‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 112 sur 175 · DIX-SEPTIEME REFLEXION · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIEME REFLEXION

Il ne suffit pas, pour conserver la charité qu'on doit avoir pour le prochain , de ne lui pas nuire en sa vie, en son honneur et en ses biens , mais on doit éviter fidèlement les moindres petites railleries et médisances.

mon Dieu ! qui renfermez en vous toute sorte de gloire, de bien , et de délices , embrasez mon cœur de votre charité ; faites-moi goûter la douceur, la volupté et la tendresse de votre amour, afin que ces délices chastes et saintes portent mon àme à

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VOUS aimer avec toute retendue de sa volonté et toutes les lumières de son intelligence, qu'elle vous aime avec une vive et amoureuse douleur de ses infidélités passées, et avec tout le respect et le religieux tremblement que mérite votre souveraine majesté ; et que cet amour occupant toute la capacité de mon cœur, n'y laisse plus aucun vide, ni aucune ouverture par où rien de profane y puisse trouver accès. Qu'une charité semblable à celle que je désire que vous ayez pour moi, soit toujours la mesure de la mienne envers mon prochain . que j'aime son âme plus que ma vie , et que rien au monde ne soit jamais capable de surcharger ma conscience de la dépouille de son bien ou de son honneur.

Mais comme l'on ne compte pour quelque chose dans le monde que ces rapines et ces médisances grossières, indignes même d'un honnête païen, et qu'on y compte au contraire pour rien ces bons mots, qui per-

cent le prochain jusqu'au vif, non plus que ces détractions délicates, qui sous un air de raillerie nous peignent ses défauts et nous l'impriment en ridicule; qu'on y compte enfin pour rien de perdre sa fortune et de déchirer sa réputation, pourvu que ce soit en riant et d'une manière qui fasse rire, et qui nous divertisse; Seigneur, dessillez mes paupières, et faites-moi connoître que ces péchés que je puis nommer mes péchés favoris, sont d'autant plus désagréables à vos yeux qu'ils plaisent davantage aux yeux des hommes, et qu'ils ne sont proprement que des effets malheureux de mon amour-propre.

Changez en aversion le malheureux plaisir que je trouve à m'y laisser séduire, et faites-moi chérir la peine que je sens à m'en corriger, afin que comme ils ont été si longtemps le sujet de mes égaremens, ils deviennent présentement la source de mes larmes.

Car, n'est-il pas bien juste, Seigneur, que

je pleure des crimes qui m'ont fait rire si souvent aux dépens de mes frères et à mes propres dépens, puisque ces risées étoient suivies de la mort de mon âme et de la perte de mon Dieu ? N'est-il pas juste que, ne pouvant vous donner des marques de mon amour et de mon repentir en pratiquant de grandes pénitences, je vous en donne au moins de ma fidélité en m abstenant de toutes les choses qui peuvent contenter la malignité de mon naturel? que je répare, par une retenue qui mortifie mon esprit et mon cœur, les excès d'une langue immortifiée, et qu'en bannissant de moimême toutes les causes par lesquelles je vous ai tant déplu, je vous rappelle dans mon âme.

Qu'autant de fois donc, ô mon Dieu ! que les désirs de plaire au monde, de contenter ma nature dépravée , et de faire estimer les lumières de mon esprit , que ces malignes joies que me fait ressentir le foyer de ma corruption viendront se présenter à

moi; qu'aussitôt que je ressentirai ces mouvemens de complaisance envers moi-même et d'envie contre mon prochain, ces impul^ sions de mauvaises humeurs et ces chagrins, desquels je ne suis plus la maîtresse pour peu que je m'y laisse aller ; faites-moi penser, Seigneur, qu'en ne m'opposant pas fortement à leurs commencemens qui sont toujours foibles, j'ouvre moi-même la porte de mon àme à ses plus cruels ennemis ; au lieu qu'en leur résistant, ou en vous faisant un sacrifice de mes passions et de mes plaisirs, j'efface mes offenses, j'attire vos miséricordes, et je vous rends les hommages les plus agréables que vous puissiez jamais recevoir du cœur d'une pécheresse pénitente et contrite.

Faites-moi connoître que ce sont proprement ces sortes de pénitence que votre justice exige de moi, les restitutions qui vous sont dues par mon cœur et par mon esprit, et les victimes les plus parfaites que puisse vous offrir mon amour.

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