‹ Réflexions sur l'éducationChapitre 60 sur 109 · I. — Invitation au voyage · texte numérisé non relu

I. — Invitation au voyage

Ayant lu son Education au point de vue sociologique, 336 pages, et son Ecole nouvelle, 275 pages, j'écrivis à M. Elslander, à Bruxelles, pour lui proposer quelques objections un peu rudes. Il me répondit: — Venez à Novella; — et pour me faciliter le voyage, il mit à ma disposition l'un des aéroplanes qui font le service de sa petite ville.

C'est vous dire que cette histoire se passe en utopie, — et en uchronie.

IL — L'Aéroplane

J'emmenai Fani, j'emmenai Saert. Je n'aime pas courir la pédagogie sans quelqu'un de mes petits Vosviques. J'emmenai Godefroy aussi, surnommé le Petit Vieux, parce qu'il a besoin d'exercice. Et tous les quatre, nous nous installâmes, derrière un pilote muet, dans la coque de ce parfait monoplan.

Comment exprimer bien la grâce, la victorieuse douceur de ce mouvement nouveau! Le regard y crée la direction: merveille première qui nous déshabitue enfin des contorsions où les voitures et les trains nous astreignent si nous voulons contempler (une seconde) un feuillage ou un visage. — Tout pays devient beau, composé qu'il est par un seul coup d'oeil dans le creux

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des douces collines ou au long des rivières fuyantes. — Une ivresse nous exalte, parce que le vol nous livre enfin, vaincue, la troisième dimension de l'espace : nous avançons et nous tournons, aussi bien que sur une route, sans route; mais aussi nous plongeons et nous montons, barque de surface et barque de fond, souplesse qui caresse la terre et qui se baigne dans l'azur, nerveux et libres comme l'hirondelle!... • — Mes trois petits chantent: et derrière nous, dans le sillage d'air qui les emporte mêlées à des rayons, leurs voix traînent comme des rubans d'argent et d'or. — Nos ailes s'élèvent, nos ailes s'abaissent: et soudain nous ressentons les vagues, la houle, le mouvement invisible et palpitant de l'océan céleste; une écume de lumière frise à notre bordage, les nuages enchantés se penchent; un courant de fraîcheur nous frappe, un courant de tiédeur nous baise; nos corps ne font qu'un avec la machine merveilleuse; et l'extrême de la sécurité, l'extrême du péril se confondent dans notre extase.

... Je continuerais bien: mais voici que nous descendons, et les arbres de Novella couronnent l'horizon.

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