LETTRE III
Versailles, ce 21 uorembre 1673.
'ai vu, depuis votre départ, les personnes auxquelles j'espère ai-
jours. Tout m'affermit dans ce dessein, et je crois que dans peu vous ne craindrez plus pour moi. Enfin, je commence à goûter si ardemment le plaisir de servir Dieu sans aucun obstacle, que les heures que je suis obligée de passer encore ici, pour achever ma guérison , me paroissent des siècles. Il n'y a plus que cette raison qui m'y retienne, et je souffre les douleurs que l'on me fait avec patience, dans l'espérance que l'on abrégera mon mal et mon esclavage (car je n'appelle plus mon séjour ici que de ce
nom); mais Dieu est si i3on et si miséricordieux qu'il m'euvoie des consolations sans nombre , et chaque instant m'enflamme de son amour si fortement, que je n'imagine plus d'autre plaisir que l'espoir d'être à lui sans réserve. Quelles grâces! monsieur le maréchal , et par où les ai-je méritées ? Il faut me sacrifier entièrement pour reconnoître ces faveurs infinies, et pour réparer le nombre d années que j'ai passées à l'offenser. Je sens partout que^ malgré la grandeur de mes fautes, que j'ai présentes à tout moment, l'amour a plus de part à mon sacrifice que l'obligation de faire pénitence. J'ai vu M. de Condom, et lui ai ouvert mon cœur ; il admire la grande miséricorde de Dieu sur moi, et me presse d'exécuter surle-champ sa sainte volonté; il est même persuadé que je le ferai plus tôt que je ne crois. Depuis les deux jours que je ne l'ai vu, le bruit de ma retraite s'est si fort répandu que tous mes amis et mes proches m'en ont parlé. Ils s'attendrissent d'avance
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sur mon sort ; je ne sais pas pourquoi l'on parle, car je n'ai rien fait qui soit marque ; je crois que c'est Dieu qui le permet pour m'attirer à lui plus vite. C'étoit là l'occasion, et je Taurois saisie avec empressement; mais je ne sais si, avant de faire aucune démarche, je ne suis point obligée de me guérir. Je vais consulter nos mères là-dessus, et puis je finirai tout de suite, si elles le jugent à propos. Priez pour moi, et croyez que je ne vous oublierai jamais devant Dieu.