ACCIDENTS
Après avoir étudié ce que le somnifène peut donner lorsque l’anesthésie est bonne ou relativement bonne, nous en arrivons aux deux cas que nous tenons à signaler et qui ont cela de caractéristique qu’à 48 heures d'intervalle, ils se présentèrent à nous avec une symptomatologie semblable.
La première malade (obs. n° 8) était une jeune fille de 17 ans, bon état général, soignée dans le service pour coxalgie, et qui brusquement présenta les signes de perforation gastrique. L'intervention fut décidée : simple laparotomie exploratrice qui dure en tout 30 minutes.
Elle avait reçu un centigramme de morphine 1/2 milligramme de scopolamine, neuf centimètres cubes de somnifène. Son poids était d'environ 60 à 65 kilos.
L’anesthésie fut d’abord franchement mauvaise ; le sommeil accompagné d’agitation vive persistait le lendemain soir, accompagné en plus d’une ascension thermique à 400, d’un pouls à 140, d’un abaissement de la tension (6,5-8,5 Laubry-Vaquez), de cyanose, d’oligurie (150 cc en 24 heures) d’un taux d’urée sanguine assez élevé (0 g. 52 par litre), de Cheyne- Stokes.
Nous lui fîmes alors une saignée de 300 grammes, du serum artificiel et des toniques cardiaques. Elle
reprit lentement un facies plus normal, mais les symptômes alarmants persistèrent encore pendant deux jours.
Le soir du troisième jour après l'intervention elle commença seulement à parler et à être moins agitée.
Néanmoins l'état resta encore grave pendant les trois ou quatre jours suivants.
La deuxième malade (obs. n° 9) était une jeune femme de 25 ans, bon état, entrée pour cholécystite calculeuse.
L'intervention fut simple et rapide, mais l’anesthésie fut mauvaise malgré sept centimètres cubes de somnifène pour un poids de 40 kilos. Le soir : pas de réveil et début d’une agitation très vive.
Le lendemain matin aggravation des symptômes et le soir : température 410, pouls à 172, tension 5,9-7,5 (Laubry-Vaquez), oligurie (200 gr.), Cyanose. Brusquement vers 18 heures : coma profond.
Une saignée de 150 grammes (il a été impossible de la faire plus abondante), du sérum glucosé et des toniques cardiaques ne donnèrent aucun résultat et la malade mourait à 22 heures.
L'examen d’urée fait dans le sang de la saignée montre une augmentation de 0 gr. 86.
L’autopsie ne nous révéla rien d’anormal.
Comment expliquer ces accidents très graves, (puisque l’un des cas fut mortel), survenant chez des malades totalement différents et présentant absolument la même marche, si ce n’est par l’anesthésie au somnifène qui avait été appliquée aux deux opérées, |