‹ Réflexions sur l'HystérieChapitre 5 sur 33 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce travail n’est pas un manuel abrégé de l'hystérie. Maintes questions n’y seront pas traitées qui trouvent leur place danses publications classiques. L'histoire de la grande névrose, si passionnante qu’elle soit, ne nous retiendra pas. C’est presque dommage. Mais Janet n’a-t-il pas écrit là-dessus des pages mémorables ; n’a-t-il pas montré comment le courant du vieux magnétisme animal et celui de l’hystérie s'étaient réunis au confluent de la Salpétrière pour se fondre en un fleuve unique chaque Jour grossi de nouveaux apports ? Hystérie et hypnotisme intimement mêlés l’un à l’autre et se rendant de mutuels services, devaient dès lors attirer à eux l’attention des chercheurs, du public et aussi de certains malades que des raisons diverses inclinaient à jouer les rôles qu’on voulait bien leur confier, ou à créer ceux que leur imagination les aidait à inventer. Ce fut un enthousiasme débordant, une sorte de délire collectif auquel n’échappèrent pas les meilleurs esprits. Dans les hôpitaux, dans les familles, sur les places publiques, dans les foires et dans les music-halls on pouvait assister aux expériences les plus convaineantes, aux phénomènes les plus étranges, spontanés ou provoqués. On s’endormait et l’on voyait s'endormir ses parents, ses voisins, ses amis, des étrangers. Les manifestations du somnambulisme, de la catalepsie, les veux ouverts ou fermés, de la suggestion immédiate ou différée, les accidents hystériques proprement. dits, devenaient, la pâture des foules irrésistiblement portées à adopter la mystique nouvelle. Et comme dans le même temps, les spirites ne renon-

An on

çaient à aucun de leurs droits, comme il arrivait que des médiums de qualité fussent choisis parmi des « sujets » que rien ne distinguait des hystériques authentiques, la confusion s’étabüissait partout. Babinski mit bon ordre à ces excès.

Nous ne nous attarderons pas davantage à décrire par le menu les syndromes hystériques. Leur description se trouve dans tous les livres de pathologie interne et de neurologie. I] nous a semblé utile d’étudier de préférence la pathogénie de l’hystérie et ses variations dans le temps, les théories qui attribuent ses accidents à des causes purement psychologiques ignOrées des malades; celles qui, au contraire, voient en elle, non plus une affection « sine materia », maïs le résultat de lésions du système nerveux, d’un hypofonectionnement ou d’un dérèglement de certains centres.

Partant de ces données qui ne nous fournissent, il faut le reconnaître, aucun élément de certitude, nous avons cherché dans le comportement de nos malades, s’il y avait plus de raison de croire à leur sincérité qu'à leur supercherie. En nous décidant pour l’une des deux hypothèses, nous tombons d’accord avec nombre d’auteurs modernes qui ne font, d’ailleurs, que codifier les soupçons d’auteurs plus anciens.

Nous avons été amené ainsi à tenter une définition de l’hystérie. On la Jugera pour ce qu’elle vaut. Pour ceux qui pensent que l’hystérie est une névrose et que ses troubles sont d’origine « fonctionnelle », notre définition n’aura pas plus de poids que pour les auteurs qui cherchent dans une altération du diencephale lexplication de symptômes polymorphes et d’allure si paradoxale.

Dans le chapitre du diagnostic, nous insisterons, non point ‘sur les différences entre les affections organiques et les accidents hystériques — et l’on voit pourquoi —, maïs sur la distinction à établir entre les maladies mentales vraies et les épisodes délirants de l’hystérie, sur la juxtaposition à des troubles mentaux légers, mais indubitables, de Symptômes qui n’ont rien à voir. avec la maladie causale. Et l’on nous pardonnera de terminer par des notations cliniques touchant l’anxiété et l’hystérie, sur

POAANCEE

ce qui pourrait les rapprocher en apparence et les oppose en fait, puisque de nos jours encore certains médecins et non des moindres, continuent à introduire dans l’hystérie des phénomènes émotifs qui ne doivent pas être confondus avec elle.

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