DAME LE PRE
des observations qu’il rapporte et qui ont trait à des hystériques patentées, ayant fait leurs preuves depuis longtemps, il
‘ressort que, ni dans la manie dont il parle, ni dans le délire hallucinatoire qu’il décrit, on ne trouve la marque de la véritable aliénation mentale. D’un bout à l’autre de la leçon se dégage et se précise l’idée d’accidents simulés. Cette Elisabeth R..., en particulier, qui ne s’apaise par aucune médication, mais dont les hallucinations disparaissent soudainement dès qu’on la met dans une salle obscure on qu'on lui place un bardeau sur les yeux, voire sur le seul œil gauche, du côté anesthésique, cette Elisabeth R... qui recommence à avoir des hallucinations, dès qu’on lui enlève son bandeau monoculaire, est une hystérique, en effet, mais qui mime un délire hallucinatoire, comme elle l’avait fait antérieurement d’autres événements pathologiques. C’était une femme, une simple femme un peu puérile dans ses manifestations tapageuses. Elle aurait eu beaucoup à apprendre d’autres simulateurs, les bagnards de Saint-Martin-de-Ré, avant leur départ pour la Guyane, les disciplinaires de l’île Madame : ils avaient plus de résolution; il est vrai qu'ils dosaient leurs troubles suivant l’importance de l’enjeu.
t Ceci ne signifie pas qu’une hystérique, un simulateur, n’aient pas le droit d’avoir des troubles mentaux. A partir du moment où leurs troubles éclatent, ces malades se comportent comme de vrais aliénés qu’ils sont devenus et l’on ne voit plus chez eux ces paradoxes, ces cocasseries dont les hystériques en activité nous offrent l’exemple. -
En somme, ce qu’on appelle l’hystérie mentale comprend deux catégories bien distinctes, auxquelles nous adjoindrons bientôt une troisième. Dans la première prennent piace des syndromes analogues à celui d’Elisabeth R... ou d’Albertine M... (1) qui développa avec la virtuosité que l’on sait, son délire écmnésique. Ce sont là des troubles simulés, le plus souvent assez mal, et qui ne peuvent guère donner le change à un
(1) PITRES. — Loc. cit, T. II, p. 291.
poil,
psychiatre exercé, s’il est doté d’un minimum de défiance. Comme les autres manifestations hystériques, ils sont réalisés selon les conceptions que les sujets se font de la folie. Leur identité est frappante, avec ce que l’on observe chez certains - prisonniers simulateurs qui cherchent à obtenir un rapport médico-légal favorable, et l’obtiennent parfois d’un expert trop confiant. ;
Dans la deuxième se rangent les délires sincères, les phénomènes maniaques, mélancoliques, confusionnels, les amné- . sies vraies, les symptômes de l’hébéphréno-catatonie, dont le diagnostic est parfois difficile au premier examen, mais qui s’éclaire si l’on s’informe de tous les menus faits qui ont précédé l’éclosion des grands accidents. Dans tous ces cas, l’hystérie n’intervient en aucune manière pour modifier le tableau clinique, même si dans le passé la preuve est faite qu’elle s’est affirmée en divers épisodes. La chose devient de plus en plus rare. C’est là-dessus que reposait autrefois la notion de manie ou de mélancolie hystériques : il s’agissait en réalité de manie ou de mélancolie chez des hystériques et non de formes mentales particulières aux hystériques.
Dans la troisième catégorie rentrent des faits de surcharge symptomatique due à la simulation. Ils sont peu fréquents. Sur 428 malades de Château-Picon, nous n'avons trouvé que 5 cas. Avant de les résumer, notons qu'il s’agit de malades dont le fonds mental est relativement peu atteint. |