QUATRIEME REFLEXION
De la fermeté et de la constance de la foi nécessaires à une âme pénitente.
onnez-moi donc, ô mon Dieu ! une foi vive qui anime toutes mes actions, et qui, malgré ma foiblesse, soutienne votre amour et votre grâce dans mon cœur; une foi ferme qui, me faisantcroire en vos saintes paroles, me fasse souvenir, lorsque le monde voudra le plus m'engagera le suivre, qu'on ne peut servir deux maîtres;
Une foi humble, mais qui m'enseigne que pour me conformer à Jésus-Christ, je ne dois rien tant éviter que de me conformer au siècle ;
Enfin, une foi éclairée, qui, pour me garantir de m' attacher aux grandeurs de la terre, me mette incessamment devant les yeux que la figure de ce monde passe, et qu'il n'y a que vous, ô mon Dieu ! qui soyez solide et éternel.
Car, hélas! je suis si foible et si changeante, que mes meilleurs désirs ressemblent à cette fleur des champs, dont parle votre Prophète-Roi, qui fleurit le matin et qui sèche le soir.
Seigneur , qui vous glorifiez d'être un Dieu de miséricorde, et qui seul nous pouvez convertir, changez mon inconstance en fermeté et toutes mes passions déréglées en une soif ardente de votre charité.
Ne vous contentez pas de m'avoir dégoûtée de ce monde, ou plutôt de m'en voir éloignée, peut-être plus par un esprit
d'orgueil et un effet de ma raison, que par un pur motif de votre grâce , mais redressez mes voies et purifiez mes pensées, afin qu'en même temps que mon esprit me montre la petitesse et le néant des choses de la terre, votre grâce m'en fasse profiter par un retour vers vous, qui éclaire mon cœur, et qui vous y fasse prendre la place de tous les vains amusemens qui l'ont occupé.
Préservez-moi du doux poison de plaire à ce monde et de l'aimer ; car les caresses de la fortune, auxquelles on résiste si peu, plus cruelles que les plus cruelles disgrâces, font que nous ne regardons plus d'autre Dieu, ni d'autre providence que sa conduite.
Envoyez-moi plutôt de ces coups de miséricorde, qui, au milieu de nos plus apparentes prospérités, nous affligent et nous humilient, afin que nos cœurs se retournent vers vous, et que nous apprenions que nous ne sommes que des hommes, c'est-à-dire des créatures foibles et impuissantes, su-
jettes à toutes sortes de misères, et toujours aveuglées de leurs passions.
Guérissez-moi de l'amour désordonné de moi-même, de cette source de corruption d'où naissent toutes mes misères, et qui fait qu'au lieu de vous chercher en vérité et en esprit, et de vous trouver dans toutes mes actions, mes paroles et mes pensées, je ne fais que me chercher et me trouver moi-même.
Que je ne sois jamais si téméraire, ou plutôt si ingrate envers vous, ô mon Dieu! que de m'imaginer que ce n'est qu'à moi que je dois ces réflexions qui quelquefois retirent mon esprit et mon cœur de cette confuse et misérable Babylone où une convoitise perpétuelle domine les personnes les plus heureuses, et qui souvent, dans l'accomplissement de leurs désirs mêmes, les rend plus misérables que les plus misérables esclaves.