'avez pas même examinée sous ses points de vue principaux. Dans l'Ancien-Testament , ces belles prophéties qui nous annoncent que le jour vient où les rois seront les nourriciers de V Eglise et les princesses leurs femmes ses nourrices ; que les rois de Tarsis et des îles lui présenteront des donSy que ce^ix de Schéba et de Séba lui apporteront des présents ; qu^ la terre entière sera remplie de la connaissance de V Eternel comme le fond de la mer resl des eaux qui le couvrent^ et tant d'autres prédictions que nous ne citons pas ; dans le Nouveau-Testament, ces paraboles nombreuses, du filet, qui ramasse toutes sortes de choses^ dont le triage ne doit se faire qu'à la fin du monde ; du champ, dont le maître interdit à ses serviteurs de cueillir l'ivraie avant l'époque de la moisson; du
festin des noces, où le roi ordonne d'amener tous ceux que ses messagers trouveront dans les chemins et dans les carrefours , et toutes les autres similitudes qui ont du rapport avec celles que nous venons de rappeler ; dans les Evangiles et dans les Epitres des apôtres, cette grande et sublime idée d'un royaume des cieux, qui , prenant son origine sur la terre, est destiné, par son fondateur, à s'y étendre, à s'y enraciner , à y tout absorber , ennoblir , purifier ; toutes ces choses divines , et tant d'autres que nous pourrions commenter, développer, si nous faisions un livre.. , vous les passez sous silence; vous n'en dites mot, vous n'y faites pas même allusion, et vous prétendez que vous avez examiné les principes du christianisme sur la question qui nous occupe?... amour des systèmes, quel épais bandeau n'étends-tu pas sur les yeux les plus clairvoyants et les plus pénétrants ! Soyons assez franc pour le reconnaître : la Bible , dans aucune de ses déclarations, ne s'explique d'une manière claire et positive , sur le sujet de la séparation ou sur la question de l'union de l'Eglise et de l'Etat. Elle ne pose aucun article de foi à cet égard ; elle se tait sur cette matière. Tout ce que l'on en peut conclure, pour ou contre l'une et l'autre théorie, c'est par voie d'induction. Les inductions, selon nous, sont plus favorables au système de l'union qu'à la théorie de la séparation. Mais quand il serait vrai , ce que nous voulons bien accorder pour im moment, que la
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Parole de Dieu appuie celle-cî aussi bien qiie celui-là, toujours demeureraît-il certain que la séparation de FEglise et de l'Etat ne peut être déduite de ses enseignemens que par un procédé rationnel , par la voie du raisonnement. Or, nous le demandons , le résultat d'une suite de propositions plus ou moins étroitement liées l'une à l'autre et rattachées à un principe qui, lui-même, est contestable, est-il , peut-il être un dogme ? Et pourtant c'est un dogme qu'on nous prêche, quand on nous prêche la séparation de l'Eglise et de l'Etat , car l'on nous somme d'y croire en faisant appel à notre conscience, et l'on nous déclare que nous ne sommes qu'à moitié chrétiens , si nous ne nous convertissons pas à la doctrine. Où en sommes-nous, grand Dieu ! et où nous veut-on mener? Au dix-neuvième siècle , au sein du protestantisme, la raison humaine s'arrogeant le droit d'inventer de nouveaux dogmes et de les imposer à l'Eglise ! L'eûton jamais cru? * Le rationalisme qui renverse des dogmes antiques et vénérables est dangereux sans doute ; mais un système qui tendrait à en créer de nouveaux l'est-il moins?
On nous vante l'indépendance totale des Eglises, comme éminemment favorable à l'exercice de la liberté religieuse. A entendre les partisans du sys-
1 Voy. plus haut, p. 20 sv ., et p. 39 1 de V Essai, où Ton trouve cette phrase : Quiconque ne partage pas sur ce point noire conviction , ne comprend bien ni Vhomme ni le christianisme.
tème de la sépatration^ l'on dirait qu'en tout pays où les Eglises reçoivent un salaire de l'Etat, elles se trouvent dans le plus déplorable esclavage. En est-il réellement ainsi ? Ne parlons ici que de la France. * Nous accordons que nous avons à demander et à obtenir beaucoup de libertés que nous n'avons point encore et que nos rapports avec l'Etat ne sont pas tout ce qu'ils devraient être ; mais sont-ils décidément mauvais et ne sont-ils susceptibles d'aucune amélioration? L'Etat qui subvient chez nous à l'entretien du culte protestant est- il effectivement le despote de ce culte qu'il protège? Les pasteurs, en leur qualité de pasteurs, les fidèles, en leur qualité de fidèles, n'y jouissent-ils pas de la liberté de travailler à l'avancement du règne de Dieu ? En quoi leur action est-elle réellement gênée, en quoi leur zèle est-il véritablement paralysé? Sans doute l'Elat ne fait pas tout ce qu'il est possible de faire. Mais là où son concours fait défaut, la piété des chrétiens n'y supplée-t-elle pas ? Voyez ces nombreuses Sociétés et Institutions religieuses, qui , depuis vingt ans, ont pris naissance et grandis-
^ Le liAD qui unit l'Eglise à TEtat en France est, sans contredit, moins étroit que celui qui rattache TEgiise anglicane au gouvernement anglais. Cependant la liberté religieuse est beaucoup plus étendue en Angleterre qu'en France, d'où il est facile de conclure que les causes qui retardent encore en France les progrès de la liberté religieuse ne doivent pas être toutes cherchées dans Tunion de l'Eglise et de l'Etat. La liberté religieuse en Angleterre, où pourtant il y a une Eglise d'Etat, est aussi illimitée qu'aux Etats- Unis, où il n'y en a point.
sent au sein de nos Eglises où elles ont ranimé la TÎe et fécondé la piété ? Tout à la fois enfants et auxiliaires de l'Institution nationale, ont-elles jamais été sérieusement entravées dans leur marche? Déclarons-le , car c'est notre intime conviction : l'action évangélique est aussi libre, aussi grande et, dans tous les cas, plus étendue, dans les Ëglises unies à l'Etat, que dans les Eglises séparées de l'Etat. Ajoutons que l'indépendance du caractère pastoral et la dignité du ministère évangélique y sont incomparablement plus grandes et mieux respectées. Sur ce sujet nous nous expliquerons d'autant plus librement, que nous faisons complètement abstraction de nous-mème et de toute position qui nous ait été personnelle.
Il y aura toujours, quoi qu'on fasse, un j)ouvoir dans l'Eglise ou au-dessus de l'Eglise. Si ce n'est un pouvoir éloigné , comme celui de l'Etat , ce sera un pouvoir prochain, comme celui de l'aristocratie religieuse. Vous redoutez le salaire de l'Etat, parce que, à ce salaire, vous voyez attachée la servitude de l'Eglise. S'il en est ainsi, pourquoi ne repoussez-vous pas, parla même raison, le salaire des chrétiens riches, actifs, influents, qui ne mettront non plus leur fortune et leurs capacités au service de l'Eglise , qu'à la condition de lui imposer leur individualité propre ? Toutes choses égales, mieux vaut, selon nous, le pouvoir éloigné que le pouvoir prochain ; le pouvoir qui agit d'après des principes fixes , que celui
qui se dirige trop souvent d'après des vues personnelles et qui subit des influences de famille ou de coterie ; le pouvoir qui salarie, mais qui laisse agir, que le pouvoir qui salarie aussi, mais à qui il est facile de se laisser aUer à la tentation de contrôler de trop près le ministère qu'il subventionne ; mieux vaut, en un mot, le pouvoir des rois vraiment rois, que le pouvoir de ceux qui se sont faits rois de leur propre et privé chef. M. Vinet, qui est avant tout homme de lettres et de cabinet , parle de ces choses tout à son aise. Quand il les aura vues de plus près, il modifiera peut-être ses opinions. A cet égard , il aurait peutêtre un temps d'épreuve à subir ; nous lui conseillons de tenter cette expérience. Si, après avoir considéré la pratique du système , il écrit encore le livre qu'il vient de publier, nous ne promettons ni de croire en lui , ni de nous convertir à son opinion ; mais à nos yeux sa parole aura plus d'autorité , et nous l'écouterons avec plus de confiance. Il parait au reste s'être douté de ce que nous venons de dire, car il a écrit quelque part ces mots assez significatifs : c J'ac-
* corde que les églises nationales sont plus favo-
» râbles, dans nos temps du moins, aux idées générales » et modérées. Il y a, dans un certain sens, plus de
* liberté dans les églises de cette espèce. > * Ailleurs :
* Nous voulons croire que le contrôle injurieux de la
i, p. 372 et 373.
Ji {mH dM bïques a roai)^u, en plus d'un lieu, rëqui- > libre qui kloit exister &\tx^ réletnent laïque et l'ële- » Bieiit clérical. • ^ Dans uu autre eudroit : c Malheur » à celui qui ne voit dans la liberté qU'uu moyen d'op* » primer la liberté d'autrui; malheur à celui tjui * n'aime que sa liberté. > ' De pareils aveux lie sont pas sans valeur, et nous nous empres&ons de lies enregistrer.
Noue savoi28 , pour l'avoir vu et entendu , que des hmnknes éminebts , dont M» Vinet estime aussi bien que noua la haute raison et le noble caractère , mi éptonvé une réelle douleur de Tapparitton de l'ouvrage que nous avoua ara devoir combattre ; ils ont vu i dans son autettr , un homme qui a l'ak* de se )ouër âlvec le raisonnement^ et de se faire une gymnastique de sa propre pensée ; ils n'ont pu se ditôinmltf que ce pénible travail, qui pOrte i^m visiblement la trace des ingrats labeurs qu'il a coûtés , d^otitit en définitive au radibalisme en politique, ' au
i tbM. )^. SOI.
' Au point de vue de M. Vinet, l'on dirait que TEtat est un être «lAéc, taiatérlet , ibàtéHatlstë, i^atureHeà^eht «tfÀiërifil de là vérité, hostile au christianisqie^ dont le seul contaet souilla et coin|)f omet, et avec qui les chrétiens doivent bien se garder d'avoir le moindre TâppôH, ^hoilnme de pécli^, rànteébHBl« (yotir totit dire en u)i i[Aot. Lea coqsé^eiAK^ du systènia» telles que M. *** les a formulées dans le Semeur^ et il nous assure que M. Vinet ne recule pas devant elles, sont 1° le renversement des universités; i^ l'abolition du serment ; 3® robligation du semoQ mâitair^ |Kmr les
sëparatisaie en Aiit d'Eglise ; ih^ se sont étonné» qu'un esprit aussi élevé , une âme natureWeraent si nobte, un cœur si profondément chrétien, ait pu prendre une voie si contraire à ses antécédents pa€ifi(pies, à ses vues larges, à son caractère connu et jusiemeni; honoré par sa modération ; ik» s^ sont effrayés enfiu de la terf ible leçon donnée par la publication de Y Essaie sur les excentricités où peut entraîner Fesprit de système, même chez un homme d'une trempe d'àme aussi forte et d'une capacité aussi grande. Pour noua qai , en cherchant à réAiter les idées de l'auteur , n'avons pas cessé un instant de souffrir de la pensée que nous blessious peut-être le cœur dq l'aini sincè^ rement affectionné, nous n'avons pas besoin d^assu^ rer que nous avons dû faire un oontinuel effort sur nan^^mème popjr lui dire les choses que nous lui avons dites 9 el pour les lui dire devant le public ; mais ili y avait devoir pour nous â'élevep la. voiai% Chacun se taisant, il nous a bien fallu nous résoudre à parler ; surtout quand, nous prenant à partie, on ne nous laissait pas la liberté de garder le silence* *
pa^teurs« et la suppression des fonctions d'aumôniers dans les prt-r sonsiiBt les hospices, et de l'enaeignemeint religieux, d^ps lesécples* YOY, Semeuf, 19 octobre; Essaie p. 449, note IV.
* Depuis que notre travail est adievé, nous avon$ reçu la réponae de M. le pasteur Bauty à M. Vinet, sous ie titre de : L'Union é$ V Eglise el de l'Elal etwisagée comiAe inévitable. Si nous en avions eo connaissance avant de commencer cet opuscule, il est probable que nous nous serions abstenu d'écrire, tant i)if a d^fftfspn et
Hâtons-nous d'ajouter que nous ne nous proposons pas de continuer cette controverse. La vie est trop courte et trop précieuse pour la gaspiller dans des discussions de cette nature. C'est dire que nous ne sommes de l'avis ni de M. ***, qui a avancé , avec un sérieux qui fait presque sourire, qu'il n'est pas dema" iièrt plus grave que celle dont s' est occupé M. Vinet, * ni de M. Vinet lui-même, qui a eu le courage d'écrire quun doute sur la vérité ^ dont il a osé prendre la défense^ impli^ guai^, dans son esprit ^ un doute sur la vérité même du christianisme. * Ce sont évidemment là des exagérations; ces messieurs ne croient probablement pas eux-mêmes que tout le monde puisse les prendre au sérieux. Non, non, le sujet principal de Y Essai n'est ni important en soi , ni urgent à éclaircir dans les circonstances actuelles. Il faudrait donc, pour nous engager à reprendre la plume, des raisons singulièrement impérieuses. La Providence peut sans doute amener,
de modération dans la brochure du pasteur de Moudon. Mais le point de vue où nous nous sommes placés Tun et Tautre pour juger l'ouvrage de M. Vinet n'étant pas le même, cette considération nous a déterminé à publier notre propre travail. D'ailleurs, si nous sommes bien informé, on attendait en Suisse quelques lignes venant de la France. — Depuis l'apparition de la réponse de M. Bouty, le journal ï Espérance a publié une suite d'articles trés-solidement pensés, mais dont la forme, un peu trop germanique, a voilé peut-être le mérite intrinsèque aux yeux des lecteurs français. Ces articles ont été ensuite reproduits en une brochure intitulée : L'Eglise et T Etat, à propos de l'ouvrage de M. Vinot» Octobre 1843. 1 Semeur, p. 330.
Essai, p. âOS.
dans Favenir, la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Elle peut cela comme elle peut toute autre chose; mais rien ne nous annonce que nous touchions à cette époque, en France surtout. Tout nous porte à croire, au contraire, que nous en sommes passablement éloignés, et nous voudrions voir les hommes distingués et honorables, qui ont prêté à cette théorie spécieuse l'appui de leur talent et de leur caractère, employer à des questions plus urgentes et plus vitales les beaux dons qu'ils ont reçus. Que l'on nous permette de terminer par l'expression de ce vœu très-sincère.
45 novembre 1842.