‹ Réflexions ... sur l'anatomie appliquée à la peintureChapitre 1 sur 4 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

H. KÜHNHOLTZ,

Bibliothécaire et Prdfosseur-Agrégé de la Faculté de Médecine de Montpellier, Correspondant de l’Académie Royale de Médecine , etc.

Montpellier

Louis CASTEL , Libraire , Grand’- Rue 32.

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a traduction de Fopuscule de M. Floriano Caldani qu’on va lire , était faite depuis long-temps , mais des travaux d’une plus haute importance et qui*avaient exclusivement absorbé mon attention l’avaient plongée dans l’oubli. Il n’a fallu rien moins qu’un clas-* sement général de notes , de réflexions et d'extraits divers , accumulés dans des cartons depuis un bon nombre d’années , pour que la version française de cet intéressant écrit italien ait pu repasser par mes mains et retomber sous mes yeux.

En relisant avec soin ma traduction , je Fai trouvée assez fidèle pour que ceux de mes Compatriotes qui seraient restés étrangers au suave langage de Pétrarque, du Dante et du Tasse, pussent participer à ce qu’il y avait de réellement utile dans l’original. Le motif qui m’avait d’abord déterminé

à traduire ne diffère donc en rien de celui qui me fait aujourd’hui publier.

Je profiterai de l’occasion pour mettre sous les yeux de mes Lecteurs quelques Réflexions sur V Anatomie et la Physiologie appliquées aux Beaux-Arts, qui ailleurs qu’ici eussent été peut-être moins bien placées.

I. Si le Peintre ou le Sculpteur ne sont point Anatomistes et Physiologistes, du moins en ce qui concerne les rapports, les points de contact, assez multipliés, de la Peinture et de la Sculpture avec l’Anatomie et la Physiologie , il est presque impossible qu’ils n’estropient pas très-souvent les œuvres que produiront le pinceau de l’un et le ciseau de l’autre.

II. Les seules dimensions et la fidélité des formes extérieures selon les âges, les sexes et les professions, rendent déjà cet ordire de connaissances absolument indispensable à l’Artiste qui a su se faire une juste idée de l’étendue de ses devoirs, alors qu’il veut conserver à sa profession l’utilité , la considération et la noblesse dont elle est susceptible.

4° Les enfants ne sont de petits hommes et les hommes de grands enfants qu’au figuré et dans certaines circonstances exceptionnelles : rien ne serait plus inexact que de prendre ces deux assertions au sens direct , ou au pied de la lettre, même au seul point de vue matériellement graphique. Les

dimensions proportionnelles de la tête, du tronc et des membres sont fort différentes chez l'Enfant et chez l’Adulte , quoique tous les Peintres et tous les Sculpteurs ne l’aient point su aussi bien que Duquesnoy dit Flamand, dont les Enfants, dessinés ou sculptés n’importe, sont constamment reproduits par l’Art d’une manière admirable (1).

2° Les formes extérieures sont assez nettement accusées selon les sexes; elles caractérisent respectivement assez bien l’Homme et la Femme pour qu’il soit aisé de les reconnaître , alors même qu’ils sont l’un et l’autre travestis, quoiqu’ils aient en outre pris les précautions nécessaires pour dissimuler, autant que possible, les contours les plus susceptibles de les trahir.

11 existe à cela des exceptions sans doute : loin de les nier, je les reconnais et je les accepte; mais ici , comme en tant d’autres circonstances , les exceptions ne font que confirmer la règle.

Les Hommes et les Femmes qui pourraient d’ailleurs induire alors en erreur, sont ceux qui s’éloignent déjà de leur type normal relatif. On est pres-

(1) Voy. dans le Musée-Àtger, faisant partie de la Bibliothèque de la Faculté de Médecine , un joli Dessin original de ce Maître, portant le ÎST° 1 39, qui est une preuve irréfragable de ce qui vient d’être dit.

Le Dessin de Güerchin , placé au-dessous de celui de Duquesnoy dans le même cadre, sous le N° 155, représentant aussi un Enfant , me paraîtrait exprimer moins bien le vrai caractère des formes de cet âge.

que autorisé à dire que ces Hommes sont un peu Femmes et que ces Femmes sont un peu Hommes : la taille, la barbe et la voix grave manquent aux uns; la gorge, les hanches, des formes délicates, une voix douce et sur un diapason élevé , manquent aux* autres, qui reçoivent, comme en dédommagement, il est vrai, une taille élevée, des traits prononcés, des sourcils épais croisés sur la racine du nez, un duvet plein d’avenir, ombrageant de bonne heure la lèvre supérieure et les joues; le tout rehaussé d’une voix grave et sonore. Les Hommes dont il s’agit inspirent plus d’une fois des craintes sérieuses aux jeunes Veuves qui voudraient se remarier ; et , à moins de goût bizarre et exceptionnel, les Femmes dont il est ici question font dire plus d’une fois à ceux qui les voient ou les entendent :

«J’aimerais mieux pour mon usage

» Une beauté douce comme un mouton.»

o° On sait trop généralement ce que l’habitude, résultant de certaines professions , amène inévitablement dans l’expression de la physionomie, dans l’attitude constante du corps, dans la position des membres , dans la forme des doigts , etc. , etc. , pour que je ne doive pas me contenter en ce lieu d’une simple désignation* de ees objets.

Le Traité de Bernard Ramazzimi , intitulé : De Morbis Avtificum Diatriba (1) et la plupartdes Traités

(1) Voy. Opera omnia, medica et physiologica , etc . Genevct 1717, pp. 470, seqq.

d’ Hygiène anciens et modernes , contiennent d’abondants et utiles matériaux relatifs à ce point important de la Science de l’homme.

III. Il n’est pas jusqu’à l’Histoire Naturelle de l’Homme considéré dans son individualité et dans son espèce , qui ne puisse fournir de précieux détails à un Peintre ou à un Sculpteur dignes de cette qualification. Prenons-en des exemples dans la forme du pied.

1° Le pied d’un jeune sujet devra présenter, dans une imitation iconique quelconque , une rondeur de formes , une morbidesse des tissus , que ne présenteront certainement pas, au même degré, le pied d’un Adulte et surtout celui d’un Vieillard. La différence sera plus sensible encore si l’on porte son attention principalement sur la forme du talon. L’affaissement de celte partie est généralement d’autant plus marqué que l’âge du sujet est plus avancé lui-même, parce que les réactions qui répondent aux pressions successives , résultant de la station debout et du marcher, sont d’autant plus faibles que le sujet est plus âgé.

Ajoutez à cela que le calcanéum lui-même , déjà plus proéminent chez l’Adulte, devient plus saillant encore chez le Vieillard. Il semblerait que les tractions répétées, exercées sur cet os par les tendons réunis des muscles gastrocnémiens , l’ont peu à peu sensiblement élevé , en le rendant plus saillant en arrière.

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