DU DIAGNOSTIC
De tout ce qui précède, il résulte que l’hystérie ne peut être considérée comme une maladie mentale. Avant la décision de simuler elle consiste en une disposition d'esprit qui favorise cette décision, l’aide à naître et à se réaliser, mais qui est ellemême la conséquence d’affections déprimantes multiples. Cellesci sont généralement banales. Rien n’empêche qu’elles soient en rapport avec des troubles organiques du système nerveux ou des troubles mentaux dûment catalogués : l’hystérie — qu'il faut se garder de confondre avec ces deux derniers groupes — n’est alors qu’un syndrome surajouté artificiellement et qui tient moins à la qualité des lésions qu’à certains de leurs effets dépressifs.
La manie, la mélancolie ou lypémanie hystériques, n’existent pas, le délire de persécution hystérique pas davantage. Avant reçu, il y à quelque temps, une demande de renseignements sur une malade morte à Château-Picon et dont la fille venait d’être internée à l'hôpital psychiatrique de Poitiers, il nous fut donné de lire sur le registre de la loi la mention sui- . vante :
G..., 25 ans, entrée le 19 avril 1898. Certificat d’admission : nouvel accès d’excitation maniaque de nature hystérique. Certificat de 24 heures : Lypémanie H. Dépression mélancoli-
PR tp ne
que, hallucination de la vue et de l’ouïe, voit des femmes défiler devant elle, délire de persécution contre son père.
Certificat de quinzaine : lypémanie hystérique, apathique, ne fait rien; perversion des sentiments affectifs.
Si réduites que soient les indications relevées, le polymorphisme des symptômes ferait tout de suite penser de nos jours à une démence précoce. En fait, en suivant l’évolution des troubles mentaux de 1898 à 1917, époque à laquelle la malade. mourut de tuberculose pulmonaire, on voit se succéder tous les symptômes de la démence précoce jusqu’à la désagrégation terminale.
La démence précoce était relativement peu connue en France en 1898. On pourrait peut-être expliquer par là le diagnostie d’excitation maniaque hystérique précédant d’un jour celui de lypémanie hystérique. Mais pourquoi ces diagnostics de manie, de lypémanie, de délire hystériques pour des formes mentales décrites partout et que les aliénistes ne pouvaient ignorer; pourquoi cette adjonction d’hystérique à la manie classique, à la mélancolie, aux psychoses à double forme et périodiques, à certains délires hallucinatoires ? Aucun certificat, aucune observation n’en mentionne la raison. Question de mode probablement. On eut été heureux de savoir par quels détails, par quels symptômes particuliers, des médecins de l'extérieur et celui de l’asile avaient été conduits à des SIA tics de ce genre.
Ayant en mains le registre de 1898, nous l’avons feuilleté page par page. Pour 367 malades inscrites, nous avons relevé 31 cas de « folie hystérique », soit 8,6 pour cent. C’est beaucoup. À défaut des renseignements que nos archives ne nous donnent pas sur les raisons qui ont fait qualifier d’hystériques dés manies ou des mélancolies typiques ou des délires hallucinatoires où non, compulsons un livre ancien. Pitres consacre sa cinquante-septième leçon (1) aux attaques du délire, plus exactement aux attaques de manie et de délire hallucinatoire ;
(1) PITRES. — Loc. cit. T. II, D. 283.