‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 100 sur 175 · CINQUIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME RÉFLEXION

Sentimeiis d'une âme pénitente qui craint de se laisser tromper par les apparences d'une fausse conversion.

i^/^^^l ^^ suis-je, mon beigneur et mon À vÀrT; K Dieu, qui suis-je qu'un ororueilleux Qdué^l:^>L atome et qu une aveugle qui s'égare dès que votre lumière cesse de l'éclairer , et qui mérite d'être précipitée dans les abîmes du néant, sitôt que je prétends me pouvoir élever par ma propre vertu au-dessus des ordres de votre sagesse ?

Anéantissez dans mon cœur tout ce qui m'inspire de me glorifier en moi-même, tous ces talens de perdition, mais principalement cette vivacité de mon esprit qui ne me sert qu'à me détourner des voies de

votre éternité, qu'à appesantir mes croix, et qu'à me priver de la douceur de vos consolations.

Donnez-moi plus de simplicité et moins de confiance en ma propre raison, plus d'œuvres et moins de lumières humaines et naturelles, de peur qu'en les suivant plutôt que celles de votre grâce, je ne me perde, et qu'au lieu de devenir une humble chrétienne, mon amour-propre ne me rende véritablement qu'une philosophe mondaine, plus pleine des maximes d'Anstote ou de Descartes que de la science de la croix. O que les pensées des hommes sont vaines et trompeuses quand elles ne sont pasréglées par l'infaillible sagesse de Dieu! par cette sagesse que le monde nomme folie, et qu'il ne connoît point ; par cette sagesse que Dieu cache aux superbes, et qu'il révèle aux humbles ; par cette sagesse qui se moque de la pi'udence humaine, et qui ne suit que les mouvemens de la grâce de Jésus-Christ; enfin, par cette sagesse qui produit la crainte

de Dieu, et qui est le commencement et la fin de la véritable sagesse.

Ne permettez donc pas, mon Dieu, que je me tienne en assurance pf)ur me voir simplement dégoûtée de la grossièreté de mon péché, pendant que j'en garde peutêtre toute la délicatesse et toutes les passions.

Que je ne me flatte pas de n'aimer plus la créature, parce que je ne cherche plus dans son amitié que des plaisirs innocens.

Que je ne me flatte pas d'être morte à mes passions, pendant que je les sens revivre plus fortement que jamais dans ce que j'aime plus que moi-même, et d'autant plus dangereusement, que mon amitié, qui semble vouloir me les justifier, m'empêche d'écouter ma raison, et de suivre les saintes inspirations de votre grâce.

Que je ne m imagine pas être sans orgueil, sans ambition et sans amour-propre, parce que je méprise le monde, et que je ne veux devoir qu'à mon propre mérite les distinctions que la fortune me refuse.

Que je ne m'impose pas si fort à moimême, ô mou Dieu ! que de croire être bien convertie, pour n'avoir fait proprement que changer les péchés de mes sens contre ceux de Tesprit; une vie toute profane, pleine d'orgueil et de sensualité, mais où j'étois toujours troublée par la vue de mes crimes et les remords de ma conscience, contre une où je ne travaille qu'à me remplir de l'amour de moi-même et de l'esprit du monde, et où je ne fais qu'oublier Dieu, que perdre le temps, et que risquer sans cesse mon salut, en n'amassant que des vertus païennes et rien de solide pour le grand jour de l'éternité.

O vie déplorable et d'autant plus déplorable qu'elle ne me fait point d'horreur, et que je m'y endors sans envisager d'autre conversion ni d'autre pénitence !

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