‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 111 sur 175 · SEIZIEME REFLEXION · texte numérisé non relu

SEIZIEME REFLEXION

Ne rechercher que les compagnies où l'on s'entretient de Dieu, et ne plus s'embarrasser de ce qu'on appelle dans le monde établissement , richesses, fortune, grandeur.

ÇW^^^] eigneur, qui portez le cœur de ^^>5fe l'homme où il vous plaît , chan- <i^^^^^ gez toutes mes amitiés et mes habitudes , afin que dans le choix et la distinction de mes amis , je ne cherche pas tant les qualités naturelles que celles de la gTace, à m'y divertir qu'à m'y édi-

fier et à m'y remplir le cœur des vérités éternelles.

Car vous savez, Seigneur, combien aisément je prends les impressions des choses que je vois, et des personnes que je fréquente ; avec combien de facilité je fais le bien avec les bons, et je pratique le mal avec les méchans.

Faites donc, mon Seigneur et mon Dieu, que je ne trouve plus mes plaisirs qu'avec les personnes saintes, et dans ces conversations édifiantes, où, au lieu de parler du monde et de son prochain, on ne parle que de l'éternité, de vos grandeurs , de vos grâces et de vos infinies miséricordes ; d'où notre àme ne sort jamais vide, ni notre cœur à sec, mais au contraire, tout rempli de vos glaces et tout brûlant de votre charité. Que si les impressions que le péché a laissées dans mon âme la rendent encore insensible à de si innocens plaisirs, si ma nature corrompue ne me permet pas encore d'avoir cette sensibilité pour le bien qui

nous le fait espérer avec une satisfaction qui passe toutes les joies du monde; que votre grâce alors, éclairant ma raison, vienne au secours de ma foi; qu'elle me fasse connoître que ce n'est pas à une pécheresse à se rassasier du pain des justes, et qu'elle me fasse recevoir en même temps toutes les soustractions de vos douceurs dans un esprit de pénitence.

Car , Seigneur , si votre miséricorde dispense ma foiblesse de pratiquer les mortifications du corps , ce ne doit être que pour embrasser avec plus de ferveur celles du cœur et de l'esprit, puisque ce ne sera jamais qu'en buvant ces salutaires amertumes dans le calice de votre passion , que je recouvrerai la santé de mon âme.

Et comme je ne puis trouver de meilleur antidote pour ma guérison que dans le contraire des choses que j'ai le plus aimées, faites que je ne le recherche plus autre part, quelque répugnance qu'y sente ma nature.

Car n'est-il pas plus que raisonnable que je me prive de toutes les inclinations déréglées de mon cœur, et même des choses permises, pour me punir de l'excès avec lequel je me suis abandonnée à celles qui m'étoient défendues; que je cherche la solitude et que je m'ennuie, pour m'être si longtemps et si injustement divertie dans le monde; que je refuse à ma concupiscence, pour la mortifier, tout ce qui peut lui plaire et l'entretenir, et que je fasse mourir mon amour-propre dans les choses où il est encore le plus vivant, pour mourir à moimême, et ne vivre plus qu'en Jésus-Christ.

Que cette solide espérance, ô mon Dieu ! en me montrant le néant et la fragilité de tout ce qu'on appelle ici-bas établissement, fortune , richesses , plaisirs et grandeur , fasse que je ne les regarde plus comme la plupart des personnes du siècle où nous sommes les regardent, c'est-à-dire avec un désespoir de l'éternité , et comme s'il n'y avoit plus d'autre bonheur, ni d'antre vie ;

afin que ne les comptant que pour ce qu'elles valent véritablement, je n'attache plus les affections de mon cœur qu'à ces biens solides où la vérité même nous assure que se trouvent nos véritables joies. Car le moyen d'établir un vrai contentement sur des biens qui s'échappent lorsque nous croyons les posséder avec plus de sûreté, et quelque chose de fixe sur une créature changeante et périssable, et sur des momens qui ne font que couler?

Enfin, le moyen de considérer autrement tout ce qui se fait dans le monde que comme la scène d'une comédie, dont il semble que Dieu permet à la fortune d'ordonner tous les personnages et de distribuer les biens, la gloire et les plaisirs, dans lesquels (pour parler comme celui qui étant selon le cœur de Dieu ne parloit que par son esprit) s'endorment la plupart des hommes du monde, pour ne trouver, à leur réveil et à la fin de l'acte, qu'une pure fumée entre leurs mains ?

Oui, Seigneur, je confesse, après ïivoir couru et parcouru toutes les vanités du monde, qu'il n'y a point de véritable joie ni de solides plaisirs que dans votre service et votre amour.

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