VI. — Le Moyen Age, l'Industrie et l'Education technique
Après un peu de repos, (la bière de Novella est délicieuse), M. Elslander se leva.
— Visitons le moyen âge, me dit-il. — Et à mes deux enfants: — Aujourd'hui, le collège est à la brasserie.
— Ah, remarqua Saert, vous avez chimie le vendredi? Nous, c'est le mercredi.
— Mais non, grogna Fani, c'est une promenade, comme M. Fernand devrait nous en faire faire pour expliquer ses cours.
M. Elslander les couvait d'un regard doux et magnétique.
— Il n'y a pas de cours, expliqua-t-il, il n'y a pas de programme ici.
Vos camarades sont toujours en promenade. Aujourd'hui à la brasserie, demain au gazomètre, aprèsdemain à la carrière. Le mois prochain, nous descendrons le canal, nous visiterons trois ports de mer, nous irons peut-être en Angleterre... Pauvres petits, comme cela vous aimeriez la géographie!
— Irez-vous en Amérique? demanda Saert.
M. Elslander resta coi. Et moi enchanté. — Symboles abstraits, symboles concrets, nous ne pouvons pas nous représenter la vie autrement que par «les symboles.
J'abrège. Nous explorâmes la malterie du germoir à la touraille et la brasserie du concasseur aux profondes caves à foudres. L'odeur de l'orge et du hou-
blon nous transportait dans les champs, l'odeur du feu nous ramenait aux usines flamboyantes. Puis M. Elslander interrogea les vosviques étourdis.
— Je savais tout cela, dit Fani, mais je suis bien content de l'avoir vu.
— Je n'y ai rien compris, dit Saert: il aurait fallu qu'on nous fasse une leçon avant.
M. Elslander me regarda avec tristesse: — Voyez quelles mécaniques vous fabriquez! soupira-t-il, la sensation ne les pénètre plus.
Et moi, ne sachant pas si je devais en éprouver fierté ou honte, je murmurai:
— Arrivons aux temps modernes.