NÉVRALGIES EXTÉRIEURES
Ces derniers phénomènes dans les divers sièges qu’ils affectent, et où à leur tour ils prennent naissance comme réactions locales insolites, plus brusques, plus irrégulières, plus inopinées que les précédentes et plus qu’elles aussi sujettes à varier en se reproduisant périodiquement, deviennent alors plus particulièrement le point de départ de sympathies toujours péniblement développées.
La cause des douleurs de ce genre , celle de leur violence
et du plus grand danger des maladies qu’elles servent, en s'y montrant comme épiphénomènes dominants, à distinguer les unes des autres sous la dénomination de fièvres pernicieuses carditique, cardialgique , entéralgique , nephro-cystique , épileptique, etc., réside toute entière dans les conditions plus fâcheuses de l’économie, représentées par l’extension qu'a prise la modification du système nerveux , dont la disposition d’inertie, en même temps plus complète, donne lieu , dans certains tissus, à un réveil de l’innervation proportionné dans son énergie au degré plus marqué d’affaiblissement qu’elle a subi dans un plus grand nombre d’autres»
Et là aussi, dans chacun de ces cas, c’est un état préalable d’éréthisme très-prononcé, parce que, des deux ordres de nerfs, formant une double chaîne dont les anneaux se confondent, embrassent tous les organes qui en santé fonctionnent et se modifient en silence sous l’influence réciproque de chacune des parties qui la composent, quelques-unes des ramifications ganglionnaires qui constituent l’une d’elles, étant les premières à recouvrer leur empire, et à activer la circulation capillaire, ne manifestent longtemps qu’une sensibilité stérile, et avant delà répartir également au profit de l’équilibre troublé, au profit de l’accord de sensibilité ou du consensus muet qui doit exister entre tous les organes, ne rentrent d’abord en communication qu’avec un très-petit nombre de ramifications cérébro-spinales , et n’ont qu’elles aussi pour transmettre au cerveau , par leur intermédiaire , des perceptions d’autant plus vives qu’elles sont plus isolées, qu’elles révélent des rapports plus inaperçus à l’état normal et qu’elles constituent enfin le fait d’une concentration nerveuse absorbant toutes les autres sensations, qui ont besoin de renaître successivement pour modérer l'intensité de celle qui les a dévancées toutes.
Ainsi se traduit de la manière la plus tranchée cette dis-
position de l’économie établie entre les organes, en vertu de laquelle l’un d’eux se trouve susceptible d’être influencé à l’occasion d’une modification éprouvée par l’autre.
Or la manifestation de celte disposition , comprenant sans exception toutes les actions communément appelées sympathiques, et n’étant dans les cas qui nous occupent que le témoignage exagéré de rapports beaucoup plus obscurs à l’état physiologique, ou celui de rapports pour ainsi dire nouveaux, dus à l’état de maladie, mérite, à plus d’un titre dans ces circonstances, le nom de sympathie morbide, et comme telle, elle ne peut exister qu’en se substituant aux sympathies normales graduellement affaiblies ou prés de s’éteindre complètement: ce qui le prouve, c’est que dans tous les cas de collapsus , nous observons que pour en sortir, il faut nécessairement qu’une convulsion se produise, qu’il y ait, ce qu’en un mot, on ne craint pas d’appeler vulgairement une crise.
Ici, quelqu’en soit le point de départ ou le terme, l’action sympathique a peu de moyens d’irradiations; elle est d’autant plus vive que les limites dans lesquelles s’exerce sa transmission sont plus restreintes. Que ces limites s’agrandissent et bientôt on la verra elle-même perdre de son intensité en se développant avec plus de liberté; et, dés qu’elle pourra se propager sans obstacles, on la verra aussi favoriser graduellement le retour à l’état normal , où , bien que multipliées davantage, les sympathies deviennent de moins en moins évidentes, pour faire place enfin aux synergies qui ne laissent à leur tour apercevoir, au lieu de rapports exclusifs d’un ou de plusieurs organes entre eux, que le concours de tous réclamé par l’unité fonctionnelle.
Nous ne pouvons donc pas dire avec Broussais, que plus
les sympathies sont nombreuses et actives, plus la maladie est grave. Cette proposition n’a d’application aux fièvres d’accès et surtout à celles qui se distinguent par un caractère pernicieux, qu’en ce qui concerne la gravité plutôt que le nombre des sympathies mises en jeu. L’excès de l’une d’elles, n’est jamais que la conséquence de la nullité des autres et réciproquement. Ce n’est qu’ainsi qu’elle peut en peu de temps amener l’épuisement complet et la mort.
Tel est, en effet, son résultat inévitable quand l’organe vers lequel elle se dirige et qui la, recueille encore, se trouve trop au-dessous de son type normal d’activité pour résister aux impressions exagérées qui lui arrivent. Il n’est plus que menacé par un premier effort dépassant par son énergie la somme des forces qui lui restent pour s’approprier une transmission et la réfléchir.
Si, au contraire, ce premier effort est heureusement supporté , il ne peut se réaliser qu’avec la propriété de tous ceux de ce genre, qui dans tous les appareils en cours régulier d’exercice sont appelés à concourir essentiellement au maintien des conditions de composition matérielle de forme, d’aptitude dynamique nécessaires à l’accomplissement de leurs fonctions; et dés lors, c’est à la faveur de cette dernière condition, qui sur les autres a toujours l’initiative, qu’il devient le point de départ de sympathies nouvelles, qui, répétées de la même manière^ parviennent à généraliser la réaction, dont en définitive, et en raison de l’influence qu’exerce le système circulatoire mis en jeu sur les élans de l’innervation qu’il modère, les conséquences sont le retour de l’harmonie, qui, dans les corps vivants rendus à la santé, n’est que le rétablissement des actions organiques dans la sphère d’activité propre à chacune d’elles; comme dans une
société elle n’est ’qifé le triomphe des services peut-être obscurs de la plupart des membres qui la composent, sur Texubérance passionnée de quelques-uns d'entre eux.
Une douleur splanchnique, quelqu'en soit le siège, d’ailleurs plus ou moins distinctement perçue selon qu’elle est plus spécialement ressentie par les nerfs de la huitième paire ou les autres nerfs du domaine de l’encéphale, entrevue comme cause de sympathies, qui tendent encore à l’effacer d’avantage quand, par sa nature, l’innervation ne peut que s’affaiblir en se propageant, comme elle s’épuise avec le temps ou sous l’inllifence de son extrême activité, appartient donc pour tous ces motifs à la catégorie des stimulations critiques, embrassant à la fois et les sympathies dites de relation et toutes celles, qu’en raison de leur plus grande indépendance du centre cérébro-spinal, on a appelées organiques.
Ordinairement les unes et les autres de ces' sympathies se développent dans un ordre assez constant, qui est celui de la plus haute importance des relations des organes entre eux et de leur plus étroite dépendance. L’intensité, en outre, qui, au moins pour la plupart, en marque le début, ne tarde pas à se réprimer à mesure qu’elles s’associent plus fidèlement dans cet ordre, et qu’elles en parcourent plus facilement tous les degrés. Ordinairement aussi , c’est sous leur influence,' et plus particuliérement sous l’influence de celles d’entre elles qui dans leur ensemble constituent le mouvement fébrile , que les phénomènes qui en ont signalé le point de départ sont les premiers à s’évanouir.
Mais il n’en est pas toujours ainsi : quelquefois les sympathies sont insuffisantes pour dominer promptement la douleur qui , de prime abord , a surgi localement avec véhémence^
plusieurs d’entre elles restent fort obscures ou manquent tout-â-fait. Il arrive même que le cœur, resté calme , ne décéle aucune agitation fébrile, et qu’alors tous les efforts se limitent à quelques sympathies partielles , concourant seules, tantôt sous forme de pesanteur de tête, de chaleurs irrégulières, tantôt sous celle de sueurs, quelque fois même unilatérales ou d’émission d’urines sédimenteuses , à la terminaison d’un paroxisme de souffrance, qui ainsi parcourt ses périodes d’accroissement et de déclin sans se transformer d’une manière sensible.
Ces derniers cas, qui aussi ont souvent leur danger, renferment toutes les affections connues sous la dénomination de fiè<?re larvée^ et malgré ce qu’à d’étrange une semblable dénomination , on ne peut guère la leur refuser, bieii qu’il soit réel qu’aucun mouvement pyrétique ne les accompagne; car dans cette circonstance ce serait se fonder sur l’absence d’un phénomène secondaire, tandis que d’autre part, on ne tiendrait aucun compte de leurs affinités étiologiques et thérapeutiques essentielles avec les fièvres périodiques ellesmêmes , dont ils se séparent si peu qu’ils en partagent le principe, qu’ils dérivent, sous la même constitution médicale, des mêmes modifications de l’organisme, en régnant avec, elles, et, pour dernier témoignage d’enchaînement, en se substituant à elles plus d’une fois, sans exiger jamais d’autre traitement.
Quand la douleur par elle-même est si répandue et si variable ; quand elle est susceptible de tant de nuances et de donner en outre aux troubles qu’elle entraîne des apparences qui empruntent leur diversité à celle des fonctions ' que remplissent les organes affectés, on conçoit sans peine que celle que produit une réaction splanchnique, ou toute
autre, soit qu’elle serve de cortège û une lièvre pernicieuse ou qu’elle dètcumine la lornie particulière d’une lièvre larvée, exige d’abord l’appréciation de son véritable caractère.
On est fixé d cet égard, dés que, averti surtout par quelques prodrômcs propres aux affections iiiterniitlentes , tels que des pandiculations, frissons, lassitudes soudaines, on a pu s’assurer de son apparition spontanée, de sa disparition non moins inopinée, laissant souvent dans les urines lin sédiment briqueté, de la périodicité de ses retours, de sa coïncidence enfin avec les maladies mieux dessinées qu’une même constitution médicale voit éclore, en rattachant les unes aux autres, par les liens de la plus parfaite analogie, toutes celles qui se développent sous son influence.
Il s’agit ensuite, après n’avoir négligé aucune des présomptions sur lesquelles on est obligé de fonderie diagnostic, d’embrasser dans toutes leurs conséquences les phénomènes qui se présentent à interpréter. D’une part, ici encore tout est relatif au degré d’importance de l’organe aux prises avec la douleur, et l’on ne peut douter, par exempte, que les douleurs de la région précordiale avec lipothymies ou du cardia avec vomissements incoercibles, ne mettent plus en péril que les douleurs entéralgiques ; que ces dernières ne soient plus graves que celles qui occupent les reins ou la vessie, quoique plus aiguës, plus déchirantes; que les douleurs oculaires, faciales ou sciatiques, ne compromettent immédiatement que les parties qui en sont le siège. D’autre part, ahstraction faite de son siège, on n’ignore pas non plus que la douleur qui reste fixe, sans se modérer, sans se modifier, ou qui cède brusquement sans amendement de l’état algide qui souvent alors l’accompagne, ne laisse espérer aucun des résultats qu’on peut en attendre, quand.
au contraire , les actions organiques qu’elle doit réveiller, se relèvent successivement et deviennent telles enfin qu’en se terminant la maladie n’a plus d'autres phases que celles qui distinguent un accès fébrile ordinaire.
Nonobstant ce qu’a de profitable la douleur; nonobstant le droit que nous avons d’en admettre de critiques, quand tout nous rappelle que l’homme dés ses premiers pas dans la carrière de la vie, ne fait que s’aguerrir par elle dans la lutte continuelle qu’il a à soutenir, quand nous savons qu’elle est le privilège de l’enfance refusé à la vieillesse, en se montrant aux deux extrêmes de l’àge si differente en vivacité, en mobilité et en efficacité, quand nous n’ignorons pas non plus, qu’ingénieux dans son audace, le médecin sait de mille manières la provoquer et contribuer ainsi à la guérison d’un grand nombre de maladies, nous ne pouvons cependant, tout en reconnaissant ce qu’elle a d'utile et même d’indispensable, rester sans nous préoccuper des suites qu’elle peut avoir dans les tissus où elle a pris naissance.
Nous l’y voyons par de l’érétbisme préluder au mouvement plus animé des capillaires, à l’engorgement sanguin, à l’irritation , à l’infiammation et à la désorganisation. Si la succession de ces différents états , dont il est si facile de s’assurer quand c'est le globe de l’œil lui-même qui a été le siège de semblables douleurs, n’a pas toujours lieu; si l’irritation et la congestion en se réalisant n’entraînent pas nécessairement l’inflammation et consécutivement une désorganisation, ces deux derniers états n’en sont pas moins à redouter et avec d’autant plus de raison qu’ils sont plus insidieux.
Ils sont insidieux par le peu d’activité et le retard de
leur développement, car il existe souvent, entre le phénomène nouveau qu’ils constituent et celui qu’ils remplacent, un intervalle quelquefois assez long^. L’équilibre de sensibilité partout rétabli , en mettant un terme aux troubles généraux de l’économie , ne paraît se soutenir que pour rendre plus imminent en certains points congestionnés dont la résolution a été incomplète, un retour d’irritation, germe latent d’une inflammation également obscure dés son début et dans sa marche. C’est la conséquence d’une dégradation prolongée de la puissance du système nerveux , qui généralement affaibli par les secousses répétées qu'il a éprouvées, se refuse à en révéler l’existence ; et , dés lors, en l’absence de troubles dynamiques notables, il n’est plus guère permis d’acquérir la conviction de ses progrès que par un dérangement plus matériel des fonctions auxquelles participe l’organe lésé, rendant là convalescence de plus en plus précaire, ou, lorsqu’on apparence elle était plus assurée, en l’interrompant par l’explosion d’accidents redoutables liés à une désorganisation viscérale innattendue ; désorganisation que néanmoins on n’est pas sans espoir de prévenir, quand on ne perd pas de vue qu’il est de la plus haute importance, après les fièvres d’accès, de surveiller tous les mouvements de l’organisme avec autant d'attention et de sollicitude que pendant leur durée.
Ce sont ces convalescences trompeuses qui multiplient les victimes à la fin de chaque saison épidémique. C’est après avoir vu cette foule de malades pâles , maigres , perdant chaque jour leurs forces et s’avançant à pas lents vers le tombeau avec fièvre hecticjue et quelquefois sans agitation fébrile appréciable, que Broussais, frappé du rôle de l’irritation , choisissant parmi les matériaux d’un édifice ébranlé , ceux qui en constatent la ruine , plus qu’ils ne portent la
trace des causes de son ébranlement, s'’est proposé d’en faire la clef de voûte de la pathologie , et s’est laissé entraîner par la trempe vigoureuse de son esprit à franchir les limites de l’observation , pour assigner toujours aux maladies dès leur début , un caractère qui ne manque guère , il est vrai , d’en signaler le terme.
Les crises qui maintenant nous restent à indiquer, moins liées à l’agitation du système vasculaire qu’aux changements que subit le sang lui-même , toutes provoquées par les sympathies organiques ordinairement plus tardives à se manifester que les sympathies de relation spécialement mises en jeu dans les précédentes , plus variées que ces dernières , s’en distinguent encore, en justifiant la qualification d’humorales qu’il convient de leur donner, par un résultat qui n’étant plus exclusivement dynamique, consiste, à la suite d’un travail plus actif d’élaboration et d’élimination, dans une diminution de la masse des fluides de l’économie avec privation d’un ou de plusieurs éléments dans des proportions plus considérables qu’à l’état normal et relatives, d’une part, à la plus grande abondance de leur arrivée aux sécréteurs, et de l’autre, aux qualités vicieuses que leur a communiqué un excès d’animalisation , dû à la rapidité accidentelle de tous les mouvements organiques.
Sous ce rapport les crises humorales se présentent comme une nécessité de toute réaction un peu vive ; elles répondent par l’épuisement d’un superflu de matériaux de composition et le départ de ceux qui sont devenus hétérogènes , au besoin d’éteindre dans les tissus les traces de l’irritation dont ils ont été le siège, et par ce moyen, elles préviennent, si elles sont complètes , tout développement ultérieur de phlegmasic.
Néanmoins, si les crises humorales dilTércnt des crises oc-
vroslhéniques par les produits rendus plus sensibles de l’acte fonctionnel qu’elles réalisent , elles n’en diffèrent que par cela ; car, comme actes fonctionnels, les crises dans les deux cas, et à l'instar de tous les actes qui en santé concourent au développement et à l’entretien de l’organisation , ont aussi les unes et les autres pour but la conservation de celte organisation ; leur analogie avec les phénomènes physiologiques est la même ; les lois qui régissent ceux-ci , les régissent à leur tour, c’est-à-dire, que pour atteindre leur but il faut toujours qu’il y ail assimilation du stimulant propre à chacune d'elles, dynamique ou matériel, et que sa dissémination ou son élimination s’opère quand il est en excès ou plus ou moins altéré.
C’est surtout sous ce dernier point de vue qu’elles constituent des actes fonctionnels morbides, et comme tels, elles ont en outre de commun entre elles, sans cesser d’être comparables aux actes physiologiques , d’offrir dans leur accomplissement deux périodes distinctes. Seulement ici , dans la première de ces deux périodes, l’excitation physiologique est remplacée par de l’exaltation , des spasmes , de l’éréthisme ; et dans la seconde, au lieu du sentiment paisible et instantané que procure la satisfaction d’un besoin , bien que la maladie prenne une marche plus tranquille, ce n’est que par transition que le calme succède au trouble et qu’il se complète pour y mettre un terme.
Ajoutons encore que si on ne refuse pas aux stimulants impondérables , représentés ici par la puissance nerveuse, la propriété d’être assimilés et disséminés par les organes qui en reçoivent l’impression; que s’ils partagent cette propriété qui est incontestable pour les stimulants matériels, tels que le sang dont l’organisme s’approprie ou rejette les matériaux,
il s’en suit qu’il n’y a pas non plus dans cette dernière circonstance , à séparer les crises humorales des crises névrosthéniques, en comparant les deux périodes qui les caractérisent également, et par lesquelles elles se manifestent, aux périodes de crudité et de coction reconnues métaphoriquement dans les maladies par les médecins hippocratiques.
En effet , quel que soit le stimulant , comme l’impression transmise au cerveau , comme l’aliment introduit dans l’estomac, comme le chyme présenté aux bouches absorbantes de l’intestin, comme le chyle mêlé au sang veineux, comme le sang lui-même distribué à tous les organes , il est toujours cru quand il arrive à l’un d’eux, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore tel qu’il doit être pour faire partie de la propre substance de cet organe , qu’il n’y a pas entre ses éléments et les siens un équilibre suffisant de vitalité, et que pour qu’il cesse de lui être en quelque sorte étranger, il faut qu’il subisse de sa part une modification par un travail préalable d’élaboration qu’il sollicite.
Plus les rapports de vitalité sont éloignés, plus il y a de distance entre les éléments entre lesquels ils doivent s’établir, plus aussi ce travail est long et difficile.
Il est inévitable dans tous les cas ; et, qu’il s’agisse d’agents matériels ou immatériels , d’abords de fluides ou de transmissions sympathiques, c’est lui , qui , généralement inappercu à l’état de santé lorsque d’une impression résulte la pensée ou les actes successifs du ressort des fonctions digestives, prend au contraire à l’état morbide des proportions qui le mettent davantage en évidence et lui donnent une importance si grande, qu’il suffit pour distinguer entre toutes , par sa gravité , la première période d’une maladie, et lui valoir la dénomination
de période de crudité par une causes et de ses pliéiioménes.
interprétation légitime de ses
Cette période que nous avons déjà reconnue àTexaltation , aux spasmes, à Térétliisme qui raccompagnent, et qui en outre est marquée par la suspension de la plupart des sécrétions , en amène une autre dans laquelle nous avons également remarqué le déclin progressif de ces phénomènes, c'est-à-dire plus de liberté, d’égalité, de mollesse dans la respiration, la circulation, dans l’exercice de la sensibilité, dans celui des mouvements musculaires avec coïncidence d’une disposition non équivoque aux évacuations critiques , préparées par une détente générale.
C’est à cette seconde période que correspond la période de coction, ainsi désignée parce qu’alors les produits, causes des phénomènes auxquels elle succède, ont éprouvé une modification telle qu'ils peuvent être , ou assimilés dans les limites de la capacité propre aux tissus intéressés , ou, quand ils sont en excès , soit disséminés par la voie des sympathies , soit éliminés par celle des sécréteurs, qui se chargent également de tous ceux qui sont réfractaires.
Une troisième et dernière période enfin remplace celle-ci , c’est la période critique. Nous avons déjà vu comment, pendant sa durée dans les fièvres d’accès, se réalisaient par l’entremise des communications nerveuses les crises névrosthéniques ou sme materiâ. Voyons actuellement comment, dans les mêmes circonstances , se réalisent à leur tour, avec le concours de l’appareil circulatoire , les crises humorales ou avec matière.
Il était à propos , tout en signalant celte unique différence
qui existe entre les unes et les autres , de rappeler en môme temps , lorsque d’ailleurs souvent elles se confondent en qualité d’auxiliaires mutuels , ce que toujours elles ont de commun , pour faire ressortir davantage l’unité pathologique, le consensus unus , avant d’aborder de nouveaux détails plus spécialement relatifs aux formes diverses sous lesquelles peut se présenter une crise Immorale.
De toutes ces formes I’herpès labialis se présente la première;, non parce qu’elle offre um grand intérêt, mais parce qu’elle semble particulière aux fièvres d’accès et que même dans bien des cas elle en est comme le stigmate qui en fait soupçonner les atteintes. Déjà Hippocrate avait dit : fehres in quibus ulcerantur labia fortassis intermittentes,
Les éruptions de ce genre ne se bornent pas uniquement à couvrir les lèvres, les ailes du nez ; quelquefois elles envahissent la face, les paupières, les oreilles, les régions sternomastoïdiennes et même le cuir chevelu. La partie interne des cuisses, le scrotum et diverses parties du tronc, n’en sont pas non plus toujours exemptes.
Quel qu’en soit le siège, variant peu, elles apparaissent au déclin d’un paroxisme fébrile et presqu’exclusivement chez les sujets vierges de récidives. Une chaleur locale avec tension incommode de la partie en marque le début, et bientôt celte partie se couvre de vésicules irrégulièrement groupées , remplies d’une sérosité d’abord limpide, puis troublée après vingtquatre heures, et remplacée par une croûte grisâtre ou brune qui ne tarde pas elle-même à se détacher sans que jamais au-dessous d’elle le derme paraisse entamé.
C’est sang contredit, de tous les mouvements fluxionnaires
auxquels se rattache l’idée d’une crise, celui qui présente les chances les plus heureuses. Une bonne jetée est pour le vulgaire, comme pour tout praticien sans exception, un témoignage certain de la prochaine guérison de la fièvre. Cette opinion était aussi celle des médecins de l’antiquité; et Aétius d’Amide en Mésopotamie , exerçant à Alexandrie, l’exprime en ces termes ; in febricantibus assiduè fiunt pustulœ circà labia et nasutn juxtà febris solutionem. Selon cet imitateur de Galien imbu des principes d’Hippocrate, les viscères importants sont préservés quand des exanthèmes ou des éruptions, qu’il attribue aux humeurs viciées , se font à la peau.
Il faut en convenir cependant, cet ordre de phénomènes n’accompagne guère que des affections peu graves, franchement intermittentes, développées au commencement ou à la fin des saisons épidémiques, et il doit beaucoup sans doute à chacune de ces circonstances, propres, autant que lui, à inspirer de la sécurité. Toutefois on ne peut révoquer en doute son influence sur l’interruption des retours d’accès. Il n’en est pas de même de celle qu’on serait tenté de lui supposer si on voyait dans l’élimination qui le caractérise spécialement une garantie contre les récidives. Il suffit d’avoir plus d’une fois constaté ces dernières sur des sujets chez lesquels les plaques cristallines s’étaient montrées répandues et trés-abondantes , pour être autorisé à restreindre beaucoup les limites de leur efficacité à cet égard.
Elles n’ont rien non plus de spécifique, car si elles sont fréquentes à la suite de l’évolution d’un accès de fièvre intermittente , on ne les observe pas moins chez un assez bon nombre de sujets à peau délicate et facilement perspirable dans des cas de simple agitation fébrile , toujours passagère et indépendante des causes propres aux maladies périodiques avec les-
quelles rien n’engage à les confondre. La reproduction du meme phénomène dans des occasions différentes prouve seulement à quel haut degré l’action de la peau peut s’élever en certains points , et combien est profitable sa surexcitation naturelle en contrebalançant heureusement celle des organes plus profondément situés.
N’isolant pas l’étude des affections de la peau de celle des mouvements généraux de l’organisme, c’est d’après ceux-ci , plus que comme simple éruption , que nous rapprochons ruRTiCAiRE de l’herpès labiale. A ce titre néanmoins les motifs de ce rapprochement ne peuvent encore être suffisants qu’en y joignant la considération d’un effort critique que son développement à la périphérie rend facile à juger dans les deux cas.
En effet, si, de même que dans l’herpés labiale, l’action du système cutané est vivement sollicitée dans l’urticaire, elle se trouve l’être de manière à différer beaucoup de ce qu’elle était dans le cas précédent.
Alors, le stimulus sanguin pouvait encore, à la suite d’une simple modification ou atténuation, être éliminé sous forme de sueur et d’exhalation séreuse; ici, au contraire, par une altération plus profonde, il s’éloigne déjà des rapports qui doivent exister entre lui et l’appareil transpiratoire pour faciliter son élaboration et son élimination; et il participe davantage par les éléments qu’il renferme de la propriété élective des matériaux de décomposition, ou tout à fait inassimilables, dont se chargent d’autres émonctoires.
Sa présence par conséquent, au lieu de l’exercice des fonctions de la peau, ne provoque plus dans cette partie qu’un développement exagéré et sans but de sensibilité organi-
que, acquérant ordinairement assez d'intensité pour être douloureusement perçue.
Pour juslilier ce que nous disons de la nature du stimulus . dans cette circonstance, il suftit de rappeler ce qui s’observe avec tant de similitude, quand, à la suite de ringestion de certains fruits, comme la fraise, de certaines substances alimentaires comme le homard, Técrevisse, les moules , le poisson salé, séché ou fumé, un principe délétére introduit dans le torrent de la circulation, sème en quelque sorte Tirritation en dillereuts points de renveloppe téü:umentaire ; il suftit de rappeler ce qui s’observe encore, quand le suc Acre do certains végétaux, de l’ortie particuliérement, a pénétré quelques portions de cette enveloppe.
Dans tous ces cas d'empoisonnement général ou local, quelquefois spontané , ainsi qu'il paraît se produire pendant la durée d’un accès de fièvre, les phénomènes par lesquels il se manifeste sont les mêmes, et l'explication que nous proposons de leur cause organique, vaut bien celle qu’on en donnait en l'atlribuant à l’obstruction des pores de la peau.
Au reste voici ce qui se passe à l’occasion de cette singulière dermatose, qui, lorsque la peau se présente A nous comme un double instrument d’extialation et d'absorption, comme un réservoir d'exquise sensibilité et une voie d'introduction pour une intinilé de substances médicamenteuses, irollVe encore cependant, dans le cas actuel, qu'un faible témoignage des accidents susceptibles de contrarier le développement de ses admirables facultés A cet éi^ard.
A-e tempérament A la fois bilieux et nerveux y prédisposé; elle n'est jamais plus commune pendant le règne des lièvres
inlcrmittcnlcs que lorsque ces lièvres se font remarquer par une plus grande tendance à comproineltre le foie. Aussi s’associe-l-elle souvent à Tictère en donnant l’idée de la part que la bile, ou quelques-unes de ses parties constituantes, pourrait bien prendre à sa production.
Accompagnant les accès en signalant plutôt les progrès de la période de réaction que son déclin et à Tinverse des autres crises humorables plus prés de leur accomplissement^ celle-ci ajoute au malaise général, qui déjà résulte de Tintensité d’un paroxisme fébrile, le sentiment insolite d’une vive ardeur répandue sur toute la surface du corps, qui bientôt au lieu de devenir habitueuse se couvre d’écliauboulures. Ces élevures se montrent partout; se prononcent et se multiplient en proportion des tentatives que fait le malade pour se découvrir en cherchant par ce moyen à calmer le feu qui le dévore. Elles sont plus remarquables encore par leur étendue que par leur proéminence; larges, irrégulières, le frottement semble quelquefois aussi suffire pour les rendre confluentes. C’est ainsi que sur les épaules et les reins particuliérement elles acquiérent fréquemment de grandes dimensions. Leur teinte rosée s’effaçant par la pression et étant plus lente à reparaître que dans l’érysipèle, il s’en suit que facilement elles se dessinent en blanc sur la coloration plus animée et quelquefois d’un rouge vif que conserve la peau dans leurs intervalles. La démangeaison qu’elles font éprouver est surtout un supplice, entraînant avec de fréquentes nausées, et après quelques vomissements ou quelques évacuations alvines, un grand accablement, qui, sans la présence d’un sédiment notable dans les urines, serait le mode de terminaison le plus apparent des accès de ce genre.
Celte terminaison en outre n’est pas aussi franche qu’on
pourrait le désirer; elle laisse de l’inquiétude. Cependant, si Ton fait attention que l’épiphénoméne qui en a le plus retardé la réalisation, perd insensiblement de sa gravité quand il se reproduit avec de nouveaux accès; si Ton fait attention que jamais ceux-ci n’ont de suites sérieuses, que toujours au contraire la guérison complète en est assurée et assez prompte, on est forcé de reconnaître , que malgré l’aspect alarmant de ses symptômes , la turgescence morbide de la peau , en perdant tout caractère de complication fâcheuse, ne peut que contribuer à la manière des exanthèmes aigus, sans en avoir les suites, à détourner des viscères les congestions et les concentrations qui les menacent, en marquant ainsi, parmi les crises qui favorisent la liberté de leurs mouvements, la place qu’elle doit occuper et qu’ordinairement on assigne aux plusheureuses.
Parmi les opinions accréditées d’une doctrine tombée dans l’oubli , il en est qui ont le privilège de lui survivre, comme pour en conserver le principe. C’est ce qui est arrivé à l’occasion des EPISTAXIS, dont on a jamais dans bien des cas méconnu l’influence salutaire sur la solution des maladies. Cependant il y a plus de difficulté pour ce qui les concerne, à embrasser, comme précédemment, tous les faits susceptibles d’en faire apprécier la valeur comme éléments de crises.
Ces hémorrhagies, quoiqu’assez communes, ne survenant qu’irréguliérement dans chaque saison et dans un grand nombre de maladies légères ou graves à diverses époques de leur durée, ne variant pas moins quant à leur abondance, ne se prêtent qu’avec peine à une exposition succinte de leurs titres à la confiance dont elles jouissent.
Pour enindiquerles plus réels , il faut d’abord séparer comme n’en présentant aucun, ces cas de fièvres subintrantes ictériques
ou typhoïdes avec pétéchies; ceux de fièvre rémittente avec affection scorbutique, dans lesquels un état de prostration, dè eollapsus ou d’épuisement, ôte à tout écoulement sanguin le vrai caractère d’un effort tenté par la nature.
Il faut ensuite ne tenir qu'un faible compte de ces épistaxis qui se prononcent à peine, et qu’une irritation plus vive, dont le siège est ailleurs que dans la muqueuse nasale, fait avorter.
Après ces exceptions le nombre des cas incontestablement jugés par une épistaxis se trouve bien limité. Il en existe néanmoins , et ce sont ceux de fièvre d’accès sous tous les types , affectant des sujets sanguins, chez lesquels la céphalalgie prédomine et se continue même pendant les intervalles d’apyrexie. Une hémorrhagie nasale intervient alors toujours favorablement, diminue l’éréthisme ou fait cesser une complication fâcheuse sous Tinfluence de laquelle la réaction générale ne peut jamais assez librement se développer pour donner lieu au retour de l’équilibre de toutes les fonctions d’une manière aussi complète que l’exige la cessation des conditions d’un nouvel accès.
Y-a-t-il dans de semblables circonstances de ces signes précurseurs à l’aide desquels il soit possible d’arriver à un pronostic assuré? Peut-on admettre comme tels, l’injection des conjonctives, le trouble de la 'vue donnant aux objets un aspect brillant, une douleur gravative au front et à la racine du nez, la pesanteur des tempes, les tintements d’oreille , le battement des artères temporales, le gonflement des veines du cou, un léger délire ou une propension à l’assoupissement contrariée par le prurit des narines, la vitesse, la plénitude, la dureté et l’inégalité du pouls, le refroidissement des extrémités inférieures et enfin des alternatives de frissons dans la région dorsale et de chaleur à la face?
Nul doute que chacun de ces phénomènes n’appartienne plutôt à une congestion vive dirigée vers les parties supérieures qu’à l’épistaxis elle-même; mais ils ne constituent pas moins par leur réunion l’expression symptomatique d’un acte fonctionnel morbide, dont elle est le complément, sinon le but; et dés lors il est permis , en les voyant coïncider avec la dernière période d’un accès et se manifester avec modération , d’en calculer les chances favorables en comptant, après un effort critique ainsi préparé et bientôt confirmé par un écoulement de sang par les narines, sur le soulagement marqué qui en dérive et le rend aussi incontestable que le bien être qui résulte toujours de l’accomplissement d’une fonction physiologique.
Une voie plus large à la solution heureuse des fièvres intermittentes est offerte par les sceurs. Leur manifestation qui semblait même à Haller une espèce de maladie, est un exemple’ du passage d’une fonction physiologique à une fonction morbide, en comparant le phénomène qu’elles représentent à celui de la transpiration insensible. Comme celle-ci d’ailleurs, les sueurs ne sont qu’un effet subordonné à l’accomplissement d’un plus grand nombre d’autres.
En effet la faculté exhalante de la peau , toujours en rapport avec le degré d’épanouissement du réseau capillaire que les vaisseaux sanguins forment sur le derme et le' dégré d’activité que lui communique l’appareil nerveux sous la dépendance duquel il se trouve, ne peut dépasser certaines limites, ou rester en deçà, sans qu’on ait à rechercher la cause de son exagération ou de son défaut dans un dérangement d’autres fonctions, dont elle n’est en quelque sorte que le dernier terme.
A ce titre , autant que par l’importance que lui donne son
concours avec d’autres appareils, relativement à la deshydrogénation du sang, s’établit entre la peau et tous les organes une solidarité qui l’appelle à jouer le plus grand rôle dans les maladies.
Aussi après avoir remarqué tout ce qu’avait de nuisible une suppression de transpiration, on pouvait penser, et l’observation y conduisait, que son retour avec plus d’abondance était un indice et un moyen de guérison.
Sydenbam le reconnaissait en cherchant quelquefois à provoquer la sueur avant l’invasion des frissons par lesquels débute un accès de fièvre. Il se trouvait également bien de la solliciter convenablement et sans excès dans la dysenterie. Si dans d’autres circonstances il combat l’opinion de ses contemporains trop exclusifs et trop disposés à user des cordiaux décorés du titre de sudorifiques, c’est qu’il savait par expérience, en en traduisant la leçon par coda non crucla sant medicanda J ce que nous disons en d’autres termes, qu’il y a à cet égard une opportunité à saisir, et qu’aucun procédé de l’art, s’il en est de réels quand il est vrai de dire: sudores proliccre non tant medici quam natiiræ pt'ovincia est y ne peut être avantageux si l’action qu’il doit exercer n’est pas en harmonie avec l’ordre de succession et d’enchaînement des mouvements organiques appelés à concourir à un résultat unique.
Cet ordre constant à l’état normal , doit être le même à l’état morbide et à l’état thérapeutique pour être suivi de soulagement. Il réside dans la liberté de la respiration, dans la stimulation modérée du cœur, dans la stimulation, en correspondance avec cette dernière, des capillaires destinés à agir sur le sang qui leur arrive, dans l’action proportionnée
des sécréteurs ayant à modifier ce fluide et A en mettre les éléments en rapport avec le de^ré de sensibilité des bouches exhalantes.
La réalisation de cet ordre ou son interversion plus ou moins complète, détermine la distance qui sépare les sueurs dites critiques des sueurs dites symptomatiques.
Ces dernières inégales ou partielles, souvent froides et visqueuses, se montrant dés le début de la maladie, ou lorscjiie déjà elle a acquis son plus haut degré de gravité, n’annoncent que l’oppression, le trouble profond de toute l’économie; on les voit dans plusieurs variétés de fièvres pernicieuses. Les premières, générales, douces, halitueuses, apparaissant de préférence au déclin des accès, signalent, au contraire, l’exercice plus libre des principales fonctions et un surcroît d’activité répandu à la périphérie.
C’est à ce surcroît d’activité, inséparable des sueurs au déclin des accès, qu’est due l’intermittence la plus franche ; s’il est faible, il n’y a que rémittence. C’est lui aussi, quelque soit leur abondance ou la nature de leurs produits, susceptibles de varier, qui donne aux exhalations cutanées toute leur efficacité.
Rarement en effet dans les meilleures conditions, la transpiration se fait remarquer par sa quantité, son odeur ou des qualités particulières décélant une élimination à laquelle on pourrait être tenté d’attribuer exclusivement ses bons résultats. Mais toutes les fois qu’elle se soutient sans être immodérée; toutes les fois qu’elle coïncide avec un développement prononcé du cœur, influant sur la dilatation facile de toutes les artères , reconnue au caractère du pouls appelé inciduus^ elle repré-
sente ajuste titre un effort médicateur des plus complets, en ee sens, que nulle concentration vers les viscères ne peut résister à la surexcitation d"une surface aussi étendue que celle que présente la peau ; surexcitation tellement ménagée qu’elle agit moins en raison de son intensité que de son égale répartition, et toujours de manière à n’entretenir, avec l’action des sécréteurs, que les sympathies nécessaires à l’accomplissement régulier des actes les plus importants de l’organisme.
Une diaphorése convenable constitue donc une des meilleures crises, et comme la plupart des autres n’ont réellement ce caractère qu’en lui permettant de se développer pleinement, ajoutons, en outre, que c’est aussi une des plus fréquentes, grâce à un heureux consensus de phénomènes auxiliaires.
Il n’y a rien de semblable à attendre quand l’engorgement des viscères est devenu permanent ; quand celui des muqueuses digestives est passé à l’état chronique. Les sueurs critiques cessent d’appartenir à ces périodes secondaires de la maladie; la peau alors ne répond plus aux stimulations graduellement affaiblies de la réaction générale d’ailleurs insuffisante, elle s’atrophie; il lui faut un autre air, d’autres ' influences pour recouvrer sa susceptibilité promptement usée sous le climat d’Afrique.
L’importance de l’appareil devenu ainsi que nous venons de le voir l’intermédiaire d’une crise, augraenle sans contredit la signification de cette crise. C’est ainsi que la peau , tant que sa dégradation n’a pas été consommée par la prolongation de la maladie, est appelie à fournir les plus essentielles.
Son aptitude sous ce rapport , es^t elle partagée par l’appareil urinaire?
— Sk —
Une réponse affirmalive ù celte (jiiestion ne peut être absolue ; elle exige une distinction et une courte explication.
D’une part Tappareil urinaire est souvent chargé de suppléer à l’insuffisance des sécrétions cutanées diminuées ou suspendues et réciproquement. Ces faits établissent d’une manière - incontestable la solidarité en antagonisme des deux fonctions et deviennent un argument en faveur de l’égalité d’influence de l’une et de l’autre sur la solution des maladies.
Cependant cette influence varie pour chacune d’elles selon les circonstances; car, d’autre part, l’appareil des voies uri-
naires, plus spécialement destiné à opérer le départ et la transmission an dehors des matériaux usés qui ont servi à la composition des organes, n’a pas avec ces organes et surtout avec l’appareil des sentations externes des relations aussi étendues que le sont celles de la peau , chez l’homme particuliérement.
Il résulte de cette différence, que si , à l’occasion des crises effectuées parla peau, il s’agit moins encore de la nature des produits éliminés que de l’action organique spécialement mise enjeu et susceptible d’en varier l’abondance, à l’occasion des crises par les urines, il y a plus, au contraire, à compter sur ces produits eux-mêmes que sur l’action organique qui dépouille le sang des principes qui lui sont devenus étrangers et y surabondent.
C’est dire en d’autres termes que si les crises par les sueurs participent à la fois du caractère névrostbénique et du caractère humoral et peut-être plus du premier que du second, les crises par les urines, à leur tour, représentent presqu’exclusivement ce dernier, et n’ont dans les maladies d’autre ira-
portance que celle que détermine la nécessité plus ou moins grande des éliminations.
Cette nécessité, au moins à leur début, est peut-être moindre pour les fièvres intermittentes, qui sont alors essentiellement dynamiques, que pour les autres pyrexies qui ont pour condition commune une altération du stimulus sanguin; elle est moindre surtout que dans les fièvres inflammatoires et rhumatismales qui n’ont pas d’exanthérne dépurateur.
Quand elle se prononce d’avantage, ce n’est jamais qu’en proportion de la vigueur des réactions , qu’en proportion de leur répétition ou des complications phlegraasiques et le mouvement fébrile, vif ou obscur et prolongé, suffît alors pour modifî er assez la crase des fluides circulants et y introduire des éléments dont l’élimination devient urgente.
Telles sont les causes les moins équivoques du sédiment briqueté des urines pathognomoniques et toujours favorables dans les fièvres d’accès. Si nous excluons de la production de ce phénomène les effluves des marécages, si généralement reconnus pour infecter le sang, c’est que rien n’est moins prouvé que leur intervention dans cette circonstance.
Nous ne nions pas toute fois l’intervention de ces miasmes dans la production des fièvres intermittentes elles-mêmes ; mais, outre qu’il est très-probable qu’ils sont de la nature des principes facilement et complètement altérables par un travail d’élaboration , d’où il suit que la maladie , ne les reproduisant pas comme beaucoup d’autres maladies reproduisent ceux qui leur sont propres, n’est jamais contagieuse, nous sommes également forcés de convenir qu'ils ne constituent pas la condition sine quâ non de ces fièvres, et que si elTeclivement
ils peuveut les raulliplier et les aggraver beaucoup, celles-ci ne se montrent pas moins susceptibles de se développer sous la seule influence du climat et sous des influences plus individuelles assez efficaces pour n’avoir rien alors à emprunter aux émanations marécageuses, d’ailleurs fort contestables en beaucoup de localités soumises comme beaucoup d’autres aux invasions périodiques de l’épidémie.
Signaler l’origine du sédiment briqueté des urines, c’est mettre sur la voie d’une induction facile à saisir, et qui mène à en apprécier la valeur critique. Les faits d’ailleurs se multiplient et se pressent pour en confirmer l’exactitude. De tous ces faits, les uns se rapportent à la présence du sédiment, et les autres à la plus ou moins grande abondance des urines, elles-mêmes.
On n’observe pas de dépôt et les urines sont tenues et limpides au début des accès et pendant leur stade marquée par des frissons. Elles restent telles aussi longtemps que persiste l’état spasmodique et qu’il arrête, par sa prédominance, le mouvement interstitiel ou suspend la plupart des autres sécrétions. La gravité de ce phénomène' n’est pas douteuse; un traitement stimulant et mal entendu le prolonge. S’il rereparaît inopinément, c’est que le délire est prochain. Aussi, est-ce avec raison qu’il prend rang parmi les symptômes fâcheux de la période de crudité dont il fait partie.
Pendant la durée de la période de coction qui vient ensuite, lorsque la chaleur fébrile s’est manifestée , les premières traces du sédiment commencent à s’apercevoir et se décèlent par la couleur rouge des urines devenues très-rares et par leur aspect terne dépourvu de transparence. Enfin arrive la fin de l’accès, la période d’élimination, la période de crise.
de rétablissement des sécrétions; dés tors celle des urines, bien que contrebalancée par l’abondance de la transpiration, reprend son cours et se fait surtout remarquer par la déposition critique dont nous avons déjà indiqué le caratére et l’origine.
Le retour à l’état normal de cette sécrétion tarde peu si les accès ne doivent plus reparaître, et c’est l’un des effets les plus sensibles de l’administration convenable et en temps opportun des antipériodiques. Dans d’autres cas, où les jours d’apyrexie elle continue à se débarrasser des produits qui ont pris naissance pendant le paroxisme de la veille, c'est que la crise nervostbénique , dont la crise humorale n’est jamais que le complément , a été elle-même retardée et incomplète. Dès lors l’apparition de nouveaux accès, même sous forme pernicieuse, est à redouter.
Indépendamment des sédiments, la rareté des urines se fait encore remarquer, quand , pendant le cours des fièvres d’accès, une fluxion diarrhéique ou dysentérique se prépare ; elle se fait remarquer à la suite des fréquentes récidives de ces fièvres, dans tous les cas d’affection et d’engorgement chroniques des viscères abdominaux; dans ceux qui plus particulièrement se compliquent d’hydropisie ou de leucophlegmalie ; et assez généralement alors, il n’y a de signification critique que lorsque les urines coulent en abondance. Si même, dans les derniers cas que nous venons de citer, des quantités variables d’albumine s’y décèlent, ce n’est jamais que comme circonstance aggravante et en annonçant un acheminement vers la consomption.
Mais l’abondance salutaire des urines est plus souvent à désirer qu’à espérer, lorsque l’organisme est profondément
afl’aibli. Ponrqiie ce résiiUat se réalise, il faut que sous (les influences générales devenues plus favorables, toute Téconomie subisse une modification .assez marquée pour permettre à quelques fonctions de seconder par un retour d’activité celles que doivent avec plus d’énergie présenter les voies urinaires.
On confondrait à tort cependant comme également réfractaires à une solution critique par les urines et comme dépendants des mômes lésions organiques, tous les cas d’bydropisie et de leucopblegmatie. Parmi eux, et plus souvent peut être qu'il n’y en a de désespérés, il s’en rencontre qui se distinguent assez des autres pour (ju’il soit ici déplacé d’indiquer les conditions dans lesquelles ils se présentent.
Lorsque la peau a été brusquement impressionnée par une température froide et humide, ou lorsque déjà elle est émaciée, bien que l’état des sujets comporte encore un certain degré de vigueur, on ne tarde à remarquer qu’elle ne peut, plus que faiblement répondre aux provocations de la réaction générale. Ses sécréteurs, la faculté exhalante qui leur est propre, ne correspondent plus que par une complète inertie à la rapidité des phénomènes d’imbibition et à l’impulsion augmentée dans les capillaires par la précipitation du mouvement circulatoire à chaque retour de fièvre. La plénitude du système artériel contraste avec la faiblesse du système cutané ; l’équilibre est rompu entre faction de l’un et faction de l’autre. Dès lors une rosée séreuse sans issue au dehors, inonde le tissu cellulaire et s’épanche dans les cavités. C’est en pathologie la reproduction de l’une des expériences les plus ingénieuses de M. Magendie: c’est le même phénomène; l’infiltration intermittente comme les accès , n’a de terme qu’à leur suspension.
Le sulfate de quinine en triomphe toujours heureusement* en complétant par une action thérapeutique anologue à Faction de la réaction générale , ce qui manque é cette dernière pour être efficace, et des urines copieuses font le reste.
En pareille circonstance , le succès de cette médication est égal à celui qu’on lui doit aussi dans les cas d’imminence d’accès pernicieux 5 elle arrache autant de victimes vouées à une mort certaine 5 car, qu’il y ait en même temps effort infructueux vers la périphérie, et complication accidentelle d’angine, de bronchite ou disposition plus marquée à la céphalalgie, il arrive plus d’une fois, si Fon n'y prend garde, que les épanchements séreux ont lieu particuliérement autour de la glotte ou dans les ventricules cérébraux, et que les sujets, bien qu’ils n’eussent d’abord rien présenté d’alarmant, périssent suffoqués , ou tardent peu à succomber au coma que quelques convulsions ont précédé.
Certes les hydropisies de ce genre , qu’autrefois on eut appelées chaudes ou actives , mais qui néanmoins une fois déterminées ne conservent rien du principe auquel elles doivent leur origine , ne sont pas symptômatiques au même titre que celles qui surviennent aussi après de plus nombreuses récidives de fièvre et lorsque déjà la détérioration de la constitution est beaucoup plus avancée.
Ces dernières hydropisies , constituant de véritables diathèses , liées à de profondes lésions viscérales , à l’appauvrissement des fluides, à la lenteur du mouvement circulatoire, à l’absence de toute réaction fébrile même momentanée, hors les cas assez rares de résorption purulente ; liées enfin aux obstacles que , dans son retour au cœur, le sang rencontre de la {Virt d’engorgements sus ou sous diaphragmatiques et pel-
viens, reconnaissent pour cause la distension des veines plutôt que celle des artères, et n’ont de commun avec les précédenles que la suspension de l'absorption qui dérive dans les deux cas de la plénitude des vaisseaux.
Ce sont particuliérement les cas que nous achevons de signaler, qui offrent dans leur ensemble à l'observateur attentif les conséquences dernières des fièvres intermittentes , c’està-dire l’alliance pour ainsi dire inévitable de la dégradation de la peau , de l’engorgement du foie et de la dysenterie chronique.
Séparant de notre travail les mauvaises crises comme déviations d’actions organiques, qui cessent d’étre médicatrices en opérant la transformation d’une maladie en une autre, notre intention en ce moment n’est pas d’examiner les rapports
de chacune de ces affections entre elles et avec les fièvres et leurs causes; mais nous dirons seulement que leur triste réunion est pour l’Afrique, l’affligeant témoignage de l’insuffisance de l’art, comme la pfithisie l’est pour la France.
Elle compense les pertes qu’on n’a pas en aussi grand nombre à attribuer à cette dernière en n’y comprenant pas surtout les tuberculeux qu’une cause nouvelle de destruction, plus compromettante pour l'ensemble de l’organisme, moissonne avant le terme fixé pour leur existence, en ne leur laissant plus le temps de mourir de la poitrine.
Maintenant d’où vient cette prédilection? Pourquoi ce premier genre de mort est-il plus commun en Afrique que le second? La raison nous en a toujours paru trés-sirnple. Nous n’avons jamais manqué , en l'accompagnant de tous les développements dont elle est susceptible, de la reproduire dans
nos conférences cliniques , en faisant remarquer toute l’insuffisance dans les pays chauds et humides des fonctions pulmonaires pour séparer du sang sous forme de gaz, le carbone et l’hydrogène dont il s’est chargé , quand, d’autre part, une plus grande activité des mouvements organiques . multiplie les besoins de cette séparation ; en faisant remarquer, quand la peau surtout avait déjà perdu sa vitalité, la nécessité pour le foie et la muqueuse du gros intestin d’exagérer leur influence fonctionnelle, pour éliminer sous forme liquide, des principes dont l’économie ne parvenait pas à se débarrasser par les voies ordinaires.
D’où résultait, prouvé par les exemples que nous avions sous les yeux et en harmonie avec nos démonstrations sur l’évidence du balancement des actions organiques, que l’activité de l’appareil biliaire et celle de l’appareil folliculeux du gros intestin , en rapport de vascularité et d’évolution avec le foie , étant en raison directe du ralentissement d’activité des appareils pulmonaire et cutané , chacun de ces appareils par cela même se trouvait, le premier d’abord, le second ensuite, plus particuliérement exposé aux maladies.
Frappés de l’extrême fréquence de ces maladies, de leur gravité , prenant en considération leur correspondance avec robscuritô des maladies du poumon, plus réelle que leur rareté, nous n’avons jamais pensé à un antagonisme entre les causes de ces dernières et celles des fièvres intermittentes elles-mêmes.
Et loin d’attribuer à celles-ci aucun privilège de bienfaisance, toujours nous déplorions au contraire, leur compatibilité en toutes circonstances , leur intervention dans la plupart des dérangements de l’organisme, environnant même
de danger ceux qui en étaient le moins susceptibles, tels que la pai tiirition , rallaitenient , la dentition ou les blessures les plus, légères.
Une polémique engagée depuis à grands frais d’érudition , en surprenant beaucoup de médecins en flagrant délit d’inattention sur la question qu’elle soulevait, n’a rien changé à nos convictions à son égard. Elle h’a fait que nous persuader davantage de la flexibilité des faits , que si souvent l’on dit inflexibles , quand avec de l’habileté et du talent on entreprend de les interpréter pour donner à une conception à priori toutes les apparences séduisantes de la vérité.
On n’est pas libre en pathologie , où tout s’enchaîne , de séparer à son gré toutes les questions qu’elle embrasse ; et , si tout-à-l’heure nous exprimions l’intention de remettre à un autre moment l’examen des conséquences dernières des fièvres d’accès , qui comme déviations d’actions organiques ne font que substituer une maladie à une autre, nous sommes loin de vouloir actuellement passer sous silence les phénomènes qui , tout en préparant ces fâcheux résultats , ont néanmoins dans leur principe tout ce qui caractérise un mouvement libérateur, une fonction morbide ayant un but, qui, s’il n’est plus uniquement le rétablissement de l’équilibre des forces , est celui, non moins important, du rétablissement de l’équilibre des sécrétions.
Les vomissements bilieux, un grand nombre de diarrhées, quelques dysenteries même , appartiennent à cet ordre de phénomènes.
Il est vrai qu’en rattachant toute maladie à l’idée d’un dérangement nécessairement fâcheux, nous sommes naturel-
ïement portés à juger défavorablement tout ce qui constitue l’ensemble de cette maladie, et habitués à notre inscu à interpréter dans le même sens les accidents qui surviennent pendant sa durée, en les considérant plutôt comme une complication, un progrès, une aggravation, que comme l’expression d’une tendance contraire. Les affections des voies digestives plus particuliérement ne sont jamais remarquées qu’avec la plus extrême défiance, lors même qu’on ne voit pas en elles la source principale des troubles plus étendus de l’organisme. Cependant, à leur égard, d'autres résultats que ceux que nous avons déjà fait pressentir, plaident fréquemment et avec évidence contre une manière de voir qui détourne de les considérer à leur origine sous un meilleur aspect, et ils parviennent sans peine à dégager à leur tour les phénomènes critiques qu’ils représentent de ces inquiétudes que nous avons vues inspirées avec assez peu de fondement par le développement de beaucoup d’autres.
Il suffit alors de faire attention aux limites de durée et d’intensité qu’ils peuvent atteindre et qu’ils ne doivent pas dépasser pour rencontrer en eux des efforts incontestablement salutaires.
C’est ainsi que dans nos fièvres à retours périodiques^ la surexcitation plus prononcée dont une portion ou une autre des voies digestives devient le siège pendant la durée de la réaction générale, peut être entrevue sans danger; c’est ainsi même , quand à une époque assez rapprochée du début des accès , il y a tant de diarrhées muqueuses et sanguinolentes, tant de vomissements bilieux spontanés ou sollicités qui loin de retarder la solution heureuse de la maladie semblent au contraire la rendre plus prompte , qu’on est bien forcé de convenir que leur apparition n’est pas toujours sans avantage.
Que les humoristes, s’il en existe encore pour représenter l’opinion exclusive flétrie par cette qualification, s’emparent de ces faits qui longtemps ont rendu leur argumentation victorieuse; qu’ils s’en emparent pour ne rien voir au-delà d’une évacuation de matière nuisible, sans nous laisser comme eux séduire par la vraisemblance, ni l’accepter comme suffisante, nous arrêterons toujours de préférence notre attention sur l’état dans lequel l’économie et les tissus qui les ont fournies restent après de telles évacuations. En attribuant à cet état la part bien légitime qui lui revient dans les guérisons, on est facilement dispensé de toute autre explication.
Qu’observe-t-on, en effet, après ces évacuations dues à l’activité que manifestent plus particuliérement les sécréteurs? A un sentiment de surcharge gastrique, de pesanteur dans les hjpocondres, de tension de l’abdomen dominant tous les autres symptômes de la maladie, succède rapidement un sentiment de mieux-être, qui de Taveu même des malades est déjà presque toute la guérison.
Ce prompt soulagement n’indique-t-il pas un exercice plus libre des mouvements intestinaux et de la circulation abdominale? Si l’on fait en outre attention que les organes et les tissus qui viennent d’éprouver une déperdition abondante de fluides, se trouvent dans les conditions de ceux auxquels on a soustrait beaucoup de sang et en conséquence peu disposés à un retour prochain d’irritation , on concevra facilement qu’ils n’entraîneront plus de concentrations particulières susceptibles de retarder la réaction générale , qui libre dés lors , provoquant ces sueurs que nous avons vues être le résultat de son développement régulier, achèvera de cette manière et sans entraves, une crise commencée par des selles et des vomissements.
Pour ce qui concerne les vomissements, en se rappelant plus particuliérement que pendant la première période des accès, le sang refoulé vers le cœur et lancé vers les organes les plus voisins et les plus habitués à recevoir des afflux périodiques de ce liquidé, a du nécessairement engorger le foie comme la rate ; en n’oubliant pas non plus que le premier de ces organes comme sécréteur est surtout disposé à se débarrasser, après un travail d’élaboration, du superflu des matériaux qui lui arrivent extraordinairement et avec tant d’abondance, on ne verra plus dans les vomissements que la conséquence naîurelle d’un abord plus considérable de fluides, qu’un acte physiologique, ou mieux l’accomplissement d’une fonction devenant morbide par son exagération, et qui ne laisse entre l’état normal et celui sous lequel elle se présente, d’autre distance que celle qui sépare les sueurs de la transpiration insensible.
Les vomissements ne sont donc que la sueur du foie; ils ne peuvent se réaliser et être utiles que lorsque cet organe se trouve dans les conditions où se trouve la peau elle- même lorsqu’elle réalise des sueurs véritablement critiques; ils ne peuvent se réaliser et être utiles que lorsque les diverses actions organiques qui doivent y concourir, se succèdent avec ordre et sont en harmonie. Autrement ils ne sont plus que symptômatiques et fâcheux.
A leur occasion se reproduisent toutes les questions relatives à l’opportunité et à la facilité des provocations sudo-^ raies et nous pouvons leur appliquer ce que Sydenham pensait de ces dernières en disant à notre tour : Biliosi 'nomitiis prolicere 7ion tam medici qiiàrn naturœ provmcia est.
S’il est facile, en eflet, d’administrer un vomitif, il ne
l’est pas également de bien déterminer les circonstances dans lesquelles il peut Têtre en toute sécurité, abstraction faite de Tétât plus ou moins favorable des surfaces par Tintermédiaire desquelles il doit agir. Quand il y a stupeur, Tengorgement du foie y participe toujours à un haut degré, et sous cette forme les granulations qui sont pour Tappareil biliaire autant d’appareils particuliers, ne peuvent réagir convenablement sur les éléments à élaborer et à éliminer; quand sous une autre forme de Tengorgement hépatique il y a réaction trop vive, sensibilité et tension douloureuse de Thypocondre, les mêmes granulations sont le siège d’un orgasme inflammatoire non moins susceptible de suspendre toute sécrétion. Alors, il n’y a pas à en douter, on ne peut qu’augmenter beaucoup le malaise en cherchant à provoquer les vomissements.
Dans Tune et dans Tautre de ces circonstances, comme il n’y a ni élaboration ni élimination possibles, il n’y a pas davantage lieu à une évacuation. La nature, comme l’auraient dit les anciens^ n’est pas disposée à ouvrir cette voie à une solution critique. Mais ce n’est pas à dire qu’elle ne Test jamais, ni qu’il faille toujours renoncer à la seconder lorsque cette disposition, tout en se manifestant, ne se montre que languissante. Dans bien des cas, au contraire, et c’est le propre de quelques constitutions épidémiques de reproduire certaines diathèses qui amènent le besoin et la facilité des évacuations biliaires , Teraploi des moyens reconnus pour les favoriser trouvent parfaitement leur indication.
Ce sont ces derniers cas de même que les précédents, qu’il faut s'attacher à reconnaître et à bien préciser, pour justifier comme méthode générale de traitement dans les fièvres intermittentes, soit d’une part Tusage des vomitifs, soit de
Tautre leur proscription absolue. Autrement, chacune de ces opinions comme trop exclusive est blâmable au même litre.
Nous nous garderons bien néanmoins d’être injustes envers les défenseurs que Tune et Tautre ont eu en Afrique, en n’attribuant pas aux difficultés de l’art une si grande dissidence. Pour le public seulement elle a pu être prpsqu’un scandale; mais pour le médecin qui réfléchit, tout se réduit à ce qu’elle prend sa source dans une appréciation si délicate que l’erreur est facile. Judicium difficile y experien— lia fallax y aurait dit Hippocrate avec indulgence.
On n’ignore pas d’ailleurs que sans déshériter la science de ses droits à la confiance générale et que sans rien perdre eux-mêmes de l’estime réservée à leurs travaux d’habiles médecins ont pu paraître en opposition. On sait aussi qu’on ne prononce jamais qu’avec un égal et profond respect les noms de Stoll et de de lîaën, et que cependant ces deux illustres interprètes de la clinique de Vienne, conduits par des principes à peu prés semblables , habitant le même climat, exerçant dans le même hôpital^ ne partagèrent pas les mêmes opinions sur quelques points essentiels de la pratique médicale. Stoll, dit Vie d’Azir, faisait un grand usage de l’émétique au commencement des maladies aiguës, et de Haën se vantait de ne l’employer jamais ; celui-ci prodiguait le quinquina, Stoll le conseillait avec plus de mesure. La malignité paraissait à de Haën n’être qu’un accident produit, comme les fièvres exanthématiques, par un régime défectueux ou par un traitement erroné ; Stoll, au contraire, a décrit des fièvres essentiellement malignes ; il en a déterminé le caractère , et il a prouvé que le foyer des exanthèmes résidait souvent dans les humeurs dont les premières étaient remplies.
Stoll aussi, lui qui observait à la manière de Sydenham et avait reçu ses premières impressions médicales en Hongrie où régnaient annuellement des fièvres du plus mauvais caraclére, reconnaissait comme non moins salutaires que les vomissements de matière bilieuse, un grand nombre de diarrhées. Il n’en isolait pas la considération des phénomènes d’un paroxisme fébrile, ni de ceux des aflections de poitrine avec lesquelles il les a vues coïncider.
La liaison de ces diauuhées avec les principaux dérangements de l'organisme est telle en effet, que tout ce qui s’y rattache , touche particulièrement aux troubles de la circulation et n’est sous leur dépendance que la conséquence des troubles infiniment variés de l’appareil biliaire, dont l’insuffisance fonctionnelle entraîne la nécessité d’une voie nouvelle pour les éliminations.
Dans d’autres cas, fréquemment déjà nous avons vu les actes dynamiques, les transmissions de ce genre se suppléer, se substituer les unes aux autres; dans ceux-ci la substitution a lieu dans la série des mouvements sécrétoires; et, sans avoir rien de fortuit , elle s’effectue dans l’ordre naturel des rapports qui plus directement rendent les .organes solidaires entre eux et appellent plus particuliérement l’un d’eux à en remplacer un autre dans ses fonctions devenues languissantes.
C’est ce qui s’observe, par exemple, quand aux diminutions de la transpiration cutanée , succèdent d’abondantes urines; quand sollicitées par le peu d’activité des exhalations pulmonaires, des menstrues ou des déjections plus biliaires, viennent rétablir l’équilibre des déperditions obligées d’hydrogène et de carbone; quand enfin la peau, les reins, les
poumons, le foie fonctionnant mal, rencontrent dans Fappareii folliculeux du gros intestin un auxiliaire dépurateur.
Tout se lie étroitement dans la vie, les mouvements dynamiques, comme les mouvements sécrétoires, et la tendance au rétablissement de l’équilibre par le secours des uns , n’est pas moindre par celui des autres.
C’est donc l’aptitude fonctionnelle du gros intestin qui décide de ses affections, qui détermine la fréquence des diarrhées.
Ces diarrhées dés-lors ne représentent plus que le dernier terme d’une fonction morbide ayant un but comme toutes celles que nous avons précédemment examinées.
Dépendantes dans les fièvres d’accès des changements survenus dans l’accomplissement normal et régulier des fonctions du foie , elles se distinguent des phlegmasies proprement dites , par leur indolence , parce que le fait même de leur apparition signale un acte accompli ; de même que les pustules de la peau dans la variole en signalent un autre. Ici , à la peau , malgré les craintes que semblerait devoir inspirer une inflammation disséminée sur une surface aussi étendue et aussi riche de sensibilité , quand la simple excoriation du derme par un vésicatoire d’une médiocre dimension suffit parfois pour allumer la fièvre, celle-ci, au contraire, se dissipe lorsque l’éruption est achevée; là, à la surface du gros intestin, les résultats sont semblables, le but est atteint, il est étranger aux provocations fébriles, il y a eu crise.
Mais s’il y a des limites à l’action critique dont la peau peut être le siège , il y en a aussi pour celle de la muqueuse du gros intestin. Si elle se prolonge, entretenue surtout par la cause à laquelle elle doit son origine, les tissus, sous l’in-
fliience d’un travail insolite, ne tardent pas à s’altérer, les cryptes s’ulcèrent , ou Tabord inaccoutumé d’une certaine quantité de sang provoque à divers degrés, sous des formes diverses, quelquefois sous la forme phlegmoneuse , de redoutables inflammations.
Dés ce moment il n’y a plus crise ; la maladie est plus
complètement localisée; elle se spécialise, appelle une étude nouvelle, constitue en un mot à son tour une fonction morbide nouvelle, qui par les symptômes qui lui sont propres, tels que la douleur, des coliques, le tenesme , l’ardeur et la sécheresse de la peau, la dureté du pouls, indique cette fâcheuse transformation.
Néanmoins cette transformation, tantôt brusque, tantôt beaucoup plus lente, souvent aussi n’a pas lieu. A ces derniers cas appartiennent toutes ces diarrhées qui accompagnent l’acclimatement dans les pays chauds et auxquelles assez généralement on attribue la propriété de le favoriser.
Ces diarrhées d’acclimatement sont critiques au même titre que celles qui se manifestent pendant la durée d’une lièvre d’accès ; que celles qui se renouvellent à chaque rechùte d’autant plus facilement que celles-ci ont été plus nombreuses ; que celles enfin qui persistent pendant les intervalles plus ou moins prolongés d’apyrexie. La présence d’un peu de sang dans les selles n’enlève pas toujours, ni aux unes ni aux autres ce caractère , et telle est leur marche, qu’il en serait à peine question dans la pathologie d’Afrique , si les circonstances qui les accompagnent fréquemment, ou les conséquences qui en dérivent , ne leur donnaient quelqu’importance.
Ce qui explique l’extrême fréquence des diarrhées dans les
fièvres d’Afrique , où elles sont presqu’inévitables , par opposition et en raison de quelque différence dans la cause qui les produit, rend également compte de l’apparition beaucoup plus rare des parotides, dont il nous reste actuellement à dire un mot pour compléter ce qui concerne l’exposition que nous avons entreprise des phénomènes critiques les plus dignes d’attention*
Les fièvres périodiques , ainsi que le prouve ce que nous en avons dit, ayant eu d’ailleurs déjà l’occasion de le faire remarquer, essentiellement dynamiques à leur début surtout, ne participent que rarement et bien imparfaitement des conditions communes aux autres pyrexies reconnaissant pour cause une altération matérielle du stimulus sanguin. La plupart de leurs crises sont névrostbéniques ; ou , quand elles sont humorales comme nous venons de le voir, l’action qui les détermine est représentée par des actions analogues à l’état normal, n’offrant que plus d’exagération dans leur activité et dans leurs produits ; les crises de ce genre sont celles qui leur sont propres ; elles en sont aussi les plus ordinaires.
Mais s’il survient pendant leur durée des complications phlegmasiques , si leur invasion est due à une action plus puissante des causes morbides, à l’intensité des miasmes ; si l’encorabrement des malades dans les hôpitaux multiplie en outre les sources d’infection , alors évidemment les conditions changent, leur évolution n’est plus régulière, et à leur principe s’ajoute celui plus ou moins spécial d’autres pyrexies qui les en rapproche et leur donne un air de parenté soit avec les fièvres typhoïdes , soit avec la fièvre jaune d’Amérique , soit enfin avec le typhus d’Orient reconnu à ses bubons.
Dans ces circonstances toujours exceptionnelles , parce que
les causes qui les font naître le sont aussi , on ne reconnaît que très-difficilement une fièvre d’accès ; c’est à peine si quelques exacerbations irrégulières en révèlent le caractère : la prostration la plus complète, la stupeur, un délire sourd, un état comateux prolongé, ne laissent de comparaison à établir qu’avec les atfections fébriles les plus fâcheuses.
Il ne lui manque , à cette fièvre , que l’exanthème intestinal pour ressembler à la fièvre typhoïde , et quelquefois il se rencontre plus ou moins modifié; il ne lui manque que le vomissement noir pour ressembler à la fièvre jaune, et quelquefois , à l’autopsie, du sang altéré et épanché en abondance , s’est rencontré dans les voies digestives; il ne lui manque enfin pour ressembler à la peste que les bubons, et les parotides en tiennent lieu.
Ici, on le conçoit, les crises névrosthéniques sont irapuis^ santés , l’altération matérielle du stimulus sanguin disséminant ou localisant l’inflammation, rend plus compliquée l’œuvre d’élimination, plus urgent le besoin d’une crise humorale, et quelquefois, mais non toujours parce que la maladie est trop grave pour qu’il en soit ainsi, cette crise humorale se réalise par des parotides, qui de tous les exanthèmes spéciaux sont les moins désorganisateurs.
En effet, apparaissant à la fois ou successivement à peu d’intervalle des deux côtés du cou, ou plus communément d’un seul, pour que l’amendement notable dans les symptômes les plus fâcheux dont est toujours suivie leur éruption,, se soutienne , il n’est pas nécessaire que ces engorgements si rapidement et si inopinément développés dans les régions maxillo-mastoïdiennes et cervicales, passent à l’état de suppuration. Plus remarquables par leur volume, l’élargisse-
ment de leur base, par la gêne des mouvements et la surdité qui les accompagnent , que par la douleur ou des élancements dont ils sembleraient devoir être le siège , la résolution s'y manifeste facilement et on ne peut plus heureusement surtout en s’y opérant avec une certaine lenteur.
Nouveau foyer de vie , sous Tinfluence duquel les actions organiques normales reprennent peu à peu leur empire accoutumé, il ne peut être efficace qu'’autant qu’il est modéré; tandis qu’au contraire , quand un travail inflammatoire plus décidé s’en empare, même partiellement, il y a toujours à craindre un retour d’accidents du côté de l’encéphale, et alors les malades succombent à une réaction nouvelle dont les centres nerveux ne peuvent plus supporter l’impétuosité ; ils succombent même sans donner à d’autres accidents , qui pourraient résulter d’une résorption purulente, le temps de se développer à leur tour.
Quelques médecins jugent convenable d’abandonner ces tumeurs à elles-mêmes ; d’autres plus attentifs à en surveiller les progrès , se préoccupent des soins qu’exige leur excès d’activité , mais personne ne songe plus à y favoriser la suppuration. Cette pratique qui ne serait pas sans danger, n’aurait d’ailleurs aucune utilité, car le germe de la maladie ne se reproduit pas dans ces tumeurs , il ne s’y régénère pas ; le principe qui leur donne naissance atténué et complètement dénaturé par les mouvements organiques, est encore suscep- ' lible d’être repris par l’absorption et éliminé par d’autres émonctoires.
C’est ce qui distingue les maladies dans lesquelles on les observe, et en général toutes les fièvres dont nous venons de parler, des maladies plus éminemment miasmatiques et réelle-
ment conlagieuses , avec lesquelles néanmoins , sous leurs formes les plus sévères , il est bien facile de les confondre.
Ainsi s’applique aux fièvres d’Afrique , aux plus graves comme aux plus légères, la doctrine des crises, la pensée la plus médicale des siècles. Nous regrettons de n’en tracer qu’une bien faible esquisse, quand elle mérite une histoire; car si nous lui demandons la liaison des faits offerts en si grand nombre à l’observation, elle la fournit, elle les embrasse tous sans exception ; si nous voulons interpréter ce cri des organes souffrants, interroger les symptômes, pénétrer ce que leur marche a souvent de tumultueux , d’interrorapu , de caché par raille accidents divers, elle nous vient encore en aide. A l’orgueil des prétentions thérapeutiques, par les indications les plus précises elle répond : imitez. Et bien plus, par la révélation d’une admirable harmonie, d’une incomparable unité , grandissant la confiance au lit de la douleur, elle nous fait pressentir ce que pressentait Paré , en disant avec cette humilité qui est aussi le génie : Je le pansai y Dieu le guérit*
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